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80 I.AlMtCAl.VI'Tinil-: .IllVE.
permission d'on haut; pour iic pas accuser le Seigneur d'injustice, on rejette la faute sur les esprits célestes dévoyés. Ces soixante-dix * pastturs qui représentent aussi probablement des semaines d années S(^nt subdivisés en deux périodes de trcnte-cincj, puis en sous-périodes de douze et de vingt-trois. Le point de départ est le même ({ue dans Danicd, mais le j)oint d'arrivée est plus récent (1).
Quoi qu'il eu soit du détail incwiricable, à un moment où les brebis étaient devenues aveugles, il leur naît des agneaux.
C'est la formation du [)ai'ti des Israélites lidèles <[ui se distini^ue de la classe dirigeante do la nation, séduite par l'hellénisme. Alors des corbeaux, les Syriens d'Antiochus Épiphane, s'acharnent contre ces agneaux ('i); mais il leur pousse des cornes, et même une brebis a une très grande corne. Ce n'est pas Judas Macchabée mais plutôt Jean Hyrcan, car on ne pouvait pas dire avec tant de confiance du temps de Judas que les corbeaux n'avaient pas de pouvoir sur lui (3). Il y a cependant encore beaucoup A craindre de la coalition des ennemis. Enlin Dieu intervient miraculeusement; la terre s'entr'ouvre et les ennemis sont précipités. Le glaive aux mains des brebis fait le reste. Le trône de Dieu est placé dans le j)ays de délices, la Palestine. Les étoiles sont condamnées, puis les pasteurs, puis les brebis aveugles qui sont jetées dans l'abime du feu, à droite de la maison. Cette maison, Jérusalem et son temple, est reléguée au sud; une autre prend sa place, apportée toute faite, et le Seigneur des brebis l'habite. Ceux qui avaient été tués ou dispersés reparaissent ; ce serait donc la résurrection si l'on pouvait s'en tenir au texte éthiopien (4), et même les bêtes des champs et les oiseaux du ciel y seraient admis, après avoir imploré les brebis auxquelles ils obéissent. Lorsque tout est terminé, il naît un taureau blanc avec de grandes cornes, le Messie. Tout le monde se transforme en taureau, pendant que le Messie est représenté par un
(1) C'est la domination des Grecs qui est partagée en deux, et il nous semble que l'ordre n'est pas 23 + 12 + 23 + 12, mais 12 + 23 + 23 + 12. 11 est impossible de faire coïncider ces chiffres avec l'histoire. De la captivité de Habylone à Cyrus (53G) il y a environ 50 ans; la domination des Perses jusqu'à Alexandre (332) a duré environ 204 ans. La Palestine a été soumise à Alexandre et aux Ptolémées environ 134 ans; à partir de 198, elle est définitivement aux Séleucides.
(2) Un agneau est saisi par les corbeaux; probablement Onias lil (II Maccli. iv, 33 ss.).
(3) L'auteur distingue assez bien les douze derniers pasteurs (x<:. 17) des cinquante-huit jirécédenls (xc, 5) (texte éth. à garder contre Béer) qui achèvent cinquante-huit époques. Si nous partons de l'an 110 (la prise de Samarie de 111 à 107 d'après Schùrer) comme marquant le dernier assaut infructueux d'Antiochus Cyzicenus, douze semaines d'années nous font remonter à 19i, époque où la Palestine est acquise aux Séleucides. Il reste 58 X ' soit 4oG ans qui nous reportent à 590, c'esl-à-Jire à peu i)rès à la chute de Jérusalem.
(4) xc, 33. Voir jdus loin, p. 120.
ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE HISTORIQUE. ^^
taureau sauvag-e (1). On est revenu à l'âge d'or des patriarches sous la présidence du Messie. Ce Messie, on l'a remarqué, ne parait que pour jouir du triomphe; il ne vient pas du ciel, mais naît parmi la communauté régénérée. C'est un ornement dû à la tradition prophétique, ce n'est pas un Sauveur. Les Gentils ne sont point exclus du salut. Toutefois ce sera à la condition d'obéir aux Juifs. On leur offi-o sans doute le sort imposé par Jean Hyrcan aux Iduméens qu'il contraignit à recevoir la circoncision !2). Aussi cet univer.alisme n'empêche pas le caractère très nationaliste de tout le svstème, beaucoup plus marqué que dans le début d'Hénoch. Dieu intervient miraculeusement, mais le glaive des justes et de leurs chefs joue un grand rùle, avant comme après, et ces justes sont les Israélites fidèles. Le Messie lui-même n'est que la plus haute personnalité du peuple. L'emploi de l'allégorie permettait de ne pas le désigner autrement. Cette obscurité voulue dispensait l'auteur de concilier la tradition davidique avec les prétentions des Asmonéens.
