I.K MF.SSIAMSMK F.N ATTION
clKHl.'iio^of. cl <lc riiirondic du reinplc par Titus. Le mèmp jour on passait la charrue sur les ruines du l'cmplc pour jeter les fondements d'Aelia Ca[)itolina ( I ).
La nouvelle colonie se nommait Aelia. du nom de l'amillc de Tempereur, Capitolina, à cause du temple de Jupiter Capitolin.
Ce uclait pas assez que les Juifs en fussent écartés par l'aspect païen d,. la ville. Il leur fut défendu d'y entrer ou même den approcher sous peiue de mort. Cet!e défense était en pleine vigueur au temps de saint Justin -2), d'Ariston de Pella cité par Eusèbe (3), et d'Eusèbc luimcme (V^. C'est donc probablement sous le premier empereur chrétien qu'on usa de quelque tolérance, car au tonqis du pèlerin de liordeauN, vers 333, on permettait aux Juifs, une fois par an, de s'approcher d'une pierre, sûrement celle que recouvre aujourd'hui la m..s(|uéc dite d'Omar, l'ancien noyau de l'autel des holocaustes; ils roignaicnt eu pleurant, et déchiraient leurs vêtements (5). C'est à peu près le spectacle qu'ils donnent aujourd'hui, mais à l'extérieur du Ilaram. Le soulèvement n'avait donc abouti qu'à une ruine plus complète, et sans espoir,
A qui incombait la responsabilité de cette rechute mortelle?
M. Schlatter (6) remarque que les sources rabbiniques n'ont jamais condamné le mouvement en lui-même. Les rabbins ne disent pas : on a eu tort de reconnaître Bar-Koziba pour le Messie, parce qu'ils ne veulent pas se donner tort. Ayant été les plus actifs fauteurs de la révolte, ils n'ont point consenti à se rétracter.
Dans ces termes cette opinion serait exagérée. Il est fort douteux que les rabbins aient provoqué la guerre, et qu'ils aient été unanimes à saluer le Messie dans la personne de Har-Kokébas. S'ils n'ont pas jeté la pierre aux insurgés, c'est que toute révolte contre les Romains
(1) Ta'unilli. iv, G. La Iradilion elail déjà connue de S. iitxomf^, commentaire de Zach. sur vin, 19, r. L., t. XXV, col. l-i75, où réditeur a mal à propos introduit Turannio Unfo. La leçon vulgale T. Annio Rufo devait ôtre corrigée en Tinnio Hufo ; cf. Tillemont, et ScHùRKii, /. /.. p. 092, note 127.
(2) Apoh I, 47 : 5ti Sa <py).â-7(7îT«'. 0^' Ofxûv oTtw; iir,8£tç èv aùxYi y^vriTau -/at Oàvaxo; xaTa toû xaTaAa|A6avo[AÉvou 'lo'jôat&u eIti^vto; lipiff-a:, ày.ptêôi; s^rîaTaaôe.
(3) H. E. IV, 6 : (o; âv |xrio' i\ àitÔTiTO-j 6îwpot£v to TvaTpMOv éôaso;.
(4) Eusèbe sup|)ose que sous Titus Jérusalem n'avait été ruinée «[uà moitié; elle le fui complètement sous Hadrien : to ÀotTtov -rij; i:6)£w; i^épo; r,niffu iioMOîi/.r,9£v aùOiî £Ç£),auv£xai, w; £$ Èxelvou /.ai £Î; ÔEÛpo 7:âa7rav âoaxov aOxoî; ■^fd<3^a.'. 'b'i TÔitov [Demonstr. evangel. VI, XVIII, 10).
(5) Eut cl non lonr/r de stnliiis (d'Hadrien, sur le l.larain actuel) lapis pertusus. od quem veniunt Judaei singulis annis. et unguent eum et lamentant se cum gemilu, e( vesUmenta sua srindunt et sic recedunt {Ilinera Ilierosolymilana, éd. Geycr, p. 22).
g; Loc. laud., p. 52.
LES DKCFPTIONS MFSSIAMOrES. MIA
était légitime à leurs yeux et par un sentiment de solidarité nationale.
Toutefois il est certain qu'ils ont dissimulé leur adhésion partielle, et qu'ils ont renié le faux Messie, au moins après sa chute.
Aies en croire, Bar-Koziba aurait soumis son messianisme à l'examen d'une académie de rabbins. Débouté de ses prétentions, il aurait été mis à mort par eux (1).
Ils atFectcnt de ne le nonuner jamais l>ai-Kokébas, mais seulement Bar-Koziba. On croit généralement qu'ils entendent par là le désigner « fils du mensonge » au lieu de « fils de l'étoile ». M. Bâcher a protesté (2). Le calembour formel ne se rencontrerait (ju'à une époque assez basse. Bar-Koziba était en somme le propre nom du personnage. Il n'en est pas moins vrai qu'on l'a connu longtemps comme « fils de l'étoile », et les auteurs chrétiens n'auraient pas retenu ce nom seul, s'il n'avait été usité couramment.
A lire les sources, on croirait que l'adhésion des rabbins a été plus que discrète. Celle d'Aqiba ne nous est racontée que suivie de la protestation de R. lokhanan b. Torta. On nous dit qu'Éléazar de Modin était parmi les défenseurs de Béther, et l'ange gardien de cette place, pour mettre dans tout son relief l'odieux forfait de Bar-Koziba. Au même endroit les rablnns blâment les sacrifices que ce tyran imposait à Israël. Enfin il meurt frappé par Dieu, et on trouve un serpent enroulé sur son corps (3).
Le rabbinisme essaya donc de rejeter sur l'auteur principal de l'entreprise toute la responsabilité et d'atténuer la part qu'il avait prise aux événements. Et Bar-Kokébas fut bien cet auteur principal. Lui mort, l'élan qui avait emporté quelques docteurs tomba de lui-môme. Ils revinrent à leur attitude favorite, persuadés qu'ils obtiendraient beaucoup plus du pouvoir impérial par la soumission que par la force... en attendant que Rome succombât.
On ne voit pas d'ailleurs que ce lamentable échec ait lien changé à leurs convictions messianiques. Plus que jamais le Messie temporel était nécessaire pour la restauration d'Israël. Les aspirations ne s'orientèrent pas vers le ciel parce que la terre leur manquait. Elles furent peut-être seulement plus contenues sans être moins àpi-es, on avait une revanche de plus à prendre, de nouvelles injures à venger;
(1) b. Sanh. 96^; voir plus haut, p. 229.
(2) Revue des études juives, t. XXXVI, p. 203 : « rien ne prouve qu'on n' 'sic) ail également songé à l'élymologie du mot n2"1j, lieu natal de notre héros ».
(3) M. Schlatter regarde comme une réprobation le rejet de ses monnaies pour les usages religieux. Mais ce rejet s'imposait pour des monnaies qui n'avaient plus cours; cf. les textes dans Maddex, Coins of (fie Jeu s, j>. 311.
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ce serait la tâche du Messie et la grâce que l'on implorait de Dieu (!)•
En attendant les Juifs reprirent lo collier et s'en trouvèrent bien. On lour ])crmit cxpressémont de circoncire leurs enfants, on les laissa étudier en paix leurs livres saints, et ils reprirent même partout une certaine autonomie sous la direction de leurs chefs spirituels, devenus plus que jamais leurs chefs dans l'ordre civil. Origène les invitait, sans ironie, â rechercher la Jérusalem céleste, au lieu de pleurer, comme des enfants, sur la Jérusalem de la terre (2), et c'est à partir de ce moment surtout que le judaïsme concentra tous ses rflbrts dans la conservation de la race et de la Loi. 11 n'a jamais mis sur le même rang l'interdiction des sacrifices, résultant de la destruction du Temple, et celle de la circoncision. Le Temple avait été détruit par Nabuchodonosor et pouvait être rebâti, c'était la part de l'espérance. Sans la circoncision, il n'y avait plus de peuple juif. On accepta donc de payer aux Romains le didrachme sacré dû au Temple, et à ce prix on obtint une certaine indépendance. Origène eut le loisir de constater en Palestine que le chef de la nation jouissait d'un pouvoir presque royal (3).
L'Empire demandait seulement aux Juifs de ne pas s'afficher lorsqu'ils procédaient, d'après la Loi, à des exécutions capitales qui ne pouvaient être qu'illégales au point de vue romain.
Le chef de la nation ou ethnarque dont parle ici Origène, n'est autre que le plus haut représentant de la tradition rabbinique, le patriarche fixé à Tibériade depuis la fin du iT siècle, et héréditaire dans la descendance de Hillel, le maître le plus vénéré.
Ce fut probablement grâce à ce magistrat, reconnu par l'autorité romaine, et auquel les empereurs chrétiens reconnaissaient encore le titre de spectabilis (4), ce fut aussi sans doute grâce à la prudence et â
fl) C'est pt'ut-êtro pour cela que l'Apocalypse d'Abraham est plus haineuse que IV Esdras; cf. RB.. 1905, p. .'.11 ss.
(2) In Jos. hoin. xvii, 1 : Si ercjo veniens ad Jérusalem civitatem terrenam, o lus daee, inventas eam subversam et in cineres ac faviUas redactam, noli flere sicut nunv facitis tantjuam piieri sensibus... sed pro lerrena require coelesiem (P. C, XIIi c. 910).
(3) Epist. ad Africanum, § 14 : Kai vCv yoùv 'Pwixaîwv pa(TtX£U<5vTwv xat 'louSaîwv tov ôiSpayjiov aÙTOï; teXoOvtwv, ôaa a-jy/uiçio-i'jto:; Kaioapoî 6 èOvâpxi';; ■'tap' aÙToï; ojvatat, (oî |i.T,Ô£v ô'.asipEiv pa(Ti).£-Jovto; toû j'Ôvov;, ï<iu.£v ol 7:£7tetpa|i£voi. TiveTai Sa xat xpiTr,pia ^ù.rfiôtuii ■Aixi TOV vôixov, xal xaTaSixàJ^ovxaî t'.ve; tt)v in'i tw ôavaTw, o-jte (XîTà xf,; Trivir, £Îç iovto Tapprjatai;, oOte tAixà toù /avÔâvîiv tov pa<Jt),£'JovTa {P. C, XI, C. 82 S.).
(ij Coll. Thend. \vi, 8, 11. D'après j. IJoraijolh, 47% Juda II, fils de Garnaliel III et ami d'Alexandre Sévt-re, avait une garde de Gollis; cf. « Les ju^cs juifs en Palestine de l'an 70 à l'an 500 » par H. -P. Chajes Œev. des et. Juives, t. XX.XI.X p. 39-52). La conclusion de .M. Chajt>s est qu' u il n'existait pas de tribunaux au véritable sens du mot, fonctionnant d'uni- inanièrr' permanente. Nous trouvons surtout des juges isolés, ayant des pouvoirs |tlu>
l'esprit conciliant ou nièoie obséquieux de leurs rabbins, que les Juifs durent la protection et souvent la faveur du pouvoir. Sans cet appui qui leur fit rarement défaut, ils auraient peut-être succombé devant la haine g-énérale qu'ils ont plus d'une fois provoquée.
Les Juifs voulaient devenir citoyens, pour jouir des privilèges de la cité sans en supporter les charges. C'est M. Théodore Ptcinach qui marque cette contradiction étonnante « non pas que, dans les idées des anciens, on ne pût appartenir à deux patries à la fois; mais parce que les juifs voulaient cumuler les droits des citoyens avec le maintien de leurs propres privilèges, avec leur autonomie financière et judiciaire, avec l'exemption du service militaire etc. » (i).
Il fallut une merveilleuse souplesse aux chefs religieux de la nation pour faire entrer l'Empire dans ces vues. Ils y réussirent cependant, et lorsque, depuis Garacalla, tous les sujets de l'Empire devinrent citoyens romains, de même qu'ils avaient été des peregrini privilégiés, ils furent des citoyens privilégiés.
Situation singulière, puisqu'ils quémandaient ces faveurs sans renoncer à leurs aspirations, dont le premier article était la chute de l'Empire, gage de l'avènement du Messie.
En attendant ce moment, les rabbins avaient grand soin de maintenir la chaîne de l'autorité et de la tradition. Rab, le plus célèbre des amoras, louait lehouda ben Baba d'avoir, avant sa mort, sauvé la continuité de la jurisprudence légale et de l'autorité religieuse, en imposant solennellement les mains, malgré la défense des Romains, aux élèves d'Aqiba qui n'avaient point encore reçu l'ordination, et sur lesquels reposait alors l'espoir de la tradition juive (2).
Rome dura cependant longtemps encore, et lorsqu'elle succomba, les Juifs, privés de la sécurité qu'ils aimaient, furent lancés dans des tempêtes plus rudes.
ou moins étendus, mais exerçant leur action dans un domaine restreint, avec i'aulorisation ou, du moins, la tolérance des autorités ».
(1) Article /if f/aei, p. 62G.
(2) BACUEn, Die Agada der Tannaiten, i-, p. 404. L'ordination, n3''72D, n'a aucun rapport avec l'exercice du sacerdoce. C'est une promotion au titre de Rabbi, la transmission de l'autorité doctrinale et de la juridiction; cf. « Ordination et autorisation » par A. Epsfein [Revue des él. Juives, t. XLVI, p. 197-211) et b. Snnli. 5' : « Lorsque Rab alla en Babylonie, R. Hiyya dit à Rabbi : Mon neveu va en Babyionie, peut-il enseigner (rendre des décisions rituelles)? — Il peut le faire ^répondit Rabbi;. — Peut-il juger (des procès civils)? — Il le peut » (trad. Epstein). Ainsi Rab qui voulait fonder en Babyionie une Académie indépendante de l'exilarque prenait l'autorisation du patriarche palestinien, chef de 1 Académie qui avait succédé au Sanhédrin.