‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 42 sur 118 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

(3) Voir plus haut, p. 60 et ss.

f4) T. Sim., VI, 7.

(5) T. Jud., XXV, 1. Voir plus haut, p. 76. II est encore question de la résurrection au v. 4,

124 I.ArdC.AI.M'TInlE .IlIVI':.

Et après cela, Abraham ressuscitera et Isaac- et Jacob pour la vie, et moi et mes frères nous serons chefs des tribus dans Israël , Lévi le premier , moi le second, Joseph le troisième, lîenjamin le quatrième, Siméon le cinquième, Issachar le sixième, etc.

Zabulon, apiis avoir annoncé le pardon qui suivra la faute (1) :

Je ressusciterai de nouveau au milieu de vous, comme un chef au milieu de ses fils, et je me réjouirai au milieu de ma tribu, de ceux qui auront gardé la loi du Seigneur, et les commandements de Zabulon leur père.

Benjamin (2i :

.». Gardez les commandements de Dieu, jusqu'à ce que le Seigneur révèle son salut sur toute la terre; (i. Alors vous verrez Knoch, et Seth, et Noé et Abraham et Isaac et Jacob ressuscitant à droite dans l'allégresse. 7. Alors nous ressusciterons nous aussi, chacun dans sa tribu, et nous adorerons le roi céleste.

On le voit, tout cela est parfaitement juif. Dans le nouvel ordre, les cadres anciens seront conservés. La résurrection n'a pas l'air très spirituelle. Cependant, même dans ce cas, elle suit le messianisme liistorique; elle appartient à sa manière à un au-delà de l'histoire.

Bien dillérente est l'eschatologie du livre des Paraboles (xxxvii- Lxxi), car c'est bien encore des lins dernières qu'il traite. Cette phase est présidée par l'Élu ou le Fils de l'homme, mais c'est que le Messie a été transporté de son domaine propre dans un domaine transcendant, ou, ])our mieux dire, que son rôle de Messie s'est transformé en celui de Juge lors du dernier jugement. Il est dès lors très naturel que la résurrection précède le jugement par l'Élu, mais ce ne sont pas là des temps messianiques.

En ces jours, la terre rendra son dépôt, et le scheol rendra ce qu'il a reçu, et les enfers rendront ce qu'ils doivent. Il (l'Élu) choisira parmi eux les justes et les saints, car il est proche le jour où ils seront sauvés (3).

Les pécheurs seront livrés aux anges pour le châtiment; les justes mangeront « avec ce Fils de l'honime », ils se coucheront et se lèveront pour les siècles des siècles Ci.), ce qui sans doute doit s'entendre d'une façon symbolique. Le caractère tout à fait transcendant de cette béatitude serait encore plus certain si l'on pouvait regarder

mais le passage s('rni)lc clirt-licn : « El ceux qui sont morts dans la tristesse ressusciteront, <l ceux qui sont morts pour le Seigneur se réveilleront »; d'après la version arménienne, moins inl('r(>olée.

(1) T. Zal)., X, 2.

(2) T. IJenj., x, h ss., d'après l'arménien.

(3) flén. é(h., Li, 1 s. (Trad. Martin).

(4) I.XU, li.

comme appartenant au texte primitif l'incise : « et tous les Justes) deviendront des anges dans le ciel » (1), qui n'est peut-être qu'une interpolation chrétienne.

En tout cas personne ne doute du caractère des derniers chapitres du livre de l'exhortation et de la malédiction (xci-cv); ce sont les fins dernières les plus spiritualisées.

Oa les chassera de toute la terre fies païens) et ils seront jetés dans le supplice du feu, et ils seront détruits par la colère, et par un supplice terrible, qui sera éternel. Alors les justes surgiront de leur sommeil, la sagesse aussi se lèvera, et leur sera donnée (2).

Nous retrouverons cette manière de s'exprimer dans les psaumes de Salomon; on dirait que les païens, représentant par excellence les pécheurs, sont entièrement détruits; mais il s'agit d'une perdition éternelle par le châtiment. Les justes ressusciteront seuls :

Et le juste se réveillera de son sommeil : il se lèvera et il avancera dans les voies de la justice, et toutes ses voies et sa carrière seront dans la vertu et dans la clémence éternelles (3).