Jean Hyrcan a seulement une très grande corne. Chacun pouvait préciser à sa fantaisie les origines du taureau blanc; personne ne pouvait reprocher à l'auteur de manquer de respect envers la dynastie régnante ou de fidélité à la tradition.
Mais ce qu'il y a peut-être ici de plus significatif, c'est que l'accent de la prophétie porte sur la période messianique terrestre et presque naturelle, La transformation ultime n'est indiquée que par un trait, et on dirait qu'ici, comme dans le livre des Jubilés, qui date de la même époque, il y a seulement passage du très bien à quelque chose de plus parfait encore, dans la même ligne idéale.
On retrouve un messianisme semblable dans l'un des plus anciens morceaux des poésies attribuées aux Sibylles, le troisième livre. Le plus considérable des passages eschatologiques du lir livre (3) est une description des espérances nationales des Juifs, telles qu'ils souhaitaient les faire connaître aux Gentils, au moment où ils avaient encore confiance dans la réalisation de leurs rêves de gloire, sous le règne de Jean Hyrcan (4).
(1) D'après la correction généralement admise, on suppose que l'hébreu re'êm avait été transcrit pri|i, que le traducteur éthiopien aurait pris pour prjiia, de sorte qu'il a traduit : « le premier au milieu d'eux devint la parole ». Dans ce cas la traduction « taureau sauvage » convient mieux que « buffle » (Martin, Gry, etc.), qui marquerait plutôt une déchéance. L'aurochs était le type de la force.
(2J Jo.sÈPHE, Ani. XllI, IX, 1 ; Bell. I, ii, 6.
(3) Vers 573-808. Les passages 367-380 (prospérité) et 538-544 (châtiment) ont un caractère et surtout un cadre trop général pour qu'on puisse les faire rentrer dans l'eschatologie juive.
(4) M. Schurer admet la date de UO av. J.-C. {GeschidUe..., 111, |.. 434 ss.); M. Geflcken
LE MESSIA.MSME. g
En voici l'analyse, d'après Alexandre (1).
Après Texpédition (r.Viitiochus en Egypte, on avertit les Gentils, instruits par leurs malheurs, de se converlir au culte du vrai Dieu (^616 ss., G2i ss.). L)ans ce cas on promet au genre humain une admirable félicité. Dans le cas contraiie, on annonce la vengeance de Dieu (632), dessinée sous les plus sombies couleurs (633 ss.). Pendant que d'affreuses calamités, la peste, les incursions des barbares, les massacres, la stérilité des champs demeurés incultes, tous les maux fondent sur la terre (633 ss.), un roi viendra envoyé par Dieu « du soleil », c'est-à-dire de l'orient plutôt que du ciel (2), qui arrêtera la guerre par les conseils de Dieu, livrera au carnage quelques-uns des peuples en lutte, et créera des alliances avec les autres, relèvera la nation juive et lui rendra tous les biens (3).
Cependant toutes les nations ne sont pas encore détruites ou soumises, car les rois s'unissent de nouveau et s'enlei)dent pour attaquer la nation sainte, la ville et le temple (660 ss.). Alors éclatera la dernière colère du Dieu tout-puissant; il fera pleuvoir sur les nations impies le feu et la fondre, détruira leurs villes, et laissera les cadavres sans sépulture (669 ss.). Désormais les Juifs seront à l'abri de toute défaite '702 ss.). Instruits par leur exemple, tous les autres peuples accèdent à la vraie religion et adorent le roi immortel (715 ss.). Cet élat de choses sera le dernier et éternel. Ce sera un véritable royaume (4), à la manière des empires, du dernier empire de Daniel; il sera subordonné au règne du grand roi, cest-à-dire de Dieu, auquel on olTrira des sacrifices (5).
Alexandre avait bien raison de conclure :
penche pour une date plus basse, entre la composition du livre d'Hénoch et les psaumes de S-ilornon. Ce résullal ne peut être obtenu qu'en aUiibuant à une source antérieure le passage 6J3-G15 qui lail allusion au septième roi d'Egypte de race giecque, Ploléinée Pbyscon fn-gne seul de 145 à 1 17 av. J.-C). M. Getîcken considère aussi comme remontant à environ 140 av. J.-C. les |)assagC3 732-740, 762-766 {Komposilion und Entslehungszeit der Oracula sibylliiia, passiin).
(1) Oracula sihylUna, volumen allerum, p. 474 s. (Paris, 1856).
(2) Contre Alexandie.
