‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 78 sur 118 · AlMx.Al.Vl'TliU 1- KT il'. U.VWilMî^^'l · texte numérisé non relu

AlMx.Al.Vl'TliU 1- KT il'. U.VWilMî^^'l

.,1„. , rnisonn.T sur l.s cl.-slmros Int.urs d'Israël ou do l humanité sans •en prcoccui..M-. il n'esl plus p.rnds à personne de concevou. e ,,,„„: nui suivra le .raud .',u,.MneMt couime r)ne époque de fel.cite lorrestre .1), sans di.v un nu>l de ce .,ui adviendra lorsque les possesseurs de cette félicité, c..Md>l.-s d'ans et rassasiés de biens, vendront

cependant ;\ mourir. , • .. i ■ ^

IJeiucoup de points .Imw-uraient encore mccrta.ns. Que devenaien les ames.n allen.l,-.nt la liu.> les coupables ressusciteraient-ds tous? 1, lieu de la béatitude» serail-il le ciel ou la terre? La fin viendrait-elle plu. ou moins t.M? A ces questions il y avait plusieurs réponses, mais ;.„ Otait dacconl pour reunir devant le même tribunal les vivants et les morts, et chacun suivait ensuite sa destinée.

Fn présence de cette perspective qui ne tenait compte que des justes et des pécheurs, A par conséquent que du bien et du mal, accomplis dans cette vie en vue d'une autre existence, quelques docteurs ont pu n'attacher <prune importance restreinte au messianisme, tel qu'ils le concevaient, comme une restauration du trône de David.

Ceux au contraire, (pii ont tenu à conserver l'antique tradition ont dû forcément se préoccuper de la mettre d'accord avec la pensée des lius dernières qui s'imposait absolument. Désormais en eflet, un pharisien, persuadé de la valeur éternelle de la Loi, pouvait plus facilement faire abstraction du fils de David et prêcher une morale sévère, dominée par la pensée de la rétribution, qu'un voyant résoudre les problèmes de l'avenir sans tenir compte de ce qui était la vraie fin dr tout. Mais la conciliation n'était pas facile. Il n'y eut à ce problème qu'une solution, la solution divine du fait de Jésus; toutes les autres .sont des tentatives avortées qui sacritient un élément ou un autre.

Ce sont ces fausses solutions qu'il faut de nouveau passer en revue.

L'Ancien Testament avait désigné de plusieurs manières celui qui devait être l'agent du salut à venir.

D'abord c'était Dieu lui-même. Une foule de passages — que ce n'est pas ici le lieu de citer — avaient annoncé que Dieu viendrait en personne pour sauver son peuple. Le salut d'Israël serait donc une iusiirne théophanie, une manifestation extraordinaire de la bonté de Di.'Ui'nversson peuple, de sa justice envers ses ennemis, de sa sainteté consumante et puriiiante. Ifautre part, on attendait un roi, iUs de

(I; Coiiiiiic l'ar cxemiile dans les lucmiers chapitres d'Hcnoch.

LAPOCAI.YPTinUE ET I.E RABBI.MSME. 2o9

David, qui monterait sur le trône de ses prres et ferait jouir sa nation dune félicité inouïe. Isaïe avait fait ;illusion à sa naissance miraculeuse et lui avait donné des noms divins.

Le même recueil d'Isaïe contenait le tableau d'un serviteur de lahvé qui convertirait les peuples ;V la foi d'Israël et dont la mort .servirait d'expiation pour un grand nombre.

Daniel avait prédit que Dieu interviendrait pour détruire les persécuteurs, et avait montré un être surnaturel descendant du ciel pour établir le règne des saints.

Ces prophéties tracées comme des lignes vers la lumière à venir étaient-elles parallèles? Et si elles ne l'étaientpas, comment fallait-il les coordonner? Le Messie, selon les termes très forts d'Isaïe, serait-il un Dieu? Ne serait-il ^ms plutôt un simple instrument de ses desseins, un pur homme? Serait-il le même que le doux prédicateur, victime de son zèle et de sa docilité à redire la leçon de lahvé? Le Restaurateur du trône serait-il un martyr, un Rédempteur? L'être surnaturel de Daniel viendrait-il sur la terre autrement que pour détruire les. monarchies condamnées? Qu'une seule personne pût remplir toutes ces conditions, cela paraissait, cela était bien difficile, ou pour mieux dire : il y fallait un miracle inouï, dont le mystère n'était pas révélé, du moins dans la tradition officielle (1).

Et si le Messie était tout cela, comme les prophètes anciens n'avaient parlé que de son rôle terrestre, dans quel rapport serait-il avec le monde de l'au-delà?

