I.E MESSIANISME EN ACTION IVAPRÈS JOSEIMIK
en la résurrection. Saint Paul a éprouvé combien les Crées étaient réfractaires à ce dogme (1). Josèphe n'a pas essayé de le leur prêcher; il n'a même pas confessé sur ce point la foi de ses compatriotes telle qu'elle était. Quand il parle, à propos des Pharisiens, du retour de l'àme vers le corps, on croirait bien plutôt qu'il fait allusion ;\ la niétempsychose. Il en est de même dans le discours (ju'il est censé tenir à ses compagnons de détresse pour les empêcher de se tuer les uns les aulres, discours qui fut naturellement écrit en vue de ses vainqueurs : Ceu\ qui meurent selon la loi de la nature ont une louange éternelle, leur maison et leur race sont stables, leurs dmes ont un lieu très saint dans le ciel, d'où, après le retour des Ages, elles viendront occuper de nouveau des corps purs (2).
Cette préoccupation de la gloire, si purement grecque et ensuite romaine, est le seul mobile allégué dans les Antiquitcs par les deu\ docteurs de la Loi, Judas et Matthias, pour exciter leurs disciples à braver la mort (3). Il est vrai que dans la Guerre Josèphe ajoute l'immortalité, mais Fimmortalité de l'âme (4). Éléazar exhorte à mourir les derniers défenseurs de Masada, parce que la mort est la délivrance de l'àme, dans un style tout platonicien, en invoquant par surcroit l'autorité des Hindous (5 .
On conviendra qu'à ne suivre que Josèphe on se ferait une idée très fausse du dogme de la résurrection, si vivant et si agissant à cette époque, ou plutôt qu'on ne le soupçonnerait même pas comme distinct de la niétempsychose.
Il arrive même à Josèphe de parler des morts d'une façon tout à fait païenne. C'est du moins le langage qu'il prête à Aristobule I*^', bourrelé de remords pour avoir fait périr son frère et sa mère : « Jusques à quand, ô corps sans vergogne, retiendras-tu une âme due aux mânes de mon frère et de ma mère? pourquoi ne pas la rendre toute à la fois, alors que je répands peu à peu mon sang en libation à mes victimes » (6)?
Il est vrai que dans d'autres cas, et lorsqu'il s'agit de Dieu (7), son orthodoxie est beaucoup plus correcte.
(1) Act. XVII, 32.
(2) Bell, m, VIII, 5.
(3) Ant. XVII, VI, 2.
(4) Dell. I, xxxui, 2 : toT; yà? outco ts/tjtwt'.v àSàva-rôv t: -rci 'l/'j/r/V -/.ai Tr,v ïu àyaÛ&T; ata6r|(7iv aîw-Hov Tiapatiévciv. Cf. § 3.
(5) Bell, vil, VIII, 7.
(6) Ant. XIII, XI, 2. Probablement transcrit lexluellernent de Nicolas de Damas.
(7) Pourtant son expression assez usuelle tô Oeîov « le divin » est encore choisie pour rendre l'entente plus facile, car les polythéistes eux-mérnes aimaient à parler du divin.
\ i.i: MESSiAMSMi: i> Ai'i;i:s i.i-s écrivains JLIFS 11EI>LÉMSTIQUES.
Encore ost-il (jik" lots(iiril met en scène la Providence, il aime à laisser le choix entre l'iiitervenlion divine et la Fortune, ou le Destin, «m le cours des causes naturelles il).
Le souci de ne présenter aux lecteurs étrangers à la religion juive auiun concei)! i\\\"\U ne pussent en quelque façon s'assimiler, devait le .i;rner beaucoup l(>i>(|u'il s'ai:issait du messianisme, qui avait ses diflicullés spéciales.
C'était à la fois l'accomplissement des prophéties et un rêve national.
Comme terme et accomplissement d'anciens oracles, le messianisme n'avait rien de ch()(juant pour un païen. La prédiction de l'avenir, surtout la prévision d'événements déterminés, tient beaucoup plus de place dans l'histoire des cités grecques que dans celle d'Israël. On n'a rien entrepris d'important en Grèce sans l'avis du sanctuaire de l>el[)lH's. Aussi .losèphe aime à parler de ces personnes qui, d'après des songes, ou sous l'inspiration divine, révélaient les secrets de l'avenir. Il lui arrive même de donner à la prophétie le cachet propre à la divination païenne (;2i.
.ludas l'Kssénien a prédit qu3 le premier Antigone, frère d'Aristobujr T', mourrait un jour donné, à la tour de Straton, Ce jour arrive, et .ludas voit passer Antigone à Jérusalem, à six cents stades de la tour de Straton. Il est confus d'avoir si mal prophétisé lorsqu'il apprend que le prince vient d'être tué dans un couloir souterrain qui portait le mémo nom. Cette coïncidence justifie la prédiction, à la manière de la mantique païenne, avec ses jeux de mots et ses solutions imprévues. Et cela encore donnerait une idée très fausse du rôle des prophètes d'Israr-l !
D'ordinaire cependant, le Ion est plus juste, quoiqu'il soit toujours question de la détermination particulière d'un événement futur, non • l'un»' i)rédication religieuse comprenant l'annonce des grandes nuvies de Dieu. Le don de prophétie est tantôt attribué aux Pharisiens 3 , et spécialement k l'un d'eux, Saméas, tantôt et plus souvent aux Esséniéns, quelquefois sans désig-nation de secte.
Saméas avait prédit, lorsque llérode fut traduit devant le sanhédrin, ((uun jour il ferait périr ses juges. « Et cela arriva avec le temps, Dieu ayant réalisé ses paroles » ik).
(1) Par exiMiiplo l/(^ W, i\, 1.
(2) Ant. \{\\, XI, 2. Sans •ppcndanl admettre la divination iiidiictive par les augures, les liaruspices, etc., si sévèrement proscrite par la Loi. l'hilon accepte de même la divination par les son};es et par lenlhou^iasinc divin [Les idées j)hilosophi(jues et religieuses de J'hilon d'Alexandrie par K. Uréliier, p. 180-lî)6).
(3) Ait. XVII, II, 4 : npôyvwTiv ôà È;:£irî(JTc'Jvto iii:z,o:-r,ati toO Oîov.
(4) Ant. XV, I, 1.