‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 37 sur 118 · XXXVI-XXXVII · texte numérisé non relu

XXXVI-XXXVII

(2) XL, 3 : el erit principadis eiiis stans in saecuhim, clonec finialur mundus corruptionis, et donec impleanlur tempora praedicla.

(3) XXXVI, 10: ... et recumhile nunc in aiigusfia, etquiescile in iormento. donec veniat tempus txiiim poslremum, quo iterum vcnies, et magis torquebcris.

(4) xuv, Ils.; XLViii, 50.

112 I.AIMM-.M.YI'TIOI F. JlIVi:.

est dans la Loi. Uii(ti<[iic les Israélites aient bien des choses à se reprocher, ils ont le dépôt do la Loi, et ils ont du moins évité de se mêler aux Gentils (1). On croirait entendre le Juif qui objecte contre saint Paul dans l'épitre aux Romains (^2 . Si quelques Juifs sont tentés de s'égarer, ce n'est pas l'emploi du Messie de les mettre dans le bon chemin. Baruch ne fait pas intervenir ici comme Esdras les grands témoins qui n'ont pas g-oûté la mort; il suffira des docteurs ordinaires d'Israël, «< les fils de la Loi » (3 . Il y a plus, les (ientils eux-mêmes seront jugés d'après la Loi, car, s'ils l'ont ignorée, c'est à cause de leur orgueil (ï). La Loi et la foi qu'elle suppose, c'est la condition du salut, et même de la réalisation des promesses messianiques.

Le Messie parait une troisième fois dans une nouvelle vision allégorique. Sur la mer aux couleurs variées s'élève un nuage gros d'eaux blanches et noires, avec quelque chose de semblable à un éclair à l'extrémité du nuage. L'éclair se manifestera en son temps; on reconnaît ici encore l'existence du Messie dès le commencement du monde. Le nuage couvre toute la terre. Il en sort successivement une eau noire abondante, puis un peu d'eau claire, en alternant. Après six eaux noires et six eaux claires, une eau tout à fait noire, mêlée de feu. Alors l'éclair brille et illumine toute la terre; il guérit les pays où la dernière eau avait fait du mal. Enlin il occupe le monde entier et le domine, cependant que douze fleuves coulent de la mer, entourent cet éclair et lui sont soumis. L'allégorie est monotone. Les eaux noires sont le débordement du péché à certaines époques; les eaux claires ont un moindre débit, même lorsque le bien reprend le dessus. Tout cela va par paires. Adam et son péché d'une part, puis Abraham qui pratique la Loi avant qu'elle soit écrite; les Égyptiens et Moïse, les Amorrhéens et David, Jéroboam et Ézéchias, Manassé et Josias, la destruction de Sion et sa restauration. Les dernières eaux sont les calamités qui précèdent les temps messianiques; dans l'éclair nous avons déjà reconnu le Messie. Les douze fleuves ne peuvent être que les douze tribus, quoiqu ils ne figurent pas dans l'interprétation, oîi ils sont remplacés par des eaux claires, symbole de la félicité messianique.

Ces deux tableaux noU'rent rien de bien nouveau. L'action du

(1) \Lviii, ■-'- in te con/idimus, quia ecce h'jc tua apud nos, et sciiuiis quia non cademus quantnmcumque sanclioiies tuas tencmus. "^ Seinper beali erivixs soltem in hoc quod non comiuisli stutius cnm gentibus.

(2) Rom. Il, 17.

(3) xi.vi, 4 : ... rerumtfimen non deficid Israrl sapiens, neque ftlius legis generis lacoh.