(3) Kai TOT* àa' f,e).ioio 0£è; itt|xi}'Ei PaiiX»ia. ô; -àiacv yaïa/ tidjati 7to).é!Xoto xaxoîo,
où; (iàv iyx xTîiva;, ol; S' ôptta TîiOTà TtXEffoa;.
O'jCié y£ '7.1; lôiai; jîovXat; Taôe itivra TioiriffEi,
à>.).i Ôiov lAeyi'oto uiOriiiac Sôyiiaoïv ÈaûXoï; (652-636). il n'y a pas lieu d'attribuer à ce grand roi une origine céleste pas plus qu'à cet autre roi, envoyé par le Dieu du <iel. et qui parait être Cyrus : Kai tote 0/, ôcà; oùpivn; ■Ké\t.<^ti paai>,r;a (v. 586).
(4) K»t 'OTi ô' èliyt^tl [ixTiXr.iov ci; aliiva; nàvtï; Ik' àvSpwTiou;, x. t. X. (767 s.). (&) ToOio téXo; 7:o>.£(Aoio Tt/eî Oeo; oùpavàv olxtôv.
'AXXà /{iTi TjàvTa; OCîiv (ieyiX(|) powiXTJi (807 8.).
ESCHATO[.OGIE MESSIANIQUE HISTORIQUE. 83
Nous ne trouvons là aucune mention du jugement dernier, tel que nous l'attendons; pas l'ombre du bonheur éternel en dehors de ce monde, ou de peines éternelles dans l'enfer. Tout est contenu dans un cercle terrestre et corporel. Gomme les Prophètes, notre auteur emploie souvent le mot de jugement, mais ce jugement de Dieu c'est la ruine des nations, la vengeance et le triomphe des justes ou des Juifs, c'est en particulier le jugement du glaive (1); c'est moins une catastrophe totale et soudaine qu'une série de péripéties, avec tout le branle-bas accoutumé dans ces sortes de descriptions, les combats des rois et des peuples entre eux, les épées de feu, les torches ardentes tombant du ciel, le soleil obscurci, les météores brillants dans l'air, les combats aériens de fantassins et de cavaliers (2).
Il n'est pas inutile de noter en passant que ces prodiges inouïs ne sont pas les précurseurs de la fin du monde, mais les pronostics de la paix définitive. Tout aboutit à un idéal de bonheur terrestre. Le Messie vient de l'Orient; il extermine certains ennemis, mais il fait la paix avec les autres. Il n'est pas Fils de Dieu (3); ce sont les Juifs qui sont les fils de Dieu (V). C'est l'idéal d'un roi juif, mais rien ne le rattache expressément à la souche des Asmonéens. Comme dans la vision d'Hénoch, ses origines demeurent dans le vague.
Cependant il domine l'horizon dps derniers temjjs. Le rôle du Messie personnel s'affirme de nouveau. Ceux qui l'auraient cherché dans la lignée des Asmonéens eussent évidemment dévié les anciennes espérances. Qu'elles fussent déçues par la conduite de ces princes et leur ruine, il ne s'ensuivait pas nécessairement qu'elles dussent s'évanouir; elles pouvaient renaître plus ardentes, mais en se rattachant cette fois plus explicitement à leur point d'appui naturel, la maison et la race de David. C'est la voie que suivit le Pharisaïsme et qui trouve son expression très ferme et très nette dans les psaumes de Salomon (5). L'apocalyptique n'y entra jamais; elle préféra se frayer d'autres routes en spéculant sur les origines mystérieuses et surnaturelles du Messie.
(1) Kaî xptveî TrâvTaç TroXéfjia} Ôeôç, r|3è [xaxatpri, xai itupt, y.at Oeiw x. t. X.
(2) 'Ev veçéXri 8" ô^-effôs (xâxr)v îteÇûv <xe^ xat imtim (805). Cf. II Macch. v, 2.
(3) Le V. 776, utàv vàp xaXéouat ppotoi (leyâXoto ôeoîo, est regardé par Geffcken comme une inlerpolatioQ chrétienne. II est en tout cas tout à fait en debors du contexte qui exif^e vaôv comme Alexandre l'avait vu, ou plutôt vtiov ou olxov.
(4) riol S' au (ievâXoio ôsoû uept vaôv aTta^-Te; (772).
(5) On pourrait à la rigueur placer ici ces psaumes; leur situation intermédiaire est la meilleure preuve qu'il n'y a point ici de cloisons étanches et que les mêmes idées se retrouvent sous tous les genres littéraires. Cependant ils appartiennent plutôt au rabbinisme.
CIIAPITKR IV ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE TRANSCENDANTE.