Au moment du grand jugement, le Très-Haut se lèvera :

Et il donnera des gardiens d'entre les anges saints à tous les justes et les saints-, ils les garderont comme la prunelle de l'œil jusqu'à ce qu'il consume tout mal et tout péché; et si les justes dorment d'un long sommeil, ils n'auront rien à craindre 4,.

Ce sommeil sous la garde des anges ressemble à la situation des âmes sous l'égide des anges dans l'Apocalypse d'Esdras (5). Il doit aboutir à la résurrection.

Par la suite elle n'est pas marquée expressément, puisque l'auteur ne nomme jamais que les âmes ou les esprits. Mais puisque ces âmes se réveillent pour vivre après le grand jugement, c'est peut-être par le moyen de la résurrection :

Et vos âmes, à vous qui êtes morts dans la justice, vivront et se réjouiront et exulteront, et elles ne périront pas, vos âmes, et leur mémoire ne (passera pas) devant la face du Grand dans toutes les générations du monde; désormais vous ne craindrez plus leur déshonneur (G).

Espérez et ne renoncez pas à votre espoir, car vous jouirez d'une grande joie

(1) Li, 4 (Trad. Martin).

(2) xci, 9. 10.

(3) XCH, 3.

(5) IV Esdras, vu, 85 et 95.

(6) cin, 4.

126 i;apocalypïiqli^ jlivi:.

comme les anges des cieux. Que ferez-voiis? vous n'aurez pas à vous cacher au jour (lu grand jugement... Kt maintenant, ne craignez pas, ô justes, quand vous voyez les pécheurs fermes et heureux dans leiu- voie, et ne vous associez pas à eux, mais éloignez- vous de leur violence, car vous aurez part au sort de l'armée du ciel (1).

Cette résurrection, si vraiment c'est une résurrection, est donc à tout le moins fort spirituelle; tout ce livre ne ressemble à rien tant qu'au livre canonique de la Sagesse, auquel il emprunte le contraste entre les pécheurs et les justes et les quolibets des pécheurs contre leurs victimes.

C'est employer les termes à contresens, à force de les prendre dans un sens large, que de parler ici des temps messianiques.

En revanche, dans le livre des songes (lxxxiii-xc) du même Hénoch, c'est bien du messianisme qu'il s'agit, quoique sous la transparence d'une allégorie. S'il fallait s'en rapporter au texte éthiopien, il faudrait placer la résurrection avant l'arrivée du Messie, un vrai Messie temporel :

Et toutes celles 'les brebis) qui avaient péri et avaient été dispersées, et toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel se réunirent dans cette maison, et le Seigneur des brebis se réjouit d'une grande joie parce qu'ils étaient tous bons et qu'ils étaient revenus à sa maison (2).

Cependant tout porte sur le mot ^< périr », qui sans doute traduit exactement l'éthiopien, mais dont le sens n'est guère en situation. Si les brebis avaient péri, elles ne pouvaient ensuite être dispersées, be contexte demande : « qui avaient été frappées ». Ce qui réjouit le Seigneur des brebis, c'est leur réunion. A supposer que l'auteur ait eu en vue la résurrection, son moment ne devait arriver que plus tard, après la naissance du Messie. En effet, c'est à ce moment que les Israélites fidèles se transforment en taureaux blancs. Peut-être faut-il expliquer par la résurrection des corps cette transformation à l'instar du Messie, — taureau qui alors devient un aurochs.

Le livre d'Hénoch, dans ses dillerentes parties, lie donc toujours la résurrection aux fins ultimes; si ces fins coïncident avec le règne de l'Élu dans le livre des Paraboles, c'est que cet élu est le chef du monde futur transcendant, non le Messie annoncé par les prophètes et que la nation n'avait pas cessé d'attendre.

La pensée de l'auteur du W" livre d'Esdras est fort claire : c'est déjà une théorie des fins dernières très développée, ou môme une description de l'existence qui suit la mort.

(1) civ, 4-6 (Trad. Martin).

(2) ic, 33.

