‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 33 sur 118 · LVI · texte numérisé non relu

LVI

(5) LXVU.

(6) Lxvm.

os I.Al'dCAI.M'TlOll': JLIVK.

OÙ llénoch est idciitilir avec le Mrtatron, cette créatioji étrange de rimagiuation théologiqiio, qui représente Dieu auprès d'Israël et Israël auprès de Dieu. Comme on ne veut pas placer llénoch sur le même trône (|neDicu <zyAzz-)zz),o\\ le place sur le trùne inférieur (;j.£TâOpovcr). et cela rappelle bien ce Irônc du livre des Paraboles réservé à TÉlu ou Fils de Ihomnie : llénoch « monta au ciel par le Verbe devant Dieu, et il le nomma Métatron, le grand scribe » (1).

Voilà donc à quoi aboutit en déiinitive, dans l'apocalypse juive, ce Messie céleste et transcendant. Ce n'est autre qu'Hénoch lui-même. Enlevé de terre sans avoir connu la mort, il avait eu le temps de connaître les secrets du ciel; il jouissait ainsi d'une sorte de préexistence ou plutôt de survivance céleste qui laissait espérer son avènement au dernier jour. On s'écartait ainsi de plus en plus de la tradition prophétique dont les grandes images se réduisaient à une conception bizarre, destinée î\ tomber dans l'oubli.

(1) Ps.-JON. surGcH. IV, 24:Nn2D 1T^'Cl:"'î2 H'^ZC X^pl 'H Dlp TZ'ian Xï^plS p^Soi N21. On a proposé aussi comme étymologie de pTC'CVz ixsTa-Opavvo;. Il est sûr que la transcription de 0 par "i2 n'est pas normale, mais le son "i2 a pu être amené par le 12 précèdent.

GHAPITKE Y ESCHATOLOGIE SYNTHÉTIQUE.

Le livre des Paraboles n'a point encore livré son secret. Son Messie, Élu, Fils de l'homme, qui n'intervient que pour juger le monde est-il une création homogène, inspirée par Daniel? n'est-ce que le résultat d'idées mal assemblées par des interpolateurs? Quoi qu'il en soit, il est certain que cette figure était tout au plus parallèle à la tradition nationale. Cette tradition a dû toujours dominer, et, si on s'en est écarté, on y est revenu, sans pouvoir maintenir le Messie dans les hauteurs où l'avait fixé le livre des Paraboles, mais en tenant compte cependant de l'origine mystérieuse qu'il lui avait assignée. Il fallait d'une part faire intervenir le Messie céleste dans l'histoire et spécialement pour sauver les Juifs et leur faire goûter des temps heureux, d'autre part, concilier ce messianisme terrestre traditionnel avec la préoccupation, de plus en plus dominante, du sort des justes et des réprouvés à la fin des temps. C'est à quoi s'appliquèrent les voyants après la chute de Jérusalem sous Vespasien, lorsque se posa avec plus d'acuité que jamais le problème des promesses faites aux Juifs. La rétribution dans un autre monde ne suffisait pas, pensait-on, pour satisfaire la justice, Tordre étant violé sur la terre du chef de ce châtiment intligé aux Juifs par les Romains qui valaient moins qu'eux.

C'est surtout de ce point de vue terrestre que se préoccupe le V^ livre sibyllin.

C'est, de l'aveu de tous, une composition hybride. L'ensemble est juif, avec quelques interpolations chrétiennes (1), car il vaut mieux supposer des interpolations qu'un rédacteur judéo-chrétien (2), tant le sentiment vraiment juif l'emporte.

Toute la question est de savoir si ce Juif écrivait peu après la prise

(1) Entre autres 256-259 où l'Iiornrne céleste qui étend les mains sur du bois et rappelle Josué est évidemment Jésus-Christ.

(2) C'était l'opinion d'Alexandre.

100 i.'ArocAi.vi'Tinri-: n ivi:.

(le .loriisalcm, vers 80, ou apivs la.i^uorrc de Bar-Kokél)as et la destruction définitive de la ville sous Hadrien.

On n'est obligé de descendre si bas que par le prologue (1-51), résumé énigmatique, et pourtant clair, de l'histoire de l'empire jusqu'à M.irc-Aur^le; mais ce prologue a pu i-tre ajouté. Le reste paraît faire allusion à l'incendie du Temple par Titus 307-'i-13i; ce serait donc l'œuvre d'un Juif écrivant sous Domitieu ou sous Nerva, encore tout ardent de haine contre Home. On y voit partout la glorification du peuple, juste, saint, divin, céleste, mêlé au souvenir de l'assaut donné î\ la Ville sainte i^l).

Le ton général est donc celui d'une protestation véhémente, à jieine atténuée par le respect de la Providence. Dieu doit une réparation aux Juifs, et ce sera la restauration de la Ville sainte.

C'est du moins l'idée principale, noyée dans une confusion plus ou moins voulue, le livre étant ])robablement composé de plusieurs pièces; peut-être aussi un même auteur tenait-il à varier ses perspectives, et à concilier des traditions déjà fixées.

Tandis que le livre d'IIénoch prévoyait une suprême attaque des Parthes et des Mèdes contre Jérusalem, cette prévision figure tout d'abord : un roi sera envoyé du ciel pour sauver la ville (2).

