I.E MESSIANISME EN ACTION irAPRÈS JOSÉl'llE
L'Essénien Manahem (1) avait prédit au môme Ilérode encore enfant qu'il serait roi, mais que ses fautes lui mériteraient à la fin le châtiment de Dieu. Il lui avait fait espérer plus de trente ans de règne, sans préciser davantage.
Lors de la dernière maladie de ce roi u les personnes inspirées et ceux auxquels il est donné de prédire ces choses par la sagesse disaient que c'était un châtiment infligé par Dieu à ce roi impie » [-1). Le terme de « sagesse » indique à peine un degré de plus que la prévision naturelle.
On pourrait citer encore les songes qui donnèrent le pressentiment à Archélaiis de sa ruine, à Glaphyra de sa fin prochaine (3). Josèphc Y voit une preuve de l'immortalité de l'àme et de la Providence de la
divinité.
Mais le cas le plus intéressant est celui de .Tosèphe lui-même, qui s'attribua le don de prophétie, et précisément en matière messianique. Cet épisode est tout à fait propre à montrer combien il était peu disposé à présenter le messianisme sous son vrai jour.
Les faits sont d'abord décrits dans un certain mystère (V). Comme prêtre et descendant de prêtres, il ne pouvait ignorer les prophéties, et il faut lui concéder cela. Mais de plus il s'attribue le don d'expliquer les songes, naturellement ambigus, qui servaient de canal à la révélation divine, et il se flatte d'avoir été choisi pour prédire et annoncer la ruine de sa nation et la fortune réservée aux Romains. C'est parce qu'il est l'instrument élu de Dieu dans ce but qu'il ne refuse pas de vivre après la chute de Jotapata. Cette allusion assez obscure s'éclaircit un peu dans la suite, lorsqu'on voit Josèphe annoncer l'empire à Vespasien et à Titus.
U le fait comme envoyé de Dieu, et dans des termes qui marquent un empire tout à fait universel. Vespasien est salué César comme si la prophétie était déjà réalisée — il suffit en effet qu'elle le soit dans les desseins de Dieu, — maître de la terre et de la mer et de toute la race des humains (ô). Et celte prophétie, suspecte de flatterie dans la bou-
(1) Ah(. XV, X, 5. r . r ■
!-i) Int. WII, VI, 5 : Dé^zzo o-jv inh tûv Osia^^vxwv y.al ol; TaCxa 7;poa7to;G£Yysc7Ùai<70?'.a
(3) Ant. XVII, xm, 3-5. Sans parler de ceux de Jean Hyrcan (Ant. XHI, xti, l) ei d'Hérode Un«. XIV, XV, 11). . , ^ .
(4) Bell. III, vill, 3 : 'IIv Sa x«i ^t^i v-oî-Tst; ôvaipcov Ixavô; auaga).eïv t« ajx-.-.oaco; v^o tou e£.:ou ).£Yo'ii.eva, tûv ys [Jir,v Upwv ?;ê),03V où/. -/lyvÔEt ta; 7r?o?r,TE-:a; <!,; aÙTÔ; te cov UpEu; xac
(5) Bell. III, vill, 9 : ÔE^u6Tr,; (.Èv yi? où (i^ôvov iaoO ^ù /.aï^ap, «/..a xat yr.; /.a: Oa/a..r, xai r.avxoç àv6ptÔ7:wv yÉvoy;.
C I.1-: MESSIAMSMi: I>AI'1U:S L\:<< KCUIVAI.NS .ILIFS IIEI.I.ÉMSTIQLES.
che d'un captif, est conlirméo par une prédiction antérieure des plus précises. Josèphc avait annoncé que .lotapata tomberait après le quarante-septième jour, et «[ur lui-même serait pris vivant.
On pourrait douter du caractère messianique de la promesse faite à Vespasien. parce (]u"il n'est pas dit ici en termes exprès que ce sera l'accomplissement des oracles prophétiques de la nation. Or, ce serait à tort. i)uisque l'historien a pris soin de s'en explicpuM- lui-môme ailleurs. Il accuse nettement ses contemporains de n'avoir pas compris cpie leurs prophéties nationah^s sur le dominateur futur visaient Vespasien. Nous aurons à revenir sur ce texte (1). En ce moment iiqus constatons seulement combien peu .losèphe était enclin à représenter le messianisme sous ses couleurs vi-aies. S'il a essayé d'eu détourner le sens en le transportant à l'empire, c'est bien la preuve qu'il ne pouvait complètement en passer sous silence l'action peut-être décisive dans les i:rands événements de son temps. Il ne pouvait nier l'existence de l'attente messianique, ni la regarder comme vaine; il lui a assigné un terme de son choix, accusant les .sages parmi ses compatriotes de s'être trompés.
Kt cela faisait aussi partie de son système apologétique.
Le messianisme, tel qu'il l'avait vu à l'o'uvre, était éminemment national et anti-romain. De ce chef, .losèphe le rendait responsable du désastre. Peut-on s'attendre après cela à ce qu'il le mette en scène comme découlant des Livres saints, comme le ressort le plus sacré de toutes les énergies? N'est-il pas plutôt vraisemblable qu'il représentera comme des charlatans ceux qui ont remué le peuple avec cette espérance pour le lancer dans une entreprise sans autre issue possible que la ruine de Jérusalem et du Temple? On peut se demander si Josèphe a toujours été aussi sceptique sur les résultats d'une guerre à laipu'Ue il a d'abord pris part dans le parti national. Mais du moins, quand il écrivit ses livres, les choses lui apparurent ainsi, à la lumière des faits accomplis. Il devait donc regarder comme une folie l'application des promesses d'un empire universel à un homme de sa race, et ceux qui s'étaient servis de ce mobile pour arriver à la royauté juive couime des imposteurs, sauf à trouver lui-même une solution, en interprétant à sa façon l'oracle qu'il déclare équivoque, comme eût pu l être une sentence de la Pythie.
(1) /;<//. VI. V, 'i : « Mais ce qui les excita le plus à la guerre, ce fut un oracle équivoque sernblablement trouvé dans les saintes Lettres, que vers ce temps-là quelqu'un venu dtleur jiays gouvernerait toute la terre. Ils le prirent pour eux, et beaucoup des sages se Iroin- |H;renl sur la solution, car l'orarb* visait lenqiire de Vespasien, proclamé empereur en Judée f.