Quand rame a quitté le corps, elle demeure pendant sept jours dans une sorte de liberté pour se rendre compte du sort qui l'attend (1). C'est une idée assez répandue chez divers peuples que l'Ame est encore trop attachée au corps pour suivre dès le début ses destinées particulières; ce qu'on trouve dans Esdras est une survivance d'un ancien concept ou peut-être un emprunt à la religion des Perses (2).

Pendant ces sept jours, les pécheurs sont condamnés à errer, opinion qui est derechef une survivance de l'idée ancienne que les morts non ensevelis erraient sans trouver de repos. Le principe moral de la distinction entre justes et pécheurs remplace le motif naturaliste des peuples moins avancés.

Dès ce moment les pécheurs sont tourmentés, et de sept manières (3). Ce sont de vraies peines, mais, comme il s'agit des âmes seules, l'auteur a pris soin de n'énumérer que des passions de l'âme, regret, désespoir, envie contre leur prochain et même contre Dieu, suprême confusion (4). Le premier supplice est donc de constater leur erreur d'avoir méprisé la loi du Très-Haut; le second, de ne pouvoir se repentir d'une façon utile; le troisième, de voir le bonheur de ceux qui ont cru au témoignage du Très-Haut; le quatrième, d'entrevoir le châtiment qui leur est préparé; le cinquième, de voir la demeure des autres conservée par les anges dans la paix; le sixième, de se voir condamnées â subir bientôt leurs tourments; le septième, le plus grand de tous, la confusion, la honte, la crainte, en voyant la gloire du Très-Haut qu'elles ont offensé durant leur vie, et par qui elles vont être jugées au dernier jour.

L'auteur supposait sans doute qu'il y avait sept enfers, ou sept

(1) VII, '00 Et respondiel dixi : ergo dabilur tempus animabus, postqiiam separatae fiierint de corporibus, ut videant de quo mihi dixisti? ^^"^ Et dixit milii : aeptem diebus erit libertas earum ut videant seplem diebus qui praedictl sunl sermones, posfea congregabuntur in Itabilaculis suis.

(2) Lagiiange, La religion des Perses, p. 30, et surtout Sodeiiblom, La vie future d'après le Mazdéisme, p. 91 ss.

(3) VII, *^o Uaec inspirationes i habitaliones non ingredienlur , sed vaganles erunt amodo in cruciamentis, dolentes semper et tristes, per septem vias. Ma est sans doute la traduction de n"n (Gunhel).

(4) VII, •'^1 Via prima, quia spreverunt legem Altissitni. ^'- Secvnda via, quia iam non possunt reversionem bonain facere ut vivant. ^'■'' Tcrtia via, videbunt repositam mercedem his qui testamentis altissimi crediderunt. ^^Quarta via, considerabunt sibi in novissimis repositum cruciamentum. ^-'Quinta via, ridentes alioruin habilacula ab angelis conservari cum sileniio magno. ^^ Sexta via, videntes quoniam amodo de eis pertransient in cruciamentum. ^'Septima via, quae omniutn supra dictarum viarum maior est, quoniam detabescent in confusione et consumentur in honoribus [lire horroribus?] et tnarcescent in timoribus, videntes gloriam altissimi coram quo viventes peccaverunt et coram quo incipient in novissimis lemporibus iudicari.

128 i;apocai.yi'tiui i: .irivi:.

degrés conduisant à l'enfer. Dans sa pensée la peine augmente à mesure qu'on approche du terme; le mépris de la loi de Dieu est un premier sujet de douleur qui s'augmente d'une façon incommensurable quand on se trouve en présence de sa gloire, et le supplice, d'abord entrevu, cause encore plus d'effroi quand on en est proche (1).