(4) xi.viii, io. 47; i.i, 4; xiiv, 7 : si enim suslinucritis et permanseritis in timoré eius,

ESCHATOLOGIE SYMUÉTIQUE. ll.J

Messie y est encore plus restreinte, s'il est possible. « I.c Fort » ou le « Très-Haut », — afin de ne pas prononcer le nom tic Dieu, — ne le nomme pas a mon fils », mais « mon serviteur ». C'est la terre ellemême qui exerce les vengeances divines; ceux qui auront échappé à tous les fléaux tomberont entre les mains du Messie; la terre sainte, au contraire, j)rotège ses habitants. Voilà pour les eaux noires, le côté sombre de l'intervention messianique. Mais si le Messie a détruit certaines nations, il sauvera les autres. Il y aura donc des Gentils admis au bonheur des derniers temps. Ce serait très charitable et très humain, si ce jugement ne dépendait uni([uement de l'attitude des nations envers Israël. Celles qui ne l'ont pas connu ou ne lui ont pas lait de mal seront épargnées pour le servir; les autres seront livrées au glaive. L'âge d'or commence. Il est dit expressément que le Messie sera pour l'éternité assis sur son trône (1), et l'auteur semble ajouter que cet heureux temps sera comme l'aurore du monde futur. Si l'on veut l'accorder avec lui-même, il ne faut point serrer ces expressions de trop près. Les temps messianiques seront des temps d'innocence et de bonheur, le péché sera exclu, et avec lui la douleur qui en est la conséquence; les femmes enfanteront sans douleur, personne ne mourra avant le temps. On mourra donc encore; ce n'est point la consommation définitive.

On ne doit point se figurer le monde futur comme la suite de celuici, comme si on allait toujours en progressant, et de clarté en clarté; la pensée de l'auteur est seulement que le temps messianique emprunte au voisinage de l'éternité quelques-unes de ses prérogatives (2). On meurt tard, en attendant de ne plus mourir. Il n'y a pas d'autre lien entre les temps messianiques et le monde futur; le Messie, qui règne dans le premier, n'est pas mentionné à propos du second; son règne sera donc très long, mais non point éternel dans le sens où nous l'entendons.

Si l'on voulait prendre très à la lettre le règne éternel du Messie, on pourrait peut-être compléter la pensée de l'auteur. Il nous a dit aussi que la nouvelle Sion, la Sion glorieuse, sera couronnée à jamais (3).

neqtie obliti fueritis legem élus, mutabunlur super vos tempora in bona, et spectabilis consolationem Sion.

(1) Lxxiii : Et erit postquam hinniliaverit qiiodcumque est in mundo, et sederit in pace in aeiernum super throno regni sut...

(2) Lxxiv, 2 quia tempus illud finis est illius quod corrumpilur, et initium illius quod non corrumpitur. ^ideo ea quae praedicta sunt, illo erunt; ideo longe est a malis, et prope lis quae non moriuntur.

(3) xxjLii, i. C'est sans doute celle qui a été cachée près de Dieu, avec le Paradis terrestre.

Ni I.Al'dC.Al.Vl'IinrE JUIVE.

(»n pourrait arguer (juc si les temps messianiques sont d'une durée limitée, ils sont aussi la manifestation de choses célestes. Ces choses célestes, montrées au monde corruptible, qui s'en trouve déjà transformé, ne feraient-elles pas partie du monde futur? De la sorte, ceux qui sont décédés auparavant, et ([ui ne doivent ressusciter qu'au seuil (lu monde futur, n'en seraient point frustrés. Mais, tout cela, l'auteur aurait pu le dire, et s'il ne la pas dit, nous ne devons pas le conclure; et probablement le monde futur, d'après lui, ne comportait pas ce mélange.

Aussi bien n'attachait-il pas une grande importance pratique au messianisme. Il ne fait jamais mention du Messie dans ses exhortations au peuple. Tout le bien dans le passé venait de la Loi; c'est aussi la suprême espérance de l'avenir. En dépit de tout, elle demeure (1). Avec la Loi, rien ne manque.

