‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 92 sur 118 · IV · texte numérisé non relu

IV

(2) C'est la version d'Eusèbe dans la Chronique d'après la version arménienne : Quuin autem in Mesopolamia quoque concitarentur, praecepil imperator Lusiae Citio, ul eos e provincin eiiciendo (liane) purgaret. Ciliis acte instriicta mullas myriades ludaeorum Irucidavit, f/uibus rebits composilis praeses [index) ludaeae ab imperatore déclara (us est.

(3) SciiuKKK, GescliiclUe..., I, p. 6fi5 ss.

(4) C'est le sens le plus naturel de la Clironique d'Eusèbe : arm. : Adriamis ludaeos subegil ter {Tertio, contra liotnnnos rebellantes. S. Jér. : Hadrianus ludaeos capil secundo contra ftommios rebellantes. Pour tous deux c'est une nouvelle révolte. S. Jér. lai donne lo numéro deux assez lo;^i(iueiiienl, [luisqu il n en a pas mentionné d'autre i[He la i>n'mièri'.

(5J \ic d'Ilairii-n, v : Aerjyplus sedilionibus urgebalur, Libya denique ac J'alaeslina rebelles animos efferebant.

(6) Gescltichle..., 1, p. C67 s.

({u'à leur pays, La guerre de Quiétos est encadrée entre celle de Vespasien et celle d'Hadrien dans la Michna (1) :

Après la guerre de Vespasien, ils ont interdit les couronnes des flancées et les tambours; après la guerre de Quiétos (2), ils ont interdit les couronnes des fiancées et l'enseignement du grec aux enfants; après la dernière guerre, ils ont interdit aux fiancées de sortir en pahinquin dans la ville.

Ces interdictions sont portées par les rabJ)ins de FAcadénilc de Palestine, et celle du grec s'entend Ijcaucoup mieux de ce pays que de la xMésopotamie. Faut-il ne voir là, si près des faits, qu'une pupe légende ?

La guerre de Quiétus est encore citée dans la grande chronique du Seder 'Olam, avec une approximation chronologique suifisante pour qu'on puisse lui assigner son rang (3).

De plus, la Megillatli Taanith, très ancien catalogue des fêtes, probablement antérieure à la Michna i/t), mentionne au douze adar « le jour de Trajan ». Nous n'estimerions pas volontiers qu'il s'agit dune victoire remportée sur Trajan, et la mort de Trajan, survenue en août, ne devait pas être conmiémorée en adar (février-mars). Lusiiis Quiétus fut mis à mort par Hadrien. Ce fut sans doute pour les Juifs un second jour de Nicanor. Lui aurait-on donné le nom de « jour de Trajan »? Quoi qu'il en soit, cet indice n'est pas négligeable, et si le commentaire plus récent de la Mcg'dlath Ta anilli l'a glosé par une légende inepte (5), ce n'est point une raison suffisante pour récuser le témoignage de la tradition plus ancienne.

On ne peut d'ailleurs se montrer plus affirmatif en l'absence de témoignages précis (6), Il y eut certes de l'agitation en Palestine, et

(1) Sola, IX, 14.

(2) Les éditions courantes ont TUo<;, mais le vrai texte est reconnu par lout le monde.

(3) Texte dans ScHiiKEu, GeschiclUe..., I, p. 669 : « De la guerre d'Asvéros (Varus) jusqu'à la guerre de Vespasien il y a quatre-vingts ans, le temple étant encore debout; de la guerre de Vespasien à la guerre de Quiétos, il y a cinquante-deux ans; et de la guerre de Quiétos à la guerre de Ben-Koziba, seize ans. La guerre de Ben-Koziba dura trois ans et demi ».

(4) La Megillath taanilh ou « Anniversaires lùstoriques », par M. Moïse Schwab, Congrès des orientalistes, quatrième section, p. 199-259; Paris, 1898.

(5) Trajan y figure comme un simple fonclionnaiie, qui interroge Pappos et Julien pour les faire apostasier. Il est mis à mort sur un ordre de Rome. Il semble que Trajan remplace ici Quiétus, à cause du mot à expliquer, « jour de Trajan » ; mais la confusion inverse est peut-être à l'origine de ce terme.

(6) Aussi ne voudrions-nous pas adhérer à l'argumentation de M. Schlatter {Die Tayc Trajans und Hadrians, p. 92) qui fait de Pappos un général révolté, à cause du texte de Sifrâ sur Lév. : « Je briserai l'orgueil de votre force »; Aqiba y voyait une allusion à Joab général de David; d'autres à Pappos et Lulianos (Julianosj. S. supposer que cette dernière explication ne soit pas récente, l'opinion iïautres rabbins ne fait pas de Pappos un synonyme de Joab.

i.i'. .Mi:ssi.\MsMi-: i:n action.

sans douto aussi des cxOcutions. Los i-ahhins «mi conservèrent un très nrnible souvenir. S'il y eut aussi un soulèvement, on ne voit pas du moins (juils v aient pris part. Si la guerre avait été aussi sérieuse (ju'on Liltye, en Kg:ypie, en Chypre, en Mésopotamie, nous en serions informés par les sources déjà entendues (1).

Quelles l'ui-ent les causes de celte nouvelle levée de boucliers du monde juiT.' Ce ((u"on jx'ut dire avec certitude, c'est qu'elle ne fut pas provoquée par l'aulorili'- impériale. Aucune mesure attentatoire aux droits ou même aux pri\ ilè^-es des .luil's n'est signalée. On ne parle pas non plus dans ce cas d'une fermentation des païens contre les Juifs. Les savants juifs, assez soucieux de décharger leur race de toute rcsponsal)ilité. laissent entendre que ce sont les Juifs qui ont commencé {'2). et c'est le témoignage formel des sources. Eusèbe parle d'un esprit de sédition {'l). .losèphe aurait dit le goût des nouveautés. Aujourd'hui on mettrait en avant l'agitation nationaliste. Personne ne fait allusion an messianisme. Mais Dion n'en soufflera mot non plus dans la grande guerre sous Hadrien. Ce qui nous autorise à supposer «pie les espérances messianiques ne furent pas sans intluence sur les esprits, c'est l'analogie des autres guerres, et, de plus, l'attestation formelle d'Euscbe que le chef des .luifs de Cyrène, — que Dion nommait André, et qu'il nomme Loukouas, — avait pris le titre de roi (i). On ne peut se soustraire à la conclusion qu'à celte époque un roi des Juifs est lîn Messie.

Nous savons d'ailleurs par Josèphe que l'esprit des Sicaires avait

(i; Il faut [)robal»lempnt rapporlt-r du inoins à l'ensemble de l'agilalion juive l'inscription de la porle do Ncby Daoud à Jérusalem : lovi o. m. Saiapidi pio salute el victoiia imp. Nervai' traiani caesaris oplumi aua. Gormanici, Dacici, Parlhici et populi romani vexill. L.'g. 111. Cyr. fecit [RB., 1895, p. 2:^9). Elle date au plus lot de 116 à cause du titre de rarlliicns. Le Jupiter Sarapis est l'cut-ètre spécialement honoré à cause des événements •l'Kgvple.

(2) Voici comment les laits sont exposés par M. Théodore Ileinacii : « Les boucheries «lui éclatèrent presque au même moment sous Trajan en Mésopotamie, à Chyj)re, à Cyrène. prouvent à quel point i'anlagonisme des deux races était exaspéré. A Cliypre surtout, ce fut une guerre d'extermination : les juifs massacrèrent tous les habitants grecs de Salamine, et, la révolte etouiïée, le séjour de l'ile fut interdit aux juifs sous peine de mort. A Alexandrie, les relations n'étaient guère meilleures... A la suite de l'un de ces conflits, le préfet romain d'Egypte, d'accord avec les principaux Alexandrins, décida d'enfermer les juifs dans un ghetto facile à surveiller « d'où ils ne pourraient plus à l'improviste se jeter sur l'illustre cité et lui faire la guerre ». Art. Judaei, p. C22; la citation d'après un papyrus du Louvre, n" 2370 bis, col. vi, 15.

;3, //. /;. IV, 2 : ïv T£ Y*P '.VAEÏxvopî;^ /.al ~rt ).oi7tr, AlyO-iw y.ai Ttpoare't'. xatà Kvpr,vr;v, lo'jztr. ir.à Kvfj(ix-o; Seivo'j tivo; xa: irxadtwûo-j; àvappiTTiTOevî;;, (ipj;.r,vTO "po; -o'j; (J'jvoîxo'j; *E)Ji.r,v»; TTaciàlJîiv...

(4) //. l:. IV, i : àX/à xai -ûv à-' .Myj-Tov ajvaipo|i£vu)v Ao-JxoOa tw ^jolchIv. aOtôiv.

jeté des racines cq Cyrénaïque (1). Un certain Jonathan avait, dès cette époque, esquissé une révolte en attirant une troupe au désert où il devait lui montrer des prodiees extraordinaires. On reconnaît le type de l'agitateur juif sous Vespasien; il fallut envoyer contre lui des fantassins et des cavaliers. Ce fut presque une guerre. Ou ne ])eut guère se représenter autrement Loukouas (André i, du moins .ï ses débuts. S'il a pris le titre de roi, il se donnait donc comme iMessic, et les atrocités commises par les .luifs prouvent qu'ils avaient commence une guerre à outrance, se croyant sûrs du succès.

Mais sur ce point encore nous voulons ne pas dépasser le témoignage des sources. Quand la guerre de Trajan n'aurait pas été une guerre messianique, il eût encore fallu en parler pour aider à comprendre le problème si difficile du soulèvement messianique sous Hadrien.

m. — LA GUERRE MESSIANIQUE.

Le soulèvement des Juifs de Palestine sous Hadrien fut formidable. Tout le monde en convient, même ceux qui sont le moins d'accord sur les causes. Si Ton en croit M. Schlatter (2), c'est l'empereur luimême qui surexcita les espérances messianiques en autorisant les Juifs à rebâtir le Temple. Voyant la maison de Dieu sortie de ses ruines, ils crurent assister à l'accomplissement des prophéties sur la restauration d'Israël. Les temps messianiques étaient donc arrivés; il ne restait plus qu'à trouver le Messie et à secouer le joug de Rome. Le Messie fut Bar-Kokébas, et la révolte commença. Elle dura trois ans et demi (de 132 à 135) et fut suivie de la fondation d'Aelia Capitolina : un temple de Jupiter remplaça le Temple juif détruit par Hadrien.

Ce système, soutenu avec entrain, ne parait pas avoir beaucoup ébranlé l'opinion.

M. Schiirer soutient des vues diamétralement opposées (3). Loin de

(1) Bell, vu, XI, l : "Hî^aTO ôkxal twv Trepi K-jpr,vr|7 -ô),îwv :?, twv (j.xapiMv àirôvo'.a y.aôinîp 'irtGo^. X. T. X.

(2) Die Tage Trajans und Hadrians. L'auteur a surtout mis en œuvre les traditions rabbinitjues qu'il cherche à mettre d'accord pour réaliser un ensemble satisfaisant, et auxquelles il attribue une vraie valeur historique, sauf les exagérations dont elles sont coutumières. M. Bâcher [Revue des et. juives, t. XX.WI, p. 197-20i), très sévère pour cet ouvrage puisque sa recension est intitulée : Erreurs récentes concernant d'anciennes sources historiques, reconnaît une certaine vraisemblance au système de M. Schlatter : > plusieurs faits se comprennent mieux et... on trouve moins étrange l'espoir nourri par les Juifs de restaurer Jérusalem et le culte du temple dans la première année de Barkokhba » {L L, p. 197).

(3) Geschichte..., I, p. G70-70i. Admirablement complet pour tous les renseignements littéraires et épigraphiques.

:ilO 11". MKSSIAMSMK EN ACTION.

>iipi)osor tiull.nliicn ;ut nioiihv aux .luifs tant de condescendance^, il le rond rcspousaMi- »l<* la iiiKM-re par (1imi\ mesures qui durent paraître auv Juifs de £;raves atteintes à leur religion. Hadrien aurait ordonné, avant tout»* provoeatiou de leur part, de rebâtir Jérusalem à la mode |)aïenne et spécialement d'élever un temple de Jupiter sur les débris (le l'ancien Temple, demeuré en ruines depuis Titus, ou plutôt rasé jusrju'au st)l. De plus il aurait absolument interdit la circoncision, l'a^siniilaut au crime de castration, qu'il avait lui-même précédemment déilari' [)unissaltli- par la loi Cornelia, c'est-à-dire passible de la peine de mort > Ij. Donc tout Juif pratiquant la circoncision, même sur son lils, s'exposait à périr par la main du Jjourreau. C'était obliger tous les Juifs de l'Empire à choisir entre l'apostasie et la mort.

.\ la vérité M. Schiircr s'efforce d'atténuer ce que de semblables mesures auraient eu d'atroce et de tyrannique. Hadrien, rebâtissant une des plus illustres villes de l'Orient, ne songeait qu'au bien général. De même, s'il a interdit la circoncision, ce n'est point pour contraindre les Juifs à renoncer à leur foi. Très épris de culture, ami du progrès et des lumières, il regardait la circoncision comme un usage barbare, indigne d'un siècle civilisé. Il l'aurait interdit sans songer an trouble où il allait jeter la conscience juive.

.Malgré tout on est bien tenté de dire avec notre sage Tillemont que cela parait « peu croyable » (2).

Peut-être est-il à propos de tenir une opinion moyenne entre MM. Schlatter et Schûrcr.

La prétendue permission accordée par Hadrien de rebâtir le temple ne repose qne sur des combinaisons de traditions rabbiniqucs fort douteuses. Tout ce que dit M. Schlatter de l'existence du Temple à celte époque est, croyous-nous, à retenir pour une grande partie, mais ne prouve pas que l'empereur ait donné une autorisation dont les Juifs pouvaient se passer, une fois la révolte commencée.

On ne peut alléguer qu'un texte positif. Mais il est de basse époque et son caractère légendaire saute aux yeux.

En voici le début (3) :

'I) Dirjestc, xlviii, 8, i, 2 : Uivus //(icirianiis rescripsit : Constifutum qtiidcm est, ne s/ifulones fièrent, eos autcm, (/ni hoc crimine arguerentur, Corneliae legis poena teneri. 11 s'agit de la lex Cornelia île sicariis et vene fiels.

(2) Histoire des empereurs, t. II, p. 285. Le chapitre Révoltes et malheurs îles Juifs sous Trajancl sous Adrien, \). 28'.!-2'.i6, utilise trî^s bien les sources païennes et chrétiennes connues au temps de l'auteur.

'r, jurechith r., c. lxiv : p"î2n2 n:2>u,^ -^nn m^Sc m"; -i::n p rein*: 'i i^ii 2-v ^2z n'-^i3 ihrjh ]ip£D*2 -,\n xi2V::;x rj i-yn ^niSTc di:niSiSi dies 'z ■'ûJin

^Z^'J ^Z". On rappelle pour mémoire que M. Graolz a conclu de ce texte que Pappos et

LES DÉCEPTIONS MESSIAMOLES. 3H

Au temps de R. Josué b. Khanania, l'empire impie permit de rebâtir le sanctuaire; alors Pappos et Loulianos (Julianus) établirent des bduques depuis Acre jusqu'à Antioche, et ils fournissaient à ceux qui revenaient de la captivité de l'argent, de l'or, et tout ce qui leur était nécessaire.

Le temps de iosur b. Khanania indique i)ien Hadrien. L'auadiste juif regarde l'empereur comme un nouveau Cvrus, et se représente la captivité comme revenant de Babylone!

On voit ensuite les Samaritains rappeler au roi les tendances de Jérusalem à la révolte — nouvelle réminiscence du passé (1); — sur quoi l'empereur ordonne ({uon change l'emplacement du Temple ou (pi'on le fasse plus haut ou plus bas que l'ancien. Réunis à lietli-Rimon, et prêts à se révolter, les Juifs consultent Josué qui leur répond par la fable du Lion et la cigogne. La cigogne dut s'estimer heureuse de retirer son bec de la gueule du lion ; ainsi est-ce beaucoup si les Juifs conservent la paix avec l'Empire !

L'anecdote est jolie et caractérise bien les tendances normales du rabbinisme. On ne peut faire aucun fond sur le thème historique, qui est purement et simplement transposé du retour de la captivité de Babylone.

Des textes plus anciens (2) assignent à la guerre les causes les plus futiles : C'est un Juif, invité par erreur, et mal reçu, qui dénonce ses compatriotes comme refusant de sacrifier pour l'empereur; ou bien les Romains qui molestent un cortège nuptial en tuant le coq et la poule, symboles de la fécondité des époux ; ou encore ils cassent, pour réparer un palanquin, un arbre planté à la naissance d'un enfant.

Évidemment ce n'est pas sérieux. M, Schlatter n'a pas tout à fait tort d'objecter à M. Schûrer ces inepties. Si la guerre avait été causée, légitimée, par ime odieuse provocation, les rabbins lui auraient-ils cherché de pareils prétextes? Mais on pourrait rétorquer l'argument. Au temps où le Talmud a été rédigé, et sans doute beaucoup plus tôt, on ne connaissait pas l'historiette du niidrach de la Genèse; ou plutôt on ignorait complètement les vraies causes de la guerre. Il lallait bien mettre les torts du coté des Romains ; ceux qu'on allègue

.hilien battaient monnaie et qu'il faut leur allribuer les inonnaics frappées au nom de Simon! cf. la réfutation de M. Tbéod. Reinachdans Z,'Ai.s<oùe par les Monnaies, p. 223-231 (Extrait de la Rev. des études juives, t. XVII).

(1) Esd. IV, 11 ss.

(2) b. GuUlinj 55'". DeR. lokhanan, probablement le célèbre amora, disciple de R. lebouda le Saint : « Jérusalem a été dévastée à cause de Qainsa, et de Bar-Qamsa; le mont royal (la Judée?) a été dévasté à cause d'un coq et dune poule; Bélher a élé dévastée à cause d'une jumbe bâton) de palanijuiri ». Suivent les gloses. Ce texte est précieux à cause de la mention de Jérusalem; d'ordinaire on ne parle que de Bélher.

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