‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 86 sur 118 · I. — OPINIONS DES RABIUNS SUR JÉSUS · texte numérisé non relu

I. — OPINIONS DES RABIUNS SUR JÉSUS

Et d'abord, sur la personne môme de Jésus, voici tout ce qu'ont pu fournir le Talmud et les Midrachim, citant les autorités des quatre premiers siècles, à un auteur très bien informé, M. R. Travers Ilerford. Nous demandons à l'auteur la permission de traduire cette page, et nous prions le lecteur chrétien de nous excuser si nous reproduisons cette série de sottises qui sont pour nous des blasphèmes (2).

« Jésus, nommé le Nazaréen, Ben Stada (3i, ou Ben Pandira, était né de l'adultère. Sa mère était nommée Miriani (Marie) et était coiffeuse pour femmes. Son mari était Pappos ben lehoudah. Son amant était Pandira. On dit aussi qu'elle descendait de princes et de souverains, et quelle s'était mal conduite avec un charpentier.

Jésus avait été en Egypte, et en rapporta la magie. Il était magicien, séduisit et trompa Israr'l. Il pécha et lit pécher la multitude. Il se moqua des paroles des sages et fut excommunié. Il était entaché d'hérésie. [Il] ' V) se nommait lui-même Dieu, et le fils de l'homme, et disait qu'il

(1; JcsHS Cliiislus iin Tlialmud, von Heiiirich Laible, avec un appeiulico, Die Ihalmudischen Texte, inilneieill von Prof D. G. Dalman, édilion anaslatique de 1900.

(2) Clirislianilij in Talmud and Midrasii. London, 1903, p. 318 s.

(3) L'idenlincation de Ben Stada avec Jésus est certaine, mais peut-être que, à l'origine, Ben Stada représentait une autre personnalité, l'Égyptien de Actes, xxi, 38 (cf. Josèpmi:, Aiit. XX, vm, 6; Bell. II, xiil, .5).

(i) Quand le pronom est entre crocliels, Jésus n'est pas désigné i)ar un des vocables cidc:»su>, mais l'allusion est certaine.

ATTITUDE DU 11AI5BINISME ENVERS LE ClIKISTIAMSME. 2S!)

monterait au ciel. [Il] se faisait la vie douce au moyen du nom de Dieu.

Il fut éprouvé à Lydda, comme un séducteur et un docteur d'apostasie. On avait caché des témoins pour entendre ses paroles, et une lampe était allumée au-dessus de lui, de façon qu'on pût voir sa face. Il fut conduit au Beth-Din (tribunal). Il fut exécuté ;\ Lydda. la veille de Pàque, qui était aussi la veille d'un sabbat. Il fut lapidé, et pendu, ou crucifié. Un héraut annonça qu'il serait lapidé, et invita à produire des allégations on sa faveur; aucune ne fut fournie.

II (sous le nom de Balaam) fut mis à mort par Pinkhas le voleur (Ponce-Pilate), et à l'époque de sa mort il avait trente-trois ans.

Il a été puni en enfer, au moyen d'ordure bouillante. C'était un révolutionnaire. Il allait devenir roi.

Il eut cinq disciples.

Sous le nom de Balaam, il est exclu du monde à venir » (1).

Si l'on ajoute que la vie de Jésus est tantôt rapportée au temps d'Alexandre Jannée (2), tantôt au temps de R. Aqiba (3 1, — ou plus bas encore — avec une latitude do plus de deux cents ans, on hésitera à prononcer le mot de tradition. Le plus ancien témoignage allégué est de R. Éliézer b. Hyrkanos (i); la mort de Jésus à Lydda suppose que le judaïsme y avait un tribunal, ce qui n'eut lieu qu'au début du second siècle. C'est là sans doute que naquit la légende. Ou plutôt, l'opinion du judaïsme sur Jésus n'est qu'une contrefaçon de la catéchèse chrétienne. Les chefs du Pharisaïsme ne se soucièrent pas de conser-

(1) Citons UQ des textes les plus caractéristiques, rayé des éditions ordinaires du ïaimud, restitué d'après les anciennes éditions et les manuscrits : h. Sanh. 43='. Z^JZ N'^^nri*

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'( Tradition (donc une baraïtha) : la veille du sabbat et la veille de la pûque, on pendit Jésus de Nazareth, et le héraut sortit devant lui pendant quarante jours, [disant] : On va lapider Jésus de Nazareth, car c'est un ma;^icien, et un séducteur et il a trompé Israël. Quiconque le sait innocent vienne et proteste en sa faveur. Et personne ne protesta de son innocence et on le pendit la veille du sabbat et la veille de la pàque. [R. 'Oulla ditl : Peuton conjecturer qu'un révolutionnaire soit innocent? C'était un séducteur. Et le Miséricordieux a dit (Dt. XIII, 8) : tu n'auras pas compassion et tu ne dissimuleras pas [la faute]. Mais c'est différent, car Jésus avait des accointances avec l'empire ». La veille du sabbat est ajoutée d'après le Cod. de Florence; tous ont la veille de la pàque (op. laud.. p. 83 ss. et p. 406).

(2) De 104 à 78 av. J.-C; cf. b. Sanh. 107''.

(3) On donnait pour pi're à Jésus un certain Pappos ben lehouda. qui vivait un siècle après lui (Herford, /. t., p. 40).

(4) Arrêté comme suspect de christianisme vers l'an 109 ,7. /., p. 388j.

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