IV. TRADUCTION DU POËM
Skibnir dit :
«Tes chagrins ne sont pas, je pense, tellement grands
« Que tu ne les dises & moi, ton Servant; «Car, ensemble, nous avons été jeunes & Taurore des
âges; « Nous pouvons bien être, tous deux, nos confidents.»
Frète dit :
«Dans les Enclos de Gymir, j'ai vu marcher
«Une jeune fille qui m'est chère; «Ses bras reluisaient tant qu'ils éeUiraient lencore
«L'air entier et la men
« La jeune fille m'est chère comme nulle ne l'a été à aucun «Jeune homme, dans l'aurore des âges;
'Dlais des Âses et des Âlfes nul ne le veut «Que nous soyons, nous deux, ensemble.»
Skirnir dit :
«Donne-moi, alors, ton cheval, qui, habile, me porte «A travers le Feu-flambant vaporeux,
«£t ton épée, qui d'elle-même se brandit «Contre la race des lotnes.»
Freyr dit :
""Je te donne ce cheval, qui, habile, te porte à travers
«Le Feu-flambant vaporeux, *Et cette épée, qui d'elle-même se brandit,
«Si celui qui la tient est avisé.»
Skirkib parla au destrier :
«H fait sombre dehors, — il est temps, pour nous deax,
je pense, de courir «Par-dessus les Monts humides, « De voler par-dessus les populations ; «Nous reviendrons ensemble, tous deux, ou tous deux
il nous saisira, « Ce trop puissant lotne. »
Skimir chevaueba aux Séjours-des^-Iotnes jusqu'aux Enclos de Gymir. Là il y avait des chiens féroces; et ils étaient attachés devant la porte de la clôture de palis qui entourait la salle de Gerdur. Il chevauclia vers la place où un gardien de bétail était assis sur une butte, et il l'aborda:
«Dis donc, Gardien! qui es assis sur la butte,
«Et observes tous les abords, «Comment arriverai-je à l'entretien avec cette jeune fille,
«Malgré les loups de Gymir?»
Le Gardien dit :
«Es-tu voué à la mort, ou e&-tu déjà trépassé,
«Pour oser ?
«Tu seras toujours exclu de l'entretien avec
«L'excellente fille de Gymir.»
lY. TRADUCTION DU POËME. 95
Skibvir dit :
«Il est préférable, plutôt que de se lamenter,
«D'être prêt à trépasser; <Â certain jour, mon âge n'est-il pas limité,
« Et ma vie entière arrêtée ? »
Qerdur dit :
«Quel est ce bruit que j'entends, en ce moment, bruire
«Jusque sous nos toits?
«La terre en tremble, et tous les enclos de Gymir
«En sont ébranlés.»
La Servante dit :
«Dehors un homme est descendu de dessus sa montui*e ; « Il laisse son cheval pâturer à terre. »
Gerdur dit :
«Invite-le à entrer dans notre salle,
«Et & boire de cet hydromel pur, «Bien que je soupçonne que cet homme, là dehors, soit
« Le meurtrier de mon frère.
<*Qui es-tu, d'entre les Alfes, ou les Fils des Âses,
« Ou les Vanes avisés ?
«Pourquoi, tout seul, as- tu passé par-dessus le Feuredoutable
«Pour visiter notre domicile?»
SsJBîT» dit :
«Je ne suis ni un Alfe, ni un fils des Ases,
« Ni un Vane avisé ; «Cependant y tout seul, j'ai passé par-dessus le Feuredoutable
« Pour visiter votre domicile. »
«Je tiens ici onze pommes, toutes d'or,
«Qu'à toi, Gerdr! je pense te donner,
« Pour acheter ton amour, afin que tu déclares que Freyr « T'est le moins désa^éable des vivants. »
Gebdub dit :
« Ces onze pommes, jamais je ne les accepte,
«Pour le plaisir d'aucun homme; «Et, pour Frejrr et moi, tant que notre vie dure,
« Jamais nous n'habiterons ensemble. »
Skibnib dit :
«Alors je te donne cette bague, qui a été brûlée
« Avec le jeune fils d'Odinn ; « Il y en a huit, du même poids, qui en dégouttent
«Chaque neuvième nuit.» •
Gebdub dit :
« Cette bague, je ne l'accepte pas, bien qu elle fût brûlée «Avec le jeune fils d'Odinn.
lY. TRADUCTION DU POfiME. 97
«Je ne manque pas d'or, dans les Enclos de Qymir, tPour en distribuer, du trésor de mon père.»
SiUBNiB dit :
«Vois -tu, Vierge! cette épée mince, et gravée de formules, «Que je tiens ici en main?
«Je t'abattrai la tête de dessus ton. cou, «Si tu ne me promets amitié.»
Gerdub dit :
« La contrainte, je ne la voudrai endurer jamais «Pour le plaisir à faire à un homme;
«Mais je prévois que si, Gymir et toi, vous vous ren-
contreree, « Prompts à la Mtte, il vous tardera de vous battre. »
Skibkir dit :
«Vois-tu, Vierge! cette épée mince, et gravée de formules, « Que je tiens ici en main?
«Sous ces tranchants, il s'inclinera, ce vieil lotne; «Ton père, il sera voué à la mort.
«Avec cettfe Brette-de-Souple je te frappe, et je pense
t'assouplir, «Vierge! à mon désir;
«Il te faudra aller là, où les fils de tes défenseurs
«Jamais ne te verront plus.
« Sur la Tombe-d'AigLa il te faudra f asseoir trop tôt, « Te détourner d'ici , et te diriger vers Hel :
«Ton mets t'y sera odieux, plus qu'aucun à personne, « Plus que le Serpent-brillant ne l'est aux hommes.
«Quand tu sortiras d'ici, tu seras horrible à voir, tellement
« Que Hrimnii* te regardera terrifié, (« Que tout le monde te regardera stupéfié) — « Tu seras renommée plus loin que le Gardien chez les
dieux —
« Tu brûleras de sortir de dessous les Grilles.
« La solitude et l'horreur, la fascination et l'impatience «Augmenteront tes lames atec le chagrin. —
« Assieds-toi, et je vais te parler
«Du bruit grave des gémissements, f St du chagrin redoublé.
« Ces horreurs te feront, toute la journée, regretter celles
« Dans les Séjours des lotnes ; «Après les demeures des Raides-givreux tu soupireras,
chaque jour,
«Exténuée, manquant de nourriture,
« Exténuée , cherchant la nourriture ; « Tu auras des pleurs au lieu de plaisirs,
« Et dans les larmes tu endureras le chagrin.