E MESSIANISME EN ACTION
(It'linitivomcnf athcvée après la répression. C'est peut-être la solution la plus probable, mais il nous demeure quelque doute.
A pins lorto raison est-il impossible d'admettre que l'empereur ait acculé ;\ l'apostasie, non scideincnt les Juifs de Jérusalem, mais ceux tle tout l'Empire, en leur interdisant la circoncision. Cette cause de la révolte n'est alléuuco que par Spartien dans la Vie d'Hadrien (1). L'autorité est plus que médiocre.
Ici encore, M. Schiirer a su mettre toutes les apparences de son côté. La mesure aurait été générale; les Juifs n'auraient été atteints que par contre-coup et sans préméditation. Et le savant maître énumère tous les peuples qui pratiquaicut la circoncision. L'argument pourrait tourner contre lui. Plus ils étaient nombreux, plus la mesure eût été intolérable. En fait la circoncision avait sans doute disparu chez plus d'un peuple sous l'influence des mœurs grecques. Déjà de son temps Hérodote l'affirme des Phéniciens établis en Grèce (2), On suppose donc (ju'Hadrien espérait porter le dernier coup à cet usage barbare, et on donne comme preuve la pression exercée par les Romains en Arabie. Après la con(juéte du pays des Nabatéens ils auraient supprimé la circoncision chez les Arabes. Ce fait très intéressant, connu par un texte syriaque du début du m'' siècle (3), prouve trop ou trop peu. S'il s'agit du temps qui suivit immédiatement la conquête, c'était donc vers l'an 106, quelque vingt-cinq ans avant la révolte des Juifs. Si ce fut plus tard, on ne saurait dire si la mesure date d'Hadrien ou d'Antonin.
Et il est bien certain en effet que la circoncision fut interdite du moins à partir d'Antonin, mais avec une exception en faveur des Juifs (ï).
Si on lit sans prévention le texte de Modestin dans le Digeste, on en déduit que le même décret qui prohibait la circoncision contenait une exception en faveur des Juifs.
Et cela seul était raisonnable et conforme à la tradition impériale.
De nombreuses décisions, à partir de César, avaient autorisé les Juifs à vivre selon leurs lois et à pratiquer leurs rites. Si la circoncision
(1) C. 14. Moveruni ea iempeslate et ludaei bellum, quod vetabantur mutilarc genitalia.
(2) Hi:n. ii, lOi.
(3j Dialo^çue de Fato. altribut; à Bardesanes, résumé dans Eusèbe, Prepar. evang. VI, x, 1-48; le l'assagc relatif a la circoncision se trouve dans Ccueton, Spicilegium Syriacnm, 18.">5, p. 30; cf. SciiuiiER, /. laud., p. 678, noie 82.
(î) .Moi)KSTi\, iJigesle, XLviii, 8, 11 pr. Circumcidere Jadaeis (ilios suos tantum rescriplo divi PU pcrmUlilur ; in non eiusdem religionis qui hoc fecerit, castrantis poena irrogntur.
LES DÉCEPTIONS MESSIANIQUES. 3i:i
n'était pas mentionnée expressément, elle était assiirénidit partie intégrante et importante de leur loi religieuse. L'intordire sans songer aux; Juifs eût été une insigne étourderic; braver les Juifs, une imprudence et un crime politique. Hadrien et son conseil de jurisconsultes ne peuvent en être accusés sur le seul témoignage de Spartien, qui d'ailleurs suppose l'interdiction dirigée expressément contre les Juifs (1).
Le Digeste attribue à Hadrien deux décisions relatives à la castration, aucune sur la circoncision. La législation d'Antonia marque un progrès signalé dans le sens de lliumanité. Il applique à ceux qui circoncisent les mêmes peines qu'Hadrien Rivait édictées contre ceu x qui font des eunuqnes : mais il a soin d'excepter les Juifs (2).
Ce n'est pas à dire qu'une fois la lutte eng-agée, les soldats romains n'aient traité rudement les Juifs. En pleine guerre, la circoncision, ([ui perpétuait une race détestée, fut certainement regardée comme un crime capital. Et c'est ainsi que s'expliquerait le souvenir conservé par Spartien, comme la joie des Juifs lorsque l'édit d'Antonin consacra par un texte positif l'exception constituée en leur faveur. C'était, à leur égard, un véritable édit de tolérance.
Il nous est donc impossible d'admettre que les Juifs furent poussés à la guerre par La brutalité d'Hadrien, ou, chose plus improbable encore, par l'incurie d'un empereur dilettante qui aurait su bien mal son métier.
Mais alors quelles furent les causes de la guerre? Peut-être, avonsnous dit, la fondation d'Aelia. Mais elle a pu aussi bien éclater sans cause, c'est-à-dire sans provocation offlcieUe du côté des Romains. Les Juifs n'en ont point mis en avant qui fussent sérieuses. Il n'y en eut pas non plus sous Trajan. La vraie cause fut sans doute dans les deux cas leur extrême exaltation, et, pourquoi ne pas le dire? leurs espérances messianiques, surexcitées par leurs malheurs, et dont le terme parut marqué lorsqu'il se fut écoulé soixante ans depuis la ruine du Temple.
L'assujettissement, ne comportât-il que des tracasseries et des abus particuliers, était une cause permanente de révolte pour un peuple qui se croyait appelé par Uicu non seulement à la liberté, mais à l'empire du monde.
Si la guerre ne dut pas son origine à une poussée messianique,
(1) Ce que M. Schùrer n'admet pas.
(2) On dispensait pour chaque cas les enfants égyptiens de race sacerdotale; cf. ScnuiiEU, t. L, p. 678, note 84.
310 I.K MKSSI.VMSMR EN ACTION.
(lu moins [uit-i'Uo fonncllomcni ce caractère par la reconnaissance diin Messie : le laineux r>.ii--Kokél)as.
Dans les sources rahhiniijues, il est constamment nonmié Bar Koziha ^1), ou plutôt Kozèba, si on regarde ce nom comme celui de son lieu de naissance et si ce lieu est bien Kozêba, mentionné par la Bible (-2). Il semble que rien dans ses origines n'ait contribué à le rattaclier A David. Aussi n'est-ce pas par ce biais qu'on reconnut sa mission. A suivre les analogies, il a débuté comme tous les agitateurs mentionnés par Josèplie, eu promettant aux foules des signes du ciel et des miracles. C'est à celte période de sa vie qu'on peut rapporter sans trop d'invraisemblance ce que dit saint Jérôme, qu'il faisait semblant de vomir des flammes (3). Lorsqu'il se fut imposé à l'attention générale, et que les ral)bins durent prendre parti pour ou contre lui, Aqiba, qui le reconnut comme Messie, eut recours à un jeu de mots ;\ propos de l'oracle de Balaam (iV?^??i. xxiv, 17), le seul passage que Philoii applique à son Messie. Au lieu de lire : « Une étoile [kôkah) sortira de Jacob ». il proposait de lire ' Koziba sortira de Jacob » ('i. '. koziba était ainsi identifié à l'étoile; on transforma donc Bar Kozêba en Bar-Kokébas, « le fils de l'étoile ». C'est le nom qu'il porte dans les sources chrétiennes (^5), et sans aucun doute celui qu'on lui donnait pendant qu'il jouait le rôle de Messie. Eusèbe avait très bien compris le sens du mot (6), et c'est peut-être à cela que fait allusion l'étoile qui brille au-dessus du Temple sur une de ses monnaies (7).
L'adhésion de B. Aqiba, déjà fort âgé, la lumière des maîtres, était un événement d'une portée considérable, il dut en entraîner beaucoup d'autres. Parmi les rabbins les plus illustres, on peut du moins nommer avec certitude Éléazar de Modin, enfermé dans Béther avec Bar-Kokébas, dont les prières préservaient la ville, et que le tyran, son propre neveu, tua brutalement d'un coup de pied (8).
Mais tous les rabbins ne suivirent pas.
(1) NZ'"*! ".2, ou, avec le premier mot « lils « en ln'lireu : XZ"!"!! \1-
(2) I Chr. IV, 22. Si ccsl bien le mOmc que z*!"- {Gcn. xxxviii, 5), on peut songer à la source fie Akzib, près de Beil-Netlif.
(3) Adv. Rufin, m, 31; P. L., t. XXIII, c. 480 : ulUle Bnr-Chochabas, auctor seditioni'i ludaicne, slipuhiin in ore succensam anhelilu veiitiUtbat, ut Jlammas evomere pulanlur.
{iij. Ta'an. 08'' : N27"i;- ZpV^^ ZZ*- "^l CTIT "M NZ'^py '^TT^ p *ir"l ''in. Donc une baraïlha de H. Siméon b. lokhaï rapportant l'exégèse (tt^ITT) de son maître Aqiba. Dans Eka r. sur ii, 2, « ne lis pas Kôhah, mais Kozch » (cf. BAr.ni;n, Tann. 1-, p. 284). .">) Avec des différences grapliiques peu importantes.
(6) H. E. VI, G : àuTpaTrjYît ôà tcIte 'louSaîwv liap/w/iSa; ôvojxa, ô ôy; «TTÉpa or,>,oT.
(7) MAnuEN, Coinx nf Ihr Jrirs, p. 244, n" 38. {S)j. Ta'anWi, Irad. Scliwai., t. VI, p. 18'J.
LES DÉCEPTIONS MESSIAMOIES. 317
Pendant qu'Aqiba s'écriait : Voilà le roi Messie, l{. loklianan b. Torta lui répondit : Aqiba, Fberbe aura poussé entre tes mâchoires avant que le fils do David paraisse (1 \ Cette prudente réserve était ionfornie à la tradition des maîtres, à la conduite antérieure d'Aqiba lui-même. Il est donc vraisemblable qu'il n'a cédé qu'à une imposante ])ression populaire, comme, d'autre part, la sanction des docteurs était absolument nécessaire à l'aventurier qui se donnait comme Messie. Ce n'était qu'un brigand, analogue à tant d'autres; mais le signe de l'étoile, reconnu par l'exégèse du plus grand des maîtres, on taisait le libérateur d'un peuple réduit en servitude (2 .
Aussi fut-il un vérital)le souverain, et il y eut un véritable état juif, avec son prince, son grand prêtre et sa capitale.
Ces points ne résultent clairement que du témoignage des monnaies, sur lequel, il est vrai, les spécialistes ne sont pas entièrement d'accord. M. Madden, dans son Corpus des monnaies juives (3), n'attribue à la révolte du temps d'Hadrien que les pièces qui portent pour légende : « Simon » et « Liberté de Jérusalem » (4). Mais nous ne voyons pas qu'on puisse résister aux raisons apportées par MM. Schûrer (5) et Tbéod. Reinacli (6) entre autres, pour rapporter au même temps deux autres séries.
La première, de l'an un de la délivrance d'Israël, offre les quatre combinaisons « Éléazar le prêtre, l'an I de la délivrance d'Israël [1] »; « Éléazar le prêtre, Simon » (8); « Jérusalem, l'an I de la délivrance d'Israël» (9); « Simon prince d'Israël, l'an I de la délivrance d'Israël » (10). La seconde série, de Fan II de la liberté d'Israël, ne connaît plus le prêtre Éléazar : on y trouve seulement (( Simon, l'an II
(1) Eocl. loc.
(2) El'SÈBE, h. E. ti, g : Ta txèv a),)a sovixô; -/.ai ),r,'î-p'.y.ô; xi: àvr.p, im ôï -r, Tîpoir.yopiâ oia è~' àvSpaTîdôuv, w; or, i\ oOpavoO ïwdTrip a'jToï; y.aTeXv'jOcb; y.ay.ovtxsvo'.; ~i lr.ù.j.'j.'i%'. TEpa-
(3) Coins of the Jeirs, London, 1903.
(4) Droit : y\'J^r; Revers : z'-'CI"!'' mn'":'.
5) Geschichte..., I, Beilage IV, Die jildischen Sekel- und Aufslandsjniinzen, p. 7G1-
(6) L'Histoire par les monnaies, xix et xx.
(7) Dr. : *r>zn ^rrn; Rev. : '"NT^Ti T^hn'Ji nnx rrj,'.
(8j r~D~ l'yx; 'r'iy^ZïJ. Cette monnaie est des plus intéressantes, puisqu'elle réunit les noms des deux chefs. Mais c'est là une invraisemblance. M. Théod. Reinach y voit le résultat d'une erreur; un ouvrier aurait combiné deux coins droits au lieu de prendre un droit et un revers {Une monnaie hybride des insurrections juives, l. /., p. 217 ss.); ce savant cite un cas d'erreur opposée, par l'union de deux revers.
(9] Dr. : c'"^"»:' "n"» ; Rev. : '-^.XTw 1 n^NiS nnN TM-C.
(10) Dr. : SnTw"' N"iur; ".'"^Zw"; Rev. : comme la précédente.
:us l-K MESSIANISME EN ACTION.
de la libellé d'israol » (1"^/; « .Irriisaleni, laii II de Ja liberté d'Israël ».
Tout parle dans ces précieuses monnaies, et ce sont les documents les plus sûrs que nous possédions sur cette époque. Ce sont en partie des monnaies d'argent, qui ne peuvent dater que d'une époque d'indépendance, puisque jamais les Homains n'ont autorisé les princes juifs, pas même Hérode, à battre de la monnaie d'argent. Quelquesunes sont des deniers romains surfrappés où l'on reconnaît encore l'effigie de Trajan : celles-ci du moins sont postérieures à son règne, et, comme le style des autres est le mémo, elles ne peuvent donc remonter à l'insurrection du temps de Néron. La frappe est hâtive et maladroite, comme elle pouvait l'être dans un temps troublé. Les légendes parlent de la délivrance d'Israël, de la liberté de Jérusalem : Jérusalem était donc au pouvoir des rebelles. Israël avait un prince, un nas/ : c'est le terme employé par Ézéchiel pour désigner le souverain de l'avenir. Ce prince, nommé Simon, ne peut être que Bar- Kokébas; Simon était sans doute son nom propre.
A côté de lui, mais pendant la première année seulement, un grand prêtre, nommé Éléazar. Quelques-uns l'ont identifié avec Éléazar de Modin ; mais ce dernier était un docteur, que rien ne désigne comme prêtre. M. Schlatter ;2^ a pensé à Éléazar ben Kharsôm, sur lequel les sources talmudiques ont conservé des anecdotes et qui vivait (( à l'heure du danger », terme consacré pour le temps d'Hadrien. On savait donc par tradition que le grand prêtre avait rempli de nouveau les fonctions sacerdotales, ce qui suppose la restauration du Temple, suggérée aussi par les monnaies.
Le prêtre disparait sur les monnaies de la seconde année ; Simon demeure seul, et ne prend plus le titre de 7iasi, comme si son nom suffisait à tout dire.
On peut conjecturer qu'il a absorbé en sa personne le double pouvoir, comme au temps des Macchabées. Cependant, s'il descendait de Lévi, comment pouvait-il être le iMessie, et s'il descendait de David, comment pouvait-il être prêtre? On pensa peut-être que la dignité messianique suppléait à tout.
Les monnaies nous renseigneraient encore sur la durée de la guerre s'il fallait attribuer à cette époque de petites monnaies de cuivre qui mentionnent jusqu'à la quatrième année de la délivrance de
'2; Loc. laud., p. ',i s. M. Hacher trouve celle conjeclurc « assez plausible » [Ilec. des tt. juives, l. X.XXVI. ji. 198,.
Sion (1). Mais les numismates les placent ordinaii-cment au temps de Vespasien.
D'après la tradition rabbinique, la guerre dura trois ans et demi. Ce chifiVe a pris une valeur symbolique; c'est la moitié de la dernière semaine de Daniel (2), qui se trouve ainsi partagée entre la guerre de Vespasien et celle d'Hadrien. Cependant il est conforme à la réalité. Les Juifs att(Midirent pour se révolter qu'IIadrion eût quitté l'Egypte, au commencement de 132, et l'empereur ne fut salué comme Imperator II qu'en 135, la guerre étant terminée (3).
Ce fut une guerre d'extermination. Bar-Kokébas n'était point le doux prédicateur d'une alliance nouvelle. Consacré par l'autorité des rabbins, il devait employer son pouvoir à faire appliquer la loi strictement. La tradition rabbinique a conservé le souvenir de son inflexible rigueur. lehouda b. Haï admettait qu'on dispensât d'une seconde circoncision les Juifs apostats qui étaient parvenus à dissimuler la première, pour ne pas les exposer à un péril de mort. Mais les sages répondirent : « on en circoncit beaucoup au temps de Bon- Koziba, et ils eurent des enfants et ne moururent pas » Ci-). Peut-être cette préservation fut-elle regardée comme miraculeuse.
Zélé pour la Loi, le faux Messie ne pouvait composer avec les chrétiens, qui naturellement refusèrent de le reconnaître. Saint Justin affirme qu'il s'acharna spécialement contre eux (5). C'était une lutte de messianisme à messianisme; il fallait renier Jésus avant de s'enrôler sous la bannière de l'étoile.
Du côté des Romains la répression fut dure et atteignit plus d'un rabbin tranquille qui ne demandait qu'à enseigner en paix la Thora. Ce fut l'ère des martyrs. On ne peut, sans autres preuves, regarder comme des partisans de Bar-Koziba les docteurs illustres qui mouru-
(1) Sciiur.KR, l. l., p. 706. Dr. : Vli* nSNi*"'; I^ev. : î;21N niC Ou bien Dr. : riTTî
P*ij:; Rev. : ainc n:u," ou "cn'rj n:;^*.
(2) S. JEU., Comm. de Daniel [P.L., l. X.W, c. 552 s.): Ne ûjnoramus quoadcnn illorum (les Juifs) dicére, quod una hebdomada, de qua scriplum est : Confinnabil pacliim multis hebdomada itna : dividatur in Vespasiano et in Hadriano : quodjuxla historiam Josepbi, Vespasianus et Titus tribus annis et sex mensibus puceia cuiii ludaeis fecerint. Très aulem aniii et sex menses sub Hadriano suppulantur, quando Jérusalem omnino subversa est, et Judaeorum gens catervatim caesa : i(a ul ludaeae quoque jinibus pellerentur.
(3) SciiiJREu, l. L, p. G95.
(4) Tosefta Chabbalh, c. xv; éd. ZuckcrmanJel, p. 133 : r^ VD'^Z V*2 HZ"';."! T!'2X ^T\U iSSi D"ii2 DhS iXll XiTI^. Texte cité par M. Sclilalter, /. /., p. i3.
(5) Apot. I, c. XXXI : y.al y*? i'J tw vOv -(eyîvf\[Livu) 'lo-joaixài T:oli\i.oi Bapywyjoa;, 6 Tf,; 'Iou3a£ojv àT^oTrâTSto; àpyjriYÉTrj;, Xptdxiavoù; |ji,6vou; ïJ; TtjjLwpia; Seivi;, eî (a/; àpvoïvTO 'Itjto'jv TÔv XpiaTÔv xaî [iloLayri^Lolvi, iv.élc-jZ'/ àTriyîaOa'..
320 li: .MI:SSIAMSME EN ACTION.
rcnl .ilors pour leur loi. Il serait en particulier étonnant (|u'Isma(^l JKii Klicha, chef d'une école à peine moins importante que celle (rA(|il)a, et cni:ai:é avec lui dans de fréquentes controverses, ait, lui aussi, reconnu le chef de la révolte connue Messie. Il fut cependant livré au supplice, avec un Simon inconnu, et Aqiba vit dans leur mort un funeste présage : « Préparez-vous au châtiment, car c'eût été le mérite de Simon et d'Ismard si le salut avait été réservé à notre temps » [i).
U. Klianina b. Téradion fut brûlé vif parce qu'il expliquait la Thora. On l'avait envelop])é dans un rouleau de ce livre. Sur le bûcher ses disciples lui demandèrent : « Que vois-tu? » Il répondit : « Le rouleau est brûlé, mais les lettres s'envolent ! » Ces histoires de martyrs, racontées de plusieurs manières différentes (2), et, il faut bien le dire, très légendaires, furent toujours pour les Juifs un souvenir douloureux mais fortifiant. On honora surtout le héros religieux de la guerre, le prophète du nouveau Messie, R. Aqiba, Il aurait été emprisonné longtemps (3) avant de souffrir un cruel martyre, et serait mort avant la fin de l'insurrection, fidèle à son héros jusqu'au dernier soupir.
Les opérations militaires furent longues et difficiles (i), et la guerre ne le céda à celle de Vespasien et de Titus ni en importance, ni en acharnement. Les sources talmudiques, avec leurs exagérations tragicomiques, ont plutôt voilé ce qu'elles voulaient mettre en lumière. Elles ne parlent avec emphase que du siège de Béther, une bicoque (5), et lui attribuent une telle importance, que tout en est discrédité (6).
R. Yolian dit que sur Tordre d'Adrien, 80 myriades de personnes périrent à Bethar. Il dit aussi [que] 8U.0(!0 couples de sonneurs de trompe entourèrent Bethar, dont chacun dirigeait plusieurs troupes. Bar Koziba avait avec lui deux cent mille hommes dont chacun s'était laissé couper un doigt (en signe de courage). Les docteurs lui tirent dire : Combien de temps iolligeras-tu aux Israélites des inOrmités?
'1) B,vciii;n, Tanu. I-, p. 23'i, d'après Mehilla sur xxii, 22 '95').
'2) L'hisloire des dix niailyrs, la plus cpièbrc de toutes, est racontée dans quatre recen- >ions difTérentcs, .sans compter les HelialoUi qui rapportent d'une autre faron la mort de \\. Khanina b. Téradion; cf. Jellinek, Det ha-Midraach, I, 64-72; VI, 19-35; III, 89 et VI,
p. XVII.
(3j h. Sanh. 12\
('i) Voir dans Sr.niinEii, op. laiid., p. 687, n. 116, le tableau des troupes romaines, et un nouvel indice dans IIB., 190i, |i. 90 s?.
(îi, Ce doit être le liillîr actuel, la slation du chemin de fer la plus voisine de Jérusalem, ou plutôt la liauleur voisini! du kliirbct el-Iclioudyé. On y trouve quelques débris d'anciens murs. La place a été explor/'C dernièrement i)iir l'école allemande d'arcbéolojjie biblique.
(6;;. la'anilli, trad. Scliuab, l. M, \i. 18'.i s.
l.r.S ItKl.KPTIONS MrssiAMnlKS. :|o,
Suif le récit de la mort de R. Éléazar, accusé Iraitieusemeul par un samaritain, et tué par le tyran.
Aussitôt Belhar fut prise, et K. Kozii)a périt. Sa tète fut porlee chez Adrien. Qui l'a tué? demanda l'empereur. — Moi, dit un .samaritain. — Montre-moi ses organes (veretrum ejus;, dit Adrien. Il les lui montra, et l'on trouva un serpuit enroulé audessus. Si Dieu ne l'avait pas tué, dit le souverain, personne ne l'aurait dompte. On égorgea ensuite tant de juifs, que les elievau.x s'enfonçaient dans le sang jusqu'aux naseaux; le sang souleva des quartiers de roc pesant 40 saas et ks roula à la mer. qu'il colorait de sa teinte rouge juK|u'à 4 miiits au large. Ce n'est pas que Belhar était près de la mer; cette ville en était distante de lo milles, etc.. ete.
iNulles comme valeur liis,toriquc, ces lignes uc sont pas sans intérèl ; elles caractérisent les sentiments des rabbins à l'égard du héros de l'indépendance, du moins après les faits. Lhisloirc véritable ne se rencontre que dans un fragment de Dion [ li, malheureusement très peu précis. Il ne nomme aucune ville assiégée, mais il alfirme que les Romains durent forcer cinquante forteresses en état de défense, qu'ils ravagèrent neuf cent quatre-vingt-cinq bourgs et massacrèrent cin(j cent quatre-vingt mille hommes, sans parler de ceux qui périrent par la famine, par les maladies ou dans les incendies. Hadrien dut mander de Bretagne Julius Severus, un des meilleurs généraux du temps. Il réussit par une stratégie de détail, en évitant des engagements toujours dangereu.x avec des désespérés.
Encore est-il que lorsque Hadrien rendit compte au sénat de Iheitreuse issue de la guerre, il n'osa se servir de la formule accoutumée : « Si vous et vos enfants êtes en bon état, tout est bien; l'armée et moi nous sommes en bon état >k Si Dion ne cite même pas Jérusalem parmi les villes prises et détruites, c'est peut-être pour demeurer fidèle à l'ordre qu'il a adopté, de placer la fondation d'Aelia sur les ruines de Jérusalem au début de la guerre.
Les monnaies ont prouvé qu'elle fut au pouvoir des rebelles; elle a donc été prise et ruinée une fois de plus par les Romains, comme Appien l'atteste expressément (2). Il est probable qu'elle succomba avant Béther, où Bar-Kokébas fit une résistance désespérée connue jadis Éléazar i\ Masada, après la ruine du Temple sous Tifus (3 .
La tradition juive croyait savoir que Béther avait succombé le 9 du mois de ab, au jour anniversaire de la prise de Jérusalem par Nabii-
(1) Dion, lxix, 12-14.
(2) Appiex, Syi-. 50 : Pompée a renversé Jérusalem, la capitale et la ville sainte des Juifs, r,v ori y.at IlToJ.âjiaïo; ô TtûôJTo; AîyjTîToy [îaat).E"j; xaOïopriXît, /.al OOîfTTiactavo; a-jÇJt; o'tXKTÔeïffav xa-éffxtt'k, xai 'Aôpiavo; a-jOi; ètî' i\).o-j.
(3) JosÈPHE, Bell. VII, vni.
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