I /APOCALYPTIQUE ET LE RARBINISME. 2G
cm'on prit soin à la lonsue cVéliminer ces éléments suspects? Il y eut peut-être quelque chose de semblable, et cela serait certain si on pouvait regarder l'apocalypse d'Esdras comme un document émane de ce iudaï'^me officiel, en d'autres termes, du pharisaïsme pur. Il est assez probable en effet que ce fut par réaction contre le christianisme une le pharisaïsme s'éleva si fortement contre la conception viruinalo, et qu'il ne donna jamais au Messie, même indirectement, le nom de Fils de Dieu et de Fils de l'homme.
Pourtant dans l'ensemble, la tradition varia peu, et nous en avons pour preuve les psaumes de Salomon. Le Messie qui y parait se ratlache d'une façon assez unilatérale au Psaume lxxii; c est zme des conceptions de^ l'Ancien Testament. De la présence personnelle de Dieu du serviteur souffrant, de la vision de Daniel, il n est pas question Or ce thème demeurera toujours celui du judaïsme. 11 s y est cantonné, et n'a guère emprunté à l'apocalyptique (1), comme nous venons de le dire, que lavènement mystérieux du Messie, (pu ne suppose nullement une préexistence vraiment surnaturelle.
Vinsi après avoir tenté toutes les voies, et essayé toutes les solutions, là pensée juive s'arrêtait à l'espérance d'un grand roi, descendant de David, pieux et sage, orné de dons surnaturels et revêtu d un pouvoir extraordinaire. . . n- .
L'opinion moyenne du judaïsme, telle qu'elle s était cristallisée vers le début du Tu« siècle de notre ère, est parfaitement rendue dans les Plùlosophoumcna : a Us disent qu'il (le Messie) sera originaire de la race de David, et non d'une vierge et de F Esprit-Saint, mais dune femme et d'un homme, selon la manière ordinaire à tous les hommes, disant qu'il sera leur roi, homme de guerre et puissant ; après avoir réuni toute la nation des Juifs, après avoir combattu toutes les nations il relèvera Jérusalem leur capitale, où il rassemblera toute la nation, et, selon les coutumes antiques, il la restaurera de nouveau, ré-nant, exerçant le sacerdoce, et habitant en sécurité pendant longtemps ; après,^ on se réunira pour leur faire la guerre ; alors le Messie succombera par l'épée, puis aura lieu la consommation e la conflagration de tout, et s'accomplira ce qu'on opine touchant la résurrection, et la rétribution sera fixée à chacun selon ses œuvres (2) ».
(1) Et dès le temps des psaumes de Salomon.
(2) Philos. i\, 30; texte cité par M. Schurer.
2Ci I.Al'ûC.AI.M'Tlnri': r.T I.K liAlîlUMSMi:.
i.K RKr.NK i»K i)ii:r.
\ l<iiil [(rendre, si le tenaiii du [>Ii;irisaïsiue était étroit, il était du moins tiès snlide. iTune pari, on se rattachait à une tradition constant<<. i.lTicitdle, celle d'un descendant de David, de Juda et d'Abraham, ijui devait èli-e l'héritier des jjénédictions antiques, et même l'exégèse orthodoxe voyait en lui le vainqueur du serpent, annoncé dès l'aurore du monde, h'autre part, au lieu de se perdre dans des rêveries et de s'atrophier dans l'attente de catastrophes, on était bien résolu à iniploierpar la prière, et à amener déjà par des actes, le règne de Dieu. 1,1 viaie supériorité du rabbinisme est dans ce bon sens pratique, un peu vuliraire. mais guide plus sûr que l'imagination des voyants.
