‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 34 sur 118 · I.Al'OC.Al.YI'nnl K .11 ivi · texte numérisé non relu

I.Al'OC.Al.YI'nnl K .11 ivi

('•lu, et il scnihlc ([lie Dieu, iiicliUeient à loul le reste, sera satisfait, pourvu que le peui)lc auquel il a donné la Loi lui soit (idèle. Or, il y a dans le peuple choisi bien des transuresseurs, et si, malgré tout, Israël l'emporte de beaucoup sur les C.entils, comment se l'ait-il que ce soit précisément lui qui soit foulé aux {)i(ds de ses adversaires? Cette injustice, si criante, n'est pas le condtlo du scandale, be pire de tout, c'est que le nom du Très-iiaut est enveloppé dans la catastrophe. Ne dirait-on pas que Dieu se soucie peu de son propre honneur? Cette méditation historique ne peut avoir qu'une conclusion : ce monde mauvais, irrémédiablement corrompu, doit disparaître pour faire place à un monde meilleur. Lorsque le pessimisme est au ]j1us bas, il rebondit en optimisme, l'optimisme le plus sûr de lui, ou plutôt le plus sur de Dieu. La victoire doit appartenir au bien.

Ce serait à souhait, si le monde futur pouvait être attendu comme le bien propre d'Israil et constituer sa revanche. Au temps de l'auteur d'Esdras, on ne se contentait plus d'une solution aussi simple. On s'était habitué, depuis les Macchabées, à distinguer dans la nation élue des justes et des prévaricateurs qui ne pouvaient participer ensemble aux félicités du monde futur. Au moment des luttes ardentes entre Sadducéens et Pharisiens, les voyants décrivaient d'avance les tortures réservées à leurs adversaires avec des accents de haine et de revanche. Après la catastrophe de Jérusalem, le sang- juif versé à flots, tout un peuple emmené en esclavage ou asservi, la solidarité nationale rapproche les cœurs; Esdras ne peut songer sans douleur au sort affreux réservé à ceux d'Israël qui ont eu le malheur de pécher. Mais rien ne peut faire fléchir la justice. Et considérant combien peu, môme parmi Israël, parviendront à ce monde futur, angoissé sur sa propre destinée, il s'arrête, rabbin soumis et non Titan téméraire, devant les insondables jugements de Dieu.

Il lui restait du moins une ressource, une compensation pour les lamentables échecs du bien dans l'histoire : avant de finir, ce monde corrompu et condamné, sur lequel Dieu a déjà mis son sceau (1), sera le thé;\tre de la restauration de Sion, de la victoire du Messie sur l'em- |)ire romain, et du bonheur d'Israël, réuni tout entier dans la Terre Sainte.

Ce serait donc une erreur de penser qu'Esdras oppose philosophiquement l'eschatologie individuelle au messianisme. Israël, aujour-

(i) Dans une corliiinc (K'r8[)fi( live, les temps rnessianiques étant déjà éclairés par l'éternité, on dirait qu'ils apjiarliennent au monde futur, par exemple vi, 7 ss. ; vi, 20; mais l'auteur s'exprime ailleurs plus clairement.

ESCHATOLOGIE SYNTIIÉTlOLi:. 10:j

d'hui soufirant, est sans cesse présent à sa pensée. S'il s'occupe des individus, ce n'est pas par une conviction rationnelle de leur r<)\e dans le monde, c'est parce que, parmi ses frères, il connaît dos péclieurs. Cette pensée est de celles qui accablent Tàme quand on s'y donne avec quelque attention; on dirait, à certaines moments, que c'est la note dominante du livre; Fauteur n'a pas pu la rencontrer sans s'y étendre. Mais, dans les trois allég-ories qui forment la seconde partie de l'ouvrage et qui veulent être la réponse posée aux questions soulevées dans la première, il ne fait figurer que Sion, les Romains, Israr-l et le Messie. Si donc il a pris la plume dans la désolation d'Israël, c'est pour raviver ses espérances; ses plaintes découragées, sa critique amère du monde qui va finir, se tournent en une ardente aspiration vers le messianisme, première lueur d'un autre monde encore meilleur.

La préoccupation de l'Israël historique domine tout, quoiqu'elle semble s'effacer devant la grande image entrevue de l'éternité. Le messianisme de l'auteur termine l'histoire, mais il en fait partie.

Toute cette théorie tient dans quelques versets qui sont isolés dans la première partie. Si ce n'est pas une interpolation, ou une retouche, c'est comme l'indication discrète d'un thème qui sera développé plus tard (1).

Ce thème, nous l'avons déjà dit, c'est la restauration de Sion, figurée par la vision-apologue de la veuve (2), la défaite des Romains par le Messie, ou l'aigle et le lion (3), le salut d'Israël ou l'allégorie de l'être mystérieux, semblable à un homme (i).

.lérusalem est au centre de tout, et le sauveur de .Jérusalem est le Messie.

Il en porte expressément le titre (5), pour que nul ne doute de son rôle, mais il a des aspects variés. Ce Messie est nommé « homme », non point dans le sens ordinaire, comme pour accentuer sa nature humaine, mais par un simple rappel de la vision de Daniel. Lorsqu'il apparaît, c'est un être qui ressemble à un homme (6), et c'est seulement lorsqu'il aura été ainsi présenté, montant de la mer avec les nuages, qu'on le nommera « cet homme ». Il est attaqué par le genre

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