Nous avons maintenant réponse à toutes ces questions dans le dogme des deux natures et dans celui de la Rédemption, mais c'est là précisément le mystère du règne de Dieu qui n'a été révélé qu'aux Apôtres. Il ne faut pas s'étonner que nul n'ait pu résoudre l'énigme; où une certaine sympathie est due à l'effort, la justice oblige à dénoncer l'échec.

En dépit de certaines allures nouvelles, l'apocalyptique était liée à la tradition de l'Ancien Testament et ne pouvait guère s'en émanciper plus que le rabbinisme. On doit dire à sa louange qu'elle en a mieux rendu les divers éléments, dans un esprit beaucoup plus élevé et beaucoup plus ouvert.

De ces quatre aspects que nous avons surtout mis en relief, le troisième, celui du serviteur prédicateur et martyr, a été le plus négligé par les deux courants; c'est très spécialement le secret de Jésus. Rien dans les textes n'indiquait un rapport personnel entre le serviteur et le

(1) Eph. m, 5. 8.

..,.,) I.Al'OCAl.Vl'Tlnn- ET I.K lîAlîllIMSMl- .

Mossie. La .çloin- du st-ivitrui' iir lui venait qu'après sa mort; qu'avait-il (le coninuin avec le l'oi glorieux, lils de David?

Si l'on mot à i)art le terme d'Klu (1), peut-êti'c emprunté à Isaïe, on ne voit pas (jue rapocalyptinuc se soit inquiétée de ce serviteur. Son souci maladif des eoui)s de tlié;\tre, des merveilles, de l'éblouissant et du rare, la rendait peu propre à comprendre cette figure attarhante, niddeste. mélancolique et voilée. Moins encore que le raldiinisme elle u'avail (pic l'aii-c des souffrances du Messie.

Kllc ne s'est pas non plus occupée beaucoup du fils de David. Elle a pris naissance et s'est développée dans un temi)S où les espérances davidiipies étaient assez oubliées. Son goût i)our le mystère Tobligeait, même (piand elle faisait allusion au roi Messie, à le désigner par une alléiioric. L'cciifure claire n'est point son fait. Puis ce Messie était un peu trop terre ;\ terre. A supposer qu'Esdras soit revenu à la tradition de l'origine davidicpie (2), Baruch laisse de nouveau ce point dans l'ombre.

Pourtant il s'est trouvé des voyants qui, sans employer de désignation trop expresse, ont fait une place au roi traditionnel.

Tout naturellement ils l'ont situé au terme de l'histoire, mais sans aucune relation avec l'au-delà (3!.

La venue personnelle de Dieu, si souvent implorée par les prophètes et peut-être encore plus par les psalmistes, ouvre précisément le livre d'Hénoch. C.ette partie, la plus ancienne, annonce une théophanie analogue à celle du mont Sinaï. Mais, en général, on s'en tint là i i). 11 n'était pas dans le style de l'apocalypse de faire descendre Dieu sur la terre. Plus on avançait dans le temps, plus il était convenu de le reculer dans les hauteurs du ciel. Il fallait trouver un intermédiaire, moins inaccessible que Dieu, moins modeste que le fils de David.

Le thème favori de l'apocalyptique était donc naturellement indiqué : c'était celui de Daniel, du prophète qui avait porté ce genre luimême à sa perfection.

L'être surnaturel (]ue Daniel avait montré sous les traits d'un homme était-il le Messie? Pour le conclure, il suffisait de rapprocher les deuxidées du règne de Dieu et du règne du Roi Messie. Quand Israël eut une idée plus nette du monde et de Dieu, il dut espérer que son Hoi Messie serait aussi roi du monde, et il ne pouvait l'être que sous l'égide de Dieu son véritable roi.

(i) llén., Vwrc dfs Paraboles, xwix, (j et possim, el Is. xui, 1. ('.!/ Ce point dt-pend, comme on la vu plus haut, p. 105, de l'authenticité d'un texte. (3) Voir plus liaul, p. SI, cscliatolo^ie inessiani(|uc liislorique.

(i) LAssomplion de Moïse, dans son psaume, ci-lébre cette venue : x, 3 exurlget enim rii, irjii a <''iii' m, ni s/n cl exict de liubUalionc sancla sua.

L'APOCALYPÏinil-: ET LE RABBINISME. 201

La conciliation découlait donc assez naturellement du texte, mais, d'autre part, il ofl'rait une difficulté dont nous n'apprécions peut-être pas assez la valeur, maintenant que nous connaissons la solution divine. Absolument rien dans le texte de Daniel, en dehors de l'apparence revêtue par l'être surnaturel, n'indiquait qu'il dût avoir une origine humaine. Il descendait du ciel, et aussitôt, il recevait la domination universelle.