C'est aussi tout le fond d'une lettre que Baruch charge un aigle de porter aux neuf tribus et demie dans leur exil. Ici le masque tortibe presque complètement. C'est un juif exilé de Palestine qui s'adresse à ses frères dispersés : « Maintenant les justes sont morts, les prophètes dorment leur dernier sommeil, nous-mêmes sommes sortis de notre pays, Sion nous a été enlevée, nous n'avons rien maintenant, si ce n'est le Fort et sa Loi » (2). Les nations qui nous oppriment seront punies; le jugement viendra, et chacun sera jugé selon ses œuvres. La Loi et les fins dernières, c'est le tout de l'homme, d'après Baruch, ou plutôt du pieux Israélite dont il se préoccupe uniquement, et c'est aussi le programme du judaïsme après la chute de Jérusalem. Certes la plainte est encore amère et la plaie douloureuse, mais elle n'est pas saignante comme aux jours du IV d'Esdras. Dans Baruch la stupeur a fait place à la résignation. Lui aussi est pessimiste, mais il fait quelque crédit à un monde où l'on pourra encore pratiquer la Loi.

Le rôle du Messie est encore diminué dans l'Apocalypse d'Abraham. Il n'apparaît que pour réunir les Juifs dispersés. Après cela Dieu juge et jette dans les flammes ceux qui ont dominé pendant le mauvais P^on; leur châtiment dans l'IIadès est éternel. L'auteur ne décrit la félicité des justes (\nrn insistant sur leur joie à voir les tortures des autres (3).

Comme Esdras, quoique avec beaucoup moins d'intensité et de

(1) Lxxvii, 1''... paslores cl luccrnae cl fonlex a legc erant ; et si nos abeamus, aUa/nen ex stat. "'• si ergo respexerilis in legeni et ftierilis prudentes in sapienlia, non deficiet

lucerna, et pastor non recedel, et fons 7wn arescet.

(2) LXXXT, 2.

(3) XXXI et xxxii.

ESCII.VTOI.OC.IE SYNTIlETloUE. lia

profondeur, rauteur se préoccupe de Torigine du mal, mais, comme Baruch, et plus encore, il affirme le libre arbitre; les hommes se perdent par leur faute. Esdras trouvait des accents émus pour déplorer la perte de tant de créatures humaines; Baruch s'absorbait davantage dans Israël et dans la Loi; l'apocalypse d'Abraham, la plus particulariste des trois, se complaît surtout dans la pensée de la vengeance.

CIIAPITIIE M

Jusqu'à présent, nous avons essayé de suivre d'une façon globale le développement des idées eschatologiqucs dans les apocalypses apocryphes en insistant cependant sur le Messie.

Au risque de tomber dans quelques redites, il faut isoler ici deux idées d'une importance majeure, celle du règne de Dieu et celle de la résurrection.

Du règne de Dieu, il y a moins à dire. Cette idée était fort développée dans l'Ancien Testament. Dieu y était glorifié comme roi d'Israël, comme roi du monde, et comme roi des élus. Son règne, fondé sur des bienfaits passés ou sur un droit éternel, était tantôt considéré comme immuable, tantôt comme attendu dans l'avenir, comme synonyme du salut, au moment de l'intervention promise par les prophètes (1). Ces divers aspects se retrouvent aussi dans les apocalypses, mais sans beaucoup de relief.

Les livres sibyllins (2) connaissent le règne éternel, qui a été méconnu, mais qui sera reconnu dans l'avenir. On lit par exemple :

Ils commenceront à invoquer le grand roi secourable (3),

dans un passage que M. Celfcken, après le plus grand nombre des critiques, attribue à l'an 140 avant Jésus-Cbrist environ. C'est une allusion à la conversion des Grecs après les plus terribles châtiments, tout à fait dans l'esprit des psaumes.

L'erreur des Phéniciens avait été « de se dresser contre le grand roi (4) », dit une Sibylle de la même époque ou datant de quarante ans plus tard environ. Quand les Égyptiens se convertiront, ils adore-

(t) Cf. Lerhjne de Dieu dans l.lncim Tesininenf, KB., 1908, p. 36-61.

(2) Die oracuUi sihyllina, éd. GelTckcn, 1002; du même auteur : Komposition jind Entstehtinfjsseil der OracuUi sifnjllina, 1902.

(3) III, STiO : ap^ovTai paui),îia (AÉyav £7ta|X'jvTopa y.Xr.îJeiv.

(4) III, 409 : -/«(îXTiaEv y.aTî'vavTt {■)t'j~j aiyd/oj ;laai),fio;.

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