Les apocalypses que nous avons rencontrées jusqu'à présent se préoccupaient, les premirres, du jugement moral sur les méchants et les justes, sans faire allusion au Messie, les autres, des destinées d'Israël où le Messie avait naturellement sa place marquée. Les premières avaient un aspect mondial, avec une eschatologie soudaine et définitive, les autres un caractère national, avec une eschatologie historique, assez souvent progressive. Les nouvelles vues s'expliquent assez bien par l'essor religieux et national du temps des Macchabées. Quand il fut définitivement brisé au moment où le dernier roi des Asmonéens succomba sous la hache du bourreau (37 av. J.-C), depuis longtemps déjà l'accord était rompu entre la dynastie et les éléments les plus religieux de la nation. L'idéal messianique qui avait reparu aux yeux de tous dans son ancien éclat avait risqué d'être dévoyé. L'apocalyptique dédaigna la solution vulgaire qui l'eût remis dans la traditiim; tdle le mit hors de la portée de tout événement humain en le transportant dans le ciel. On pouvait ainsi revenir à la grande eschatologie morale, en transformant hardiment le rùle du Messie qui y trouverait sa place, comme juge et comme chef du monde à venir. Que le Messie dût avoir une origine transcendante, ce n'était point précisément nouveau. Personne ne pouvait aller plus loin qu'Isaïe annonçant un sauveur qui serait un enfant-Dieu (1). Mais alors une impulsion se produisit qui fit, pour ainsi dire, remonter le messianisme vers sa source, en dépassant même, sans s'y arrêter, le point marqué par l'ancienne prophétie, la descendance de David et une vie d'homme.
Cette phase correspond assez naturellement à la transformation qui s'était opérée dans l'eschatologie cosmique, devenue plus spirituelle. Si le Messie qui s'était imposé de nouveau à l'attention comme le chef de l'ordre futur avait à y jouer un rôle, il devait faire partie, lui aussi,
(1) It. U, ô.
ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE TRANSCENDANTE. 83
de ce monde spirituel, déjà existant dans le ciel, en attendant d'apparaître à la fin des temps.
Cette exaltation du Messie résulta peut-être aussi de l'extrême tension des esprits et d'une suprême angoisse, dans l'état vraiment désespéré où se trouvèrent les Juifs après la mort d'Hérode et les exécutions sanglantes de Varus. Nous avons vu en parlant de Josèphe qu'entre les campagnes du grand Pompée et la ruine définitive sous Tilus, il y eut en Judée une agitation plus courte, mais dont les Juifs ont gardé le souvenir comme d'une catastrophe atroce (1). Josèphe cite trois aventuriers qui prirent le titre de roi, pendant qu'Archélaûs négociait à Rome (2).
D'où leur venait cette audace, et sur quoi fondaient-ils leurs prétentions, si ce n'est sur une vocation surnaturelle? La répression fut rapide et dure. Varus s'empara de Jérusalem et fit crucifier deux mille mutins (3).
Ainsi toute lutte à main armée était inutile. Les Macchabées avaient mis leur confiance en Dieu, mais n'avaient pas été moins JDons politiques que braves guerriers. Recommencer des guerres dans ce style n'était plus possible. La puissance romaine, concentrée dans les mains d'Auguste, était un autre ennemi que l'empire branlant desSéleucides. il fallait qu'elle fut abattue d'un coup, et ce ne pouvait être l'œuvre que de Dieu,
C'est alors qu'apparaît l'idée d'une intervention foudroyante, instantanée, d'une manifestation du règne de Dieu. En attendant que Dieu agisse, il n'y a qu'à se croiser les bras en se confiant au miracle. C'est dans cet esprit que fut écrite l'apocalypse connue sous le nom d'Assomption de Moïse (4). Toute l'histoire du passé, développée par Moïse comme à venir, vient aboutir à la glorification surnaturelle d'Israël. Son vengeur est déjà prêt; l'auteur le nomme l'ange ou le messager de Dieu, comme xMoïse; ce ne peut être, sans le nom, qu'un Messie personnel. Ces idées sont exprimées dans une sorte de psaume qu'il faut reproduire ici (5).
1. Alors paraîtra son règne sur toute sa création, alors le diable aura son terme, et la tristesse sera emmenée avec lui.
(1) ScHiiRER, Geschichle..., I, p. 418 ss. et plus haut, p. 17 s.
(2) Judas en Galilée {Ant. XVII, x, 5; Bell. II, iv, 1); Simon en Pérée (.1»^ XVIL x, 6; Bell. II, IV, 2); Alhrongès en Judée (Anl. XVll, x, 7; Bell. II, iv, 3).
(3) Ant. XVII, X, 9-10; xi, 1; Bell. II, v, 1-3.
(4) RB., 1905, p. 481-486.
(5) Cf. RB., 1905, p. 484 s.
8fi L'APOCALYPTIQUE JUIVE.