‹ Le Messianisme d'ÉzéchielChapitre 37 sur 40 · III. — Rôle · texte numérisé non relu

III. — Rôle

Toutes ces particularités montrent combien Ezéchiel fut à la hauteur de son ministère; car elles s’expliquent toutes, sinon uniquément, du moins principalement par les circonstances dans lesquelles il a prêché. Il en résulte d’une façon évidente que le fils de Buzi a été un vrai et un très grand prophète, un maître et un docteur tel qu'il le fallait à Israël au tournant que l'exil représentait dans son histoire. Il a puisé ses idées dans les profondeurs de la révélation divine et il les a communiquées à la foule de la façon la plus saisissante. Le résultat en fut sans aucun doute qu’il a non seulement maintenu, mais aussi rendu plus intense et entouré d’un éclat nouveau l’espérance messianique.

Tout d’abord, en effet, on constate chez beaucoup d'auteurs, surtout chez ceux qui présentent Ezéchiel comme le premier écrivain apocalyptique, une singulière confusion d'idées par rapport aux éléments constitutifs d’une apocalypse. C’est un fait curieux que tout le monde parle d’apocalypses, de traits apocalyptiques et qu’on n’en donne presque jamais une définition précise et juste de ce qui correspond à ces termes. Même des auteurs tels que Sellin et Goettsberger, chez lesquels on est habitué à la netteté, sont iei en défaut. Dans leurs /ntroductions à l'Ancien Testament, ils emploient plusieurs fois les expressions en question, mais ils ne disent nulle part ce qu'ils y sous-entendent (22). D’après le premier, Ezéchiel n’est pas