Pemiaiit que les pécheurs suivent cette voie douloureuse, les Ames des justes avant d'entrer dans Icuis demeures provisoires suiver aussi un certain ordre (2) qui conduit au bonheur suprême. Cette vue anticipée leur rendra l'attente plus pénible, et elles se plaindront de voir ditférer leur espérance (3). Pendant les sept jours elles sont heureuses, dun bonheur qui va en grandissant. Le point de départ est celui-là même qui comble les pécheurs de confusion : voir la gloire de celui qui les accueille; mais cette gloire les remplit de bonheur. La première joie des justes (4) est dans la conscience d'avoir bien travaillé, et d'avoir vaincu le mauvais penchant; la seconde^ de voir les inextricables errements que suivent les impies en attendant le châtiment ; la troisième est dans le témoignage rendu par Dieu à leur fidélité; la quatrième, dans le sentiment de la paix qu'ils goûtent sous la garde des anges en attendant leur gloire aux derniers jours; la cinquième, d'échapper au monde corruptible dont ils comprennent mieux la misère, au moment de jouir de l'immortalité; la sixième, quand on leur montrera que leur visage va commencer à briller comme le soleil, et qu'ils vont ressembler à la lumière des étoiles, étant désormais incorruptibles; la septième, qui est la plus grande

(1) C'est la (liflférence entre la 4" et la 6' peine, méconnue par M. Gunkel qui explique la 4* peine de la douleur actuelle des ûines.

(2) Ici ordo, au lieu de via, probablement lâ?'.; et non plus ôoô;. Peut-être n^DG, cf-

Jud. V, 20.

(3) IV, 35 : Nonne de his inlerrogaverunt animae iusiorum in prumpluariis suis dicentes : usquequo spero sic?

(4) VII, ''-Primus ordo, quoniam ciun labnre multo cerlati sunt ni vincerent cum eis plasmatum cogitamenlum maluin, ut non cas seducat a vita ad morleui. '-'^ Secundus ordo, quoniam vident coinplicuiionem in quo vagantur impiorum animae et quae in eis manet punilio. '-'^Tertius ordo, videntes ieslimonium quod tcstificatus est eis qui plasmavil eas, quoniam videntes servaverunt quae per fîdem data esl lex. '^''Quartus ordo. intelligentes requiem quant nunc in prompluariis eorum congregali requiescent cum silentio multo ab angelis conservali, et quae in novissiniis eorum manet gloria. ^''^Quintus ordo, ejuUantes quoinodo corruptibilc cf]'tigcrint nunc, et fulurum quomodo haereditatem possidchunt, ad hue autem videntes angustum et [labore] plénum, a quo libcrati sunt, et spatiosum incipicnt recipere, frunisccntes et inmorlales. ^'Sextus ordo, quando eis ostendelur quomodo incipiet vultus eorum fulgere sicul sol, et quomodo incipicnt slellarum adsimilari lumini, amodo non corrupti. '^"^ Scplimus ordo, qui est omnibus supradiclis rnaior, quoniam crullabunt cum fiducia et quoniam confidcbunt non confusi cl gaudebunlnon reverentes, feslinant enim videre vultumeiuscui serviunt viv»nles cl a quo incipitinl gloriosi mercedem recipere.

i.A i;i:sriii{Kr,Tio\. ,.,f,

<Ic foutes, est leur assurance délicieuse, leur confiaucc assurée, au moment où ils se liàtent pour voir la Face de celui qu'ils ont servi et qui vd les récompenser dans la gloire.

Cette gradation est successive, le dernier échelon ne sera atteint par les justes qu'au moment du suprême jugement; cependant le châtiment comme la récompense sont déjà commencés (1\

On a remarqué que les justes devenaient semblables au soleil et aux étoiles; c'est-à-dire qu'ils auront des corps incorruptibles, comme les corps célestes. C'est une sorte de terme technique pour indiquera résurrection glorieuse (2). Il suffirait à lui seul pour prouver que la résurrection n'a pas pour but de rendre les justes à la vie de la terre et de leur permettre de participer au règne messianique. M. Guukel a exagéré en concluant de cette assimilation des justes aux étoiles que la foi à la résurrection est née chez des peuples qui adoraient les astres et qui prétendaient devenir semblables à leurs dieux (3). Mais du moins c'est un indice que la résurrection a été conçue comme le passage du monde sublunaire au monde céleste, et cela dans des textes très anciens.

