V. COMMENTAIRE DU POËME
se rapprocher lea uns dea autres ,' et, moralement) se réconcilier, s'allier, se confondre, entre eux. C*est ce que les Scandinaves exprimaient d'une manière concrète et symbolique, en disant, dans le langage mythologique, que Freyr, le dieu du soleil et de la navigation en été, devenait amoureux de Oerdur^ la fille adowsie de l'Océan hivernal (voy. p, 38). Le récit épique développa ensuite ce mythe , exprimé originairement, d'une manière trèensimple et sommaire (voy. p. 43); et pour en donner une narration motivée dans toutes t^^ parties, il y ajouta des détails, dont la plupart étaient conformes à l'idée du mythe, mais dont quelques-uns aussi étaient seulement imaginés, comme étant appropriés aux circonstances fictives, dans lesquelles on supposait que l'action mythologique a dû se passer (voy. p. 46). Voici à peu près comment on se figurait que Freyr est tombé amoureux de Gerdur. Depuis l'automne, ou depuis le mois de septembre, l'activité de Freyr, qui préside à l'été, a cessé dans l'année, et la puissance prédomijpiante, ou l'action prépondérante dans la nature, a passé aux Géants givreux (Hrim-thursar) et ausc Iofme9j qui président aux phénomènes de l'hiver. Freyr, étant dès lors sans occupation, est censé s'ennuyer dans son inaction. Après six mois de repos, il souhaite l'approche de la saison printanière, oà il va reprendre l'activité qui est dans ses attributions. H désire savoir ce qui se passe dans les différents mondes, qui devront bientôt sentir son influence. A cet effet, quittant son séjour or-
dinaire nommé Continuel (Endlangi, voy. p. 86), il se rend à la place nommée Chaumine-'aux-fortes (Hlîdskialf), espèce d'observatoire ou guérite céleste, qui se trouvait dans Fendroit le plus élevé ou au zénith de VEncloB des Âses (Âsgardr).
Cette place eut le nom de Chaiimine-auX'p(yrte8j parce qu'on se figurait cette guérite comme une chaumine (cf. norr. skilf, chaume), placée à une très-grande hauteur, et ayant, ouvertes dans toutes les directions, des portes (norr. htîd)^ qui servaient, également, en guise de fenêtres; de sorte que la personne ou le gardien, placé dans l'intérieur de cet observatoire, pouvait voir tout ce qui se trouvait, et tout ce qui se passait à Tentour, dans le monde entier. Dans Torigine , le nom de Htîdskialf déBignsÀt sans doute, symboliquement, une constellation, placée au zénith du ciel boréal. Dans la suite, la tradition, n'ayant plus «conscience de l'idée ou de la conception primitive du Hlîdskialf , attribuait la vue étendue, qu'on avait dans cet édifice mjthico- épique sur le monde entier, non à remplacement élevé de cette constellation zénithale , ni à la conformation de cette espèce de guérite ou échauguette, mais à la propriété magique qu'elle possédait, semblable à celle que les contes populaires postérieurs attribuaient aux miroirs magiques de Ghratien et de KUnschoTy miroirs dans lesquels il suffisait de regarder, pour savoir, à l'instant, ce que faisaient les personnes, dont on désirait connaître actuellement soit l'état,