Il n'est donc pas étonnant que le livre des Paraboles, tablant sur ce thème, n'ait assigné à l'Élu, à ce Fils de l'homme, aucune mission sur la terre que de détruire les pouvoirs opposés à Dieu, ce qui se déduisait assez facilement de Daniel. Dès lors, comme on ne pouvait plus se contenter de l'eschatologie temporelle du début d'Hénoch, la période terrestre messianique était réduite à très peu de chose, on peut dire au seul jugement. De sorte qu'en somme, au lieu de concilier réellement les anciennes promesses messianiques avec la vision de Daniel, l'auteur opte pour Daniel et développe, d'après quelques traits demeurés mystérieux, une théorie particulière de messianisme transcendant— qui n'est plus du messianisme. Le chef des âmes saintes ne vient sur la terre que pour châtier les coupables, juger, ressusciter les morts et inaugurer un monde nouveau. Ce mode paraissait tellement inhérent à l'imitation de Daniel, en tant que portant toute d'un seul côté, qu'Esdras lui-même, lorsqu'il revient à ce point de départ, n'insiste pas sur la période messianique comme distincte du monde futur (1), et que nous n'en aurions pas une idée nette si les autres passages ne faisaient la lumière sur ce point. Cette tentative de rehausser le Messie, de lui attribuer une origine surnaturelle, un rôle en dehors des conditions humaines, aboutissait donc en somme à une rupture avec la tradition. L'Élu, ce Fils de l'homme, n'est plus celui qu'avaient annoncé les prophètes, et si l'auteur des Paraboles lui a vraiment donné le titre de Messie, ce qui est très douteux (2), il faisait violence à son sens naturel.

Aussi savons-nous très certainement que cette théorie a été écartée par l'opinion dominante. Esdras la mitigé considérablement, Barucli ne fait même plus directement allusion à Daniel, les rabbins n'en connaissent rien que les réminiscences directement empruntées au prophète.

Cependant de Daniel, sinon spécialement des Paraboles d'Hénoch, découle un thème qui fera désormais partie essentielle du plan messia-

(1) Ch. xiii.

(2) Le mot Messie est-il authentique dans le livre des Paraboles? voir plus haut, p. 93.

.„j i.Ai'oCAi.M'iKji i: i:t i.i: i'.aimums.ml:.

ni(|iio, iiirmo lorsiju'oii sera (Icinouré lidrle à la pure tradition daviili<iuc : celui de ravèiieiiient inyslérieiix du Messie. C'est à ({uoi tient spéciaieuient Esdras, puis llaruch. .Même (]uand on renonce à approfondir les nrii^ines, ou (ju'ou suppo.se le Messie un pur homme, né comme les autres enfants, il faudra le produire d'une façon cxtraordinair(>, imprévue, ii^loiieuse; son apparition sera une manifestation éclatant»' de Oiru venant inaugurer son règne.

Le raltltinisme lui-même ne pourra se soustraire à cette condition de Tavéncmeut messiauicpie. Klle parait indiquée dès les psaumes de Salouion 1 : l>ieu fera surgir le Christ; ce qui n"impli(juc pas une préexistence Mirnaturelie, mais i]n moins une manifestation extraordiuairc.

Le messianisme avait donc suivi dans les apocalypses une courhe ascendante, puis il était retombé. A quel moment précis faut-il placer le maximum? C'est ce que nous ne saurions dire. L'Assomption de Moïse parait indiquer le temps d'IIérode le Grand. Ce système, que nous avons appelé « le messianisme transcendant », a peut-être conservé jusqu'au temps de Jésus une influence dont le rayonnement est diflicile à déterminer; mais comment l'appliquer à une personne vivante, à Jésus, par exemple, fds de Marie, parlant, agissant, vivant comme les autres hommes?

On pouvait, il est vrai, en retenir cette idée maîtresse que le Messie devait être le chef du monde futur, qu'il serait appelé à rinaugurer après avoir jugé tous les hommes; mais, si ces traits étaient compatibles avec une existence terrestre, il fallait du moins supposer une transformation de cette existence, et, comme cette existence elle-même ne faisait pas partie du système, il fallait chercher une nouvelle combinaison. Les précisions ajoutées à Daniel ne faisaient que la rendre plus difficile. On ne peut donc pas dire que le livre des Paraboles ait contribué en c|uoi que ce soit à l'élaboration du christianisme, si ce n'est par un sentiment très vif de la sublimité du Messie, idée empruntée à Daniel et développée dans un sens où elle heurtait assez directement une partie de la tradition.

Le côté de la tradition, le côté humain et national, est celui qui demeura toujours cher au rabbinisme. C'est par là surtout que son messianisme se distingue de celui des apocalypses.

Peut-on dire que le judaïsme officiel eut d'abord plus d'envergure, qu'il se complut lui aussi dans l'espérance d'un messianisme transcendant, de sorte que, s'il n'en est plus ([uestion dans le Talmud, c'est

;i; Ps. Sal. XVIII, (',; (f. WM, 23.

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