Quand la Perse sera en repos, c'est-à-dire les Parthes sans guerre avec Rome, la Judée, elle aussi, goûtera la paix.

Le messianisme est ici très réduit : aucune vue de domination universelle, aucune transcendance dans l'ordre moral. La race divine et céleste occupera la Ville sainte avec un territoire entouré d'un mur très élevé qui ira jusqu'à Joppé (3). Les rêves d'avenir se font ensuite plus religieux. Jérusalem sera délivrée et les Hellènes ne fouleront plus le sol de la Terre Sainte. Les méchants se cacheront jusqu'à la fin du monde. Après une [)luic de feu, la terre sera désolée et inculte jusqu'à ce que tous reconnaissent le vrai Dieu. Alors la terre produira tout d'elle-même {'*).

Puis les mêmes idées sont reprises avec ])lus de force. Après la chute de Jérusalem, la restauration future est censée accomplie (5). A sa tète est un homme })ienhcureux, venu du ciel, auquel Dieu remet le

(1) Cr. vv. I(i7, 15i, If.l, 220, 2W, 281, 328 S., 384, il3, 426, .j02. M. Geffckcn note finement que la ville n'a pas proiireinenl succombé sous les coups de Titus (v. 413), de même que l'Apocalypse de Harucli la fait détruire par les anges {Bar. vu, 1).

(2) 108 s. : xai v.ev ti; Os^iOev [laaiÀEv; 7:E!jL^6Ei; ini toOtov

TràvTct; ô/.EÏ [ja<7t).eT; HEvà/o-j; •/.%•. çiÔTa; àpiaio-j;.

ESCHATOLOGIE SYNTHÉTIQUE. 101

sceptre, et qui rendra aux justes la félicité des premiers temps (1). Il rebâtit la ville, désormais plus brillante que le soleil, relève... probablement le Temple (2 , et construit une tour qu'on peut voir du monde entier. C'est le dernier temps, celui des saints. Tous les bommes louent le vrai Dieu.

Cependant des calamités plus efl'royables stjnt réservées au monde. Le soleil se cache et ne brillera plus que pour ceux: qui ont loué Dieu (3).

Les Égyptiens se convertissent alors et bâtissent un temple à Dieu. Lorsque les Éthiopiens l'auront ruiné, ce sera la bataille formidable des astres (i), l'embrasement général, l'éther sans étoiles (5).

C'est sur ce dernier mot, qui n'est pas sans beauté, que s'arrête l'auteur. Que prévoit-il au delà? il ne le dit pas. Des deux problèmes posés, il n'a résolu que le premier. Le Messie céleste est devenu le Messie des Juifs, et, ensuite, le roi du monde des justes. Il pressent une autre crise, la crise cosmique, mais ne la décrit que dans ses prodromes.

Ce qui n'est qu'esquissé dans les vers de la Sibylle est longuement traité dans l'Apocalypse d'Esdras (6). On pourrait nommer ce beau livre : le problème du mal dans le monde, au point de vue d'un pieux Israélite, au lendemain de la chute de Jérusalem et de la ruine du Temple (7). Dès le début, la question est posée nettement. Adam est à peine créé qu'il pèche et entraine ses descendants avec lui. Le monde est puni par le déluge; aussitôt le péché reparait. Mais Abraham est

(1) 414-117 : "H).6£ yàp oùpavîwv vwtwv àvyjp [laxapÎTr,;

ffxrjTîpov éjrwv èv -/îpcrtv, ô ol Oeoç èyyjdtXilsv

xcn TtivTwv £xpâTr,<7e y.a).wc îràaCv x' àTtâSwxîv

Tot; àvaQûï; tôv uXoOtov, ov ol itpOTspo'. ).âoov avSpî;.

(2) Le mot de Temple ne (igure pas dans le texte qui est lacimeux, rnai^ il ne peut y étie question d'autre chose.

(4) Geffcken cite Sénèque (Consol. ad Marc, xxvi, 6) : Xam si tibi polest solatio esse desiderii lui commune fatum, nifiil quo stat loco stabit, omnia sternet... vetustas... el cum tempus advenerit, quo se mundus renovalurus e.xUnguat, viribus ista se suis caedent et sidéra sideribus incurrcnt et omni flagrante materia uno igné quiquid nuuc ex disposito lucet ardebit.

(5) 531 : rj^l/av yaTav â-a<7av ëasivî S' àvdtaTEpo; aiôi^p.

(6) Hilgenfeld, dans Messias Judaeorum (Leipzig, 1869), donne une traduction composée par lui en grec, la version latine, et la traduction latine du syriaque, de l'éthiopien, de l'arménien, et de la version arabe la plus anciennement connue (ar. '). M. Gunkel {Apoknjplien und Pseudepigraphen... de Kautzsch, t. H, p. 331-401) a pu utiliser une antre version arabe (ar. -) éditée par M. Gildemeister : Esdrae liber quartus arabice a cod. Vat. (1877). Le latin est cité ici d'après The fourth book of Ezra, Texts and Sludies. lll, n" 2.

(7) Sous le règne de Domitien (81 à 96 ap. J.-C).

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