Ceux-ci n'ont parlé du règne de Dieu, comme d'une manifestation attendue, que dans ces apocalypses ou fragments d'apocalypses qui se rattachent au livre des Paraboles (1). Ce n'est point là un hasard. I/apocalyptiquequi suivit, pressée d'en finir avec un monde corrompu, appelant le jugement pour y mettre un terme, désespérait d'y voir établir le règne de Dieu. En quoi elle s'écartait absolument de l'ancienne prophétie et des psalmistes, même des hagiographes récents. Tel que l'.Vncien Testament lavait compris, le règne de Dieu existait depuis la création, il était seulement destiné à s'étendre et à s'établir plus solidement dans tout le monde. Les voyants, même lorsqu'ils conservent une période messianique, préfèrent lui donner pour caractères la victoire d'Israël et une vie plantureuse. Le véritable règne de Dieu n'est sans doute pour eux que dans le monde à venir, dans l'audelà transcendant.
Ce fut l'honneur du rabbinisme, dans le sentier sans issue où il s'enfonçait, de ne pas désespérer du monde, et d'essayer d'abord de le convertir, de se concentrer ensuite pour que Dieu règne du moins sur Israël. Il a même assez souvent compris que ce règne serait procuré par le Messie, de sorte que lorsqu'il prie pour le règne, on peut douter s'il a en vue plus directement le règne de David ou le règne de Dieu, qui s'identilient par la parfaite soumission du Messie à Dieu (2).
Mais derechef sa grande lacune est de laisser béante la distance qui sé[)arc le règne de Dieu sur la terre, et son règne sur les élus.
Kt cette lacune est bien le vice radical de toute cette théologie,
(1) Uén. xi.i, t ; Assomption de Moïse, x, 1 ; Siht/llc, m, iG-50; Testament de Dan, v, 13.
(2) Ps. (Je ii(tl. xvii.
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apocalyptique ou rabbinique. Elle avait pu, à la rigueur, clans les ouvrages d'Esdras et de Baruch qui sont comme une fusion des deux esprits, concilier l'attente du Messie avec la prépondérance désormais reconnue du monde à venir. Elle n'a jamais su rapprocher le Messie de Dieu sans l'éloigner de l'homme, — et alors il n'avait d'autre l'onction que celle déjuge et de président du monde à venir, — ni rapprocher le Messie de l'homme sans l'éloigner de Dieu, — et alors il n'était plus que le sauveur d'Israël.
Partout des problènies posés, nulle part des solutions fermes, acceptées de tous. Quand on prétend que Jésus a pris pour point de départ de son enseignement la foi commune de son peuple en matière eschatologique, on ferme les yeux sur ces hésitations et sur ces incoliérences.
Ce qui est vrai, c'est que la plupart des idées dont il s'est servi étaient en effet dans l'air. Mais il a tout groupé dans une solution si simple qu'elle porte le sceau de sa divinité, surtout lorsqu'on la rapproche des prophéties qu'elle réalise dans une parfaite liarmonie.
Le fait de Jésus, c'est la venue personnelle de Dieu dans une manifestation unique de bonté, et c'est l'accomplissement des promesses faites à David. Il est l'être surnaturel de Daniel, mais vraiment fils de l'homme. Il doit régner, comme descendant de David et comme Fils de l'homme, mais après avoir prêché, après avoir souffert, après être mort comme le serviteur de lahvé. Il est venu pour que le règne de Dieu sur la terre soit reconnu, Dieu étant mieux servi, et plus aimé, mais c'est par lui que le règne de Dieu sur les élus s'établit, puisque c'est par sa mort et par sa grâce que les élus sont admis auprès de Dieu. Ainsi toutes les prophéties de l'Ancien Testament sont réalité et harmonie, et celui qui est le terme des promesses est aussi celui qui ouvre la vie future.
Le judaïsme n'a pas su réaliser cette unité. Il a réussi à se concentrer et à se perpétuer, grâce à la Loi; ses aspirations messianiques ne lui ont guère causé à la fin que des déboires. Ce que nous connaissons de ses doctrines nous aidera à mieux comprendre l'intensité et la stérilité de ses efi'orts.