Pendant que les âmes des justes et des pécheurs attendaient dans leurs demeures, les corps restaient ensevelis dans la terre, mais tous devaient ressusciter. C'est après le temps messianique. Au moment de disparaître, le monde ancien entre dans le silence primordial pendant sept jours. Puis tous les morts ressuscitent (4), le jugement est rendu, les uns vont dans la géhenne, les autres dans le paradis. La géhenne est à la fois le " lac du tourment », et le « four » brûlant, le feu. Le monde de la récompense n'a plus rien de contingent et de périssable ; on a déjà dit que le suprême bonheur des justes serait de voir Dieu ('5).

J'ai quelque répugnance à argumenter en toute rigueur de ce que la résurrection est placée ici après le temps du Messie, car il n'est pas

(1) Il semble que l'auteur ait voulu marquer cette nuance en mélangeant le futur cl le présent : vu, 99 ; Hic ordo animarum instorum ut amodo (syr. ex hoc mine) adnnnliatur; praedictae viae cruciatm quas paliuntur amodo qui neglexerint.

(2) Dan. XII, 3; Apoc. Bar. li, 3. 10; Hén. étii. c.iv, 2; et le commentaire de R. lehouda le Samt, plus loin, p. 168.

(3) KvuTzscH, II, p. 375, note u.

(4) VII, 32 : Et terra reddet qui in ca donniuul, et puîvis qui in eo silcntio habilnnl et prumptuaria reddent quae eis commendalae .sunt animae. L'auteur na pas distingue entre les dnies des justes et celles des pécheurs; mais ce qu'elles ont vu pendant les sept jours après la mort rend leur situation bien différente; W& prumptnarin ne sont probablement pas les mêmes; cf. vu, 85 s.

- Je ne puis admettre la ponctuation reçue du v. 42, comme si, après altissimi, il n'y avait qu une virgule. Alors la splendeur de Dieu au lieu de faire à elle seule la balance de t )ut ce qui passe, ne sert plus qu'à laisser voir ce qui est réservé à chacun!

LE MESSIANISME. g

i30 l.APOr.M.YPTlOir. .HlYE.

clair pour moi que le court passaee qui le mentionne, deux versets, ne soit pas interpolé (1). Mais l'argument est le même s'il n'y a pas de Messie du tout. S'il n'entre nullement dans la perspective eschatologique, ce n'est pas une raison de croire que la résurrection visait son temps. Elle est universelle, et la pensée du voyant ne se porte que sur les lins ultimes. S'il n'a pas mis la résurrection après le messianisme en termes formels, tels qu'ils sont du reste dans le texte actuel, du moins ne l'a-t-il pas mise avant. Après le jugement définitif, la distinction du paradis et de l'enfer, il n'y a plus de place pour les temps messianiques. Il n'y a plus de temps, sauf que le jour du jugement lui-même dure une semaine d'années (2).

La théorie du livre de Baruch est sensiblement la même que celle d'Esdras. C'est après la description du règne du Messie, temporel, mais plantureux à miracle, que se place la fin du temps. La résurrection ne vient qu'après. Le texte la fait coïncider avec le retour du Messie, non avec son avènement (3). Ce retour ou ce second avènement serait absolument isolé dans la littérature juive; il est d'ailleurs exprimé en termes chrétiens; ce ne peut être qu'une interpolation. Les âmes des justes, comme dans Esdras, étaient renfermées dans des réceptacles dont elles sortent joyeuses, parce que c'est la iin des temps. Les âmes des méchants comprennent que le temps de leur supplice et de leur perdition est arrivé.

Telle est du moins linterprétation qui nous paraît la plus probable. Si ce texte était isolé, on devrait l'entendre autrement. L'extrême fertilité et les autres prodiges ne seraient que les préludes de l'avènement du Messie (\). Son avènement lui même amènerait la résurrection des morts. L'interpolateur aurait seulement ajouté deux mots, le retour dans la gloire. Alors le Messie régneiait sur le monde de l'audelà, comme dans le livre des Paraboles d'Hénoch.

Toutefois cette conception serait peu en harmonie avec le reste du livre. A moins de supposer ici une source différente — alors que lunité de tout le reste est assez bien établie — il faut conclure que tout

(1) vu, 28 et 29.

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