V. COMMENTAIRE DU POEME
De même que , généralement, les poëmes Scandinaves ne portaient pas de nom d'auteur (voy. p. 62), de même ils ne portaient pas non plus, dans Forigine, de titrer du moins de titre, qui eût été donné par Tauteur luimême. En effet, comme l'auteur primitif d'un chant avait produit cette œuvre, en l'improvisant dans des circonstances déterminées, telles que l'était la célébration d'une fête religieuse (vôy, p. 45), et en la récitant devant un auditoire qui d'avance connaissait le sujet du chant, parce qu'il était indiqué par la fête qu'on célébrait, et qu'il reposait sur une tradition connue, ce poëte n'avait pas besoin de désigner son poëme improvisé par un titre particulier, qui en indiquât le sujet; c'est seulement plus tard, lorsque ce même chant fut redemandé et reproduit, qu'il fallut, pour le désigner et le distinguer des autres poëmes traditionnels, lui donner un nom ou un titre particulier. Ce titre était généralement une désignation très-vague: c'était ordinairement un terme composé du nom du dieu ou du héros, au cycle épique duquel le poëme se rattachait; et ce nom était suivi soit du terme de kvida (récitation), si le poëme était déclamé sur un ton moitié chantant moitié oratoire, comme, par exemple, Thryms-kmda
y. COMMENTAIRE DU POÈME. 103
(récitation sur Thrymr), soit du ternie de liôd (chant), s'il était chanté d'après un air déterminé avec accompagnement d'instruments de musique (exemple Hyndivr liôd, Chant sur Hyndla), soit, enfin, du terme de mal (Dits), si le poëme renfermait des paroles ou dits, ou des conseils énoncés par quelque dieu ou quelque héros, comme, par exemple, Grimnia-mâl (Dits de Grimnir) (voy. Chanta de Soi, p. 26-28). Cependant, par exception, le titre exprimait quelquefois le sujet d'une manière plus explicite, et indiquait le mythe particulier, qui était l'objet de la fête célébrée dans le poëme. C'est ainsi que le titre de Skimis-for exprime le mythe particulier qui en fait le sujet, et il paraît avoir été donné par l'auteur même du poëme (voy. p. 85). Car ce titre se rapporte directement au fait météorologique, qui est le sujet du mythe, et i l'expression symbolique, par laquelle on désignait ce fait. En effet, quand les vents printaniers soufBaient dans les pays du Nord, et annonçaient la transition de l'hiver à l'été, on exprimait, sans doute, ce fait météorologique en disant Skimirferr (Skirnir se met en route, ou est en route pour un message ou commission), énonçant ainsi , en deux termes, ce que la tradition rapportait plus explicitement , en disant que le Précurseur et le Messager du dieu du soleil Freyr allait dans le pays de l'hiver, faire des propositions d'amitié, d'alliance ou de mariage à Gerdur, la fille du géant de l'hiver (voy. p. 42). On célébrait, sans doute, chaque année en Suède, la fête
du Message de Skimir, et notre poète prenant le mythe, célébré dans cette fête, pour sujet de son chant mythologique, a bien pu donner, lui-même, à son poëme,le titre significatif de Message de Skimir.