Alors montera de moi un germe
.■>. Et il restaurera le sceptre de mon règne, et de notre racine s'élèvera une tige (3),
(). Et il en montera une verge de justice pour les nations, pour juger et sauver tous ceux qui invoquent le Seigneur (4).
M. Charles a parfaitement remarqué qu'il y a là deux messianismes juxtaposés, et qui ont chacun leur début. Entraîné par son interprétation du psaume lévitique (5), auquel ces premiers versets ressemblent si étroitement, il croit distinguer d'abord le Messie issu de Lévi. Le second Messie viendra de Juda, mais, parce que M. Charles ne veut point le voir paraître sous Jean Hyrcan, il imaginera d'attribuer le second morceau à une époque postérieure.
En réalité le début, où l'allusion au baptême de Jésus est si évi-
(Ij Jud., xviv; 00 trouvera le grec aux appendices, texte II.
(2) M. Charles indique ce verset comme interpolé, mais on n'en voit pas la raison. L'expression rappelle Jrr. x\in, et xxxui, 15 d'après l'hébreu pour le germe; [les LXX avaient traduit àvaTO/.r,.
(4) Joël, u, .32.
(5) T. Lév., xvni.
ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE IIISTOniOLE. 77
(lente, confirme ce que nous avons dit des interpolations cliréticnnes du psaume Icvitique. L'adoption des disciples, après qu'ils ont i-ecu l'esprit de grâce, est nettement paulinienne. Au contraire, à partir du verset i commence l'annonce d'un Messie dont les traits sont empruntés à Jérémie, à Isaïe et à Joël, sans rien qui sorte de l'Ancien Testament, ni qui se rapproche des Psaumes de Salomon.
A une époque plus basse, le Messie davidiquc paraît dans une tout autre lumière. Ici, comme dans les^Jubilés, il ne s'agit que du descendant de Juda, ordinairement placé à côté de Lévi, et au second rang. L'auteur ne voulait, ni offenser ses princes en exaltant le fds de David, ni rompre complètement avec la tradition en passant alîsolument sous silence les glorieuses espérances de Juda.
Il est encore fait une place au Messie né de Juda dans le testament de Joseph. La ^dsion qu'on y raconte est si incohérente qu'on n'oserait en proposer l'explication, mais il est assez clair que le quatrième bœuf, qui représente Juda, voit d'abord ses deux cornes grandir de façon à devenir le rempart des troupeaux, et enfin une autre corne pousser entre les deux autres (1). Les deux cornes naturelles paraissent sig-nifier le secours donné par Juda à tout Israël au moment des guerres macchabéennes; la corne surnuméraire doit représenter le Messie, selon une métaphore déjà connue (2). On dirait que dans cette vision les cerfs se transforment en brebis, puis en bœufs; elle serait donc dans le goût de l'allégorie d'Hénoch (3 , avec le même souci de faire figurer le Messie, mais sous le voile d'un symbole.
C'est tout, car nous ne pouvons faire entrer en ligne les annonces par trop évidentes de l'Incarnation. Elles figurent ordinairement dans les endroits où est prédite la venue de Dieu sur la terre, pour expliquer que Dieu viendrait dans la chair.
Primitivement on ne songeait qu'à une théophanie qui inaugurerait le monde futur. Voici un passage caractéristique, où la distinction se fait sans trop de peine (4).
Jérusalem ne sera plus vouée à la désolation,
et Israël ne sera plus captif,
parce que le Seigneur sera au milieu d'elle [conversant avec les hommes], et le
Saint d'Israël régnera sur elle [dans Fliumilité et la pauvreté et celui qui croira
en lui régnera sur les hommes en vérité].
(1) Jos., XIX, 6 : Kal ttoù T£TdpTO-j 3oo? àvfgricav -rà xÉpaTx [asxP'- '^''^ ovpx/où xai Iyévovto (b; Tcïxo; Twv ko'.jxv.ôôv, xa; èv \Lir;u> tûv SOo y.cpâTwv llzoliavr,^ à'),),o xs'pa;.
(2) PS. cxwii, 17.
(3) Voir plus loin, p. 80 s.
',4) Da7i, V, 13.
78 L'APOCALYPTIQUE JUIVi:.
De même (1) :
Jusqu'à ce que le Très-Uiuit visite la terre, et qu'il vienne lui-même [comme un homme parmi les hommes, mauiieant et buvant] et brise la ttUe du dragon sur l'eau : lui-même sauvera Israël [et toutes les nations, Dieu jouant le personnage d'un homme].
Mais voici un passage où la venue de Dieu est franche de toute interpolation; c'est Lévi qui parle (2) :
l't il m'a dit : Lévi, je t'ai donné les bénédictions du sacerdoce, jusqu'à ce que je vienne habiter au milieu d'Israël.
Le saint nost poini encore transporté au ciel; en d'autres termes, l'eschatologie n'est donc point encore transcendante. C'est à peu près celle du début du livre d'Hénoch (3). On ne saurait la qualitier comme simplement cosmique, puisque nous avons rencontré des traces non équivoques de Messianisme dans la période purement historique où l'on a déjà conscience d'être entré. La résurrection sera placée entre deux, marquée par la transformation des acteurs du drame. Mais nous aurons à revenir plus loin sur ce point spécial.
Après beaucoup d'hésitations, nous rattachons à cette époque, plutôt à cause des allusions au temps que par une analogie totale, l'allégorie des semaines dans Hénoch. Cette vision, comme toute la littérature relative à Hénoch, met fortement en vedette le jugement. Les destinées du monde comprennent dix semaines. Les sept premières vont jusqu'au temps de l'auteur. Les trois dernières sont trois semaines de jugement. Il est donc progressif, et chaque semaine doit avoir une durée notable, d'autant qu'on sait incidemment que la dixième a sept parties. Le premier jugement est exercé par le glaive, mis entre les mains des justes pour châtier les pécheurs (i) :
12 Et ensuite, il y aura une autre semaine, la huitième; ce sera celle de la justice: une épée lui sera remise pour qu'il soit fait jugement et justice des oppresseurs, et les pécheurs seront livrés aux mains des justes. ■' Et vers la lin (de la huitième semaine), ils (les justes) acquerront des maisons à cause de leur justice; et une maison sera élevée pour le grand Roi, dans une splendeur éternelle.
Le second jugement sera le jugement de l'humanité et de la terre; le troisième, le jugement des anges (5), avec un ciel nouveau.
(1) Aser, vu, 3. Il semble que Siinron, vr, 5, est tout entier chrétien, car il s'agit du salut d'Adam, et non point seulement d'Israël. Et que penser de Xeplit., vui, 3'?
(2) Lév., V, 2.
(3) Voir plus haut, p. fiO ss.
(4) xci, 12 s. (Traduftion de M. l'abbé Martin).
(5) xci, 17 (Trad. de M. Martin).
ESCHATOLOGIE MESSIANIQUE HISTORIQUE. 79
Et après cela (viendront) des semaines nombreuses qui s'écouleront innombrables, éternelles, dans la bonté et dans la justice, et dès lors le péché ne sera plus nommé jusqu'à Téternité.
Par son terme, cette eschatologie est cosmique et transcendante ; mais le début vise une ère de prospérité qui parait être celle des guerres macchabéennes, aboutissant à la fondation d'un royaume 11dcle à Dieu, C'est ce royaume qui est la maison du grand Roi; on pourrait cependant l'entendre d'une reconstruction du Temple. Quoi qu'il en soit, si c'est bien là du messianisme historique, il est encore plus collectif que celui des Jubilés. Les exécuteurs du jugement, ceux qui préparent le bonheur des justes, sont les Israélites fidèles armés de glaives. Cette petite apocalypse, très apparentée au début d'Hénoch, et cependant animée d'une ardeur guerrière, pourrait dater des premiers temps macchabéens. Elle ne fait aucune place au Messie personnel.
Il paraît, mais presque seulement pour la forme, un peu comme dans les Jubilés et les Testaments, dans une partie toute voisine du livre d'Hénoch qui doit être de la môme époque, peut-être un peu plus récente (1). Hénoch raconte à son fils Mathusala toute l'histoire du monde qu'il a vue en songe, depuis Adam, taureau blanc, jusqu'au Messie, figuré aussi par un taureau. Cette longue et fastidieuse allégorie qui met en présence les brebis d'Israël et les divers animaux sauvages de la Gentilité ressemble à Daniel comme un devoir de maître d'école à une page de génie, mais enfin elle s'en inspire.
Les patriarches sont des taureaux, les Israélites des brebis. Noé et Moïse deviennent des hommes pour fabriquer l'arche et le taberuacle. Les Égyptiens sont des loups, les Assyriens et les Chaldéens des lions et des tigres; les sangliers sont les Édomites ou les Samaritains. Il y a cependant une théorie fort originale, celle des soixante-dix pasteurs auxquels sont confiées les brebis. Ce sont de mauvais pasteurs qui en tuent plus qu'il ne serait nécessaire, c'est-à-dire qu'ils font périr des innocents. Ces pasteurs sont en même temps des puissances et des époques ; en d'autres termes déjà des Éons, les maîtres auxquels Dieu a abandonné la direction du monde, en attendant qu'ils soient jugés. Cette conception très pessimiste de la Providence, reléguée très haut dans le ciel, est bien éloignée de la confiance des prophètes envers leur Dieu. L'auteur estime que les Israélites ont souffert beaucoup plus qu'ils n'ont mérité. Leurs maîtres étrangers, plus coupables qu'eux, n'auraient pu commettre ces crimes sans une