II. LKS GUERRES SOLS TRAJAN
Vers la un du rèene de Trajan, la paix du monde juif fut profondément troublée. Il semble que les désordres commencèrent à Alexandrie, mais la conflagration s'étendit bientôt à toute l'Egypte et au pays de Cyrène. Ce fut une guerre vérita])le. Appien n'en parle qu'en passant, à propos du monument avec enceinte sacrée que César avait fait élever à Pompée, et où on avait enseveli sa tête : « Ce monument, dit-il, a été détruit de mon temps, par les Juifs, à cause des nécessités de la guerre, sous l'empereur Trajan qui a externdné en Egypte la race des Juifs » (2).
C'est Eusèbe qui nous apprend que le mouvement gagna même la Thébaide (3). A Alexandrie, les Grecs demeurèrent les maîtres, mais ce ne fut sans doute qu'après une lutte désespérée, puisque la ville passait pour détruite et qu'on attribuait cà Hadrien l'honneur de l'avoir rebâtie (4). Chassés d'Alexandrie, les Juifs d'Egypte donnèrent la main à ceux de Cyrène, où le soulèvement eut un caractère atroce. Voici comment le décrit Dion Cassius, ou plutôt son abréviateurXiphilin (5).
TrajaQ quitta donc ces lieux et peu après commença à être malade. Ce fut alors que les Juifs de Cyrène, ayant mis à leur tête un certain André, massacrèrent les Ivomains et les Grecs, flrent cuire leur chair, se faisant des ceintures avec les entrailles, des onctions avec le sang, et des vêlements avec les peaux: ils en scièrent beaucoup de la tète en bas, livrèrent les autres aux bêtes et les forcèrent à sentre-tuer, de façon à en faire périr deux cent vingt mille. Ils firent de même en Egypte et en Chypre, où ils avaient pour chef un certain Artémion ; il péril quatre cent vingt mille personnes. De sorte qu'il n'est permis à aucu/i Juif de débarquer dans l'île; s'il
(1) Nous pensons en effet avec le très grand nombre des critiques que les sacrifices interrompus par l'incendie du Temple n'avaient pas élé repris. Les textes de saint Justin sont décisifs : Contre Tnjplt., c. xl et xi.vi.
(2) Appien, Civ. n, 90.
(3} Chron., texte arménien cl Chron. de saint Jérôme sur l'an 2131 dAliraliam; éd. ■ Schoeae.
fi) La traduction armén. de la Chron. d'Eusèbe sur l'an 2133 dAbraliam : Adrianus Mexandriam a ludaeis subversam reslauravit. S. Jérôme : a Bomonis. (5) Dio, Lxviu, 32; voir la note de Boissevain, 111, p. 187, en tôle du livie lxvui.
LE MESSiIANISME. 20
300 II- Ml»! AMSMK KN Al.TION.
V est poussé de force par le vent, il est mis ;i mort. Parmi ceux qui soumirent les Juifs, il faut compter l.usius, envoyé i);ir liajin.
La dernière phrase iiianiuc un nl»réviateiir pou diligent. Euscbc nous explique ( 1 ) ([ue Trajau, craignaiil que les Juifs de Mésopotamie ne lissent cause coniniune avec leurs coreligionnaires d'Afrique, — et c'était sans doute déjà commencé (2), — chargea Lusius Quie/us de les exterminer. Ce qui lut l'ait; après quoi ce général fut nommé procurateur de Judée.
En Afrique, les Juifs furent réduits par Faction énergique de Marcius Turijo. Il y fallut beaucoup de combats et un temps assez long, «pie M. Schurer a cependant réduit avec raison à une année i3), l'an 1 Ki ;i|i. ,I.-C. Cependant le calme ne se rétablit complètement à Alexandrie ([u'au dé])ut du règne d'Hadrien, ou plutôt une nouvelle émeute éclata à ce moment (V).
Pendant ce temps, la Palestine demeura-t-elle tranquille? Il est diflicile de le croire. Spartien, biographe d'Hadrien, la met sur le même rang que la Libye. <( Au début du règne d'Iladrien, l'Egypte était agitée, la Libye et la Palestine montraient un esprit rebelle » (5). Le gouvernement de la Palestine ne pouvait être simplement une récompense \u>uv un personnage consulaire de la valeur de Lusius Quiétus. On dirait plutôt que Trajan lui demanda d'achever en Judée, au cœur de la nation, la tâche qu'il avait menée à bien en Mésopotamie. .M. Schurer reconnaît que les circonstances étaient à tout le moins difficiles, mais il se refuse à prononcer le nom de guerre (6).
C'est cependant celui qu'emploient les sources juives : « La guerre de Quiétos ». Font-elles allusion par ce terme à la guerre de Mésopotamie? mais d'ordinaire les rabbins palestiniens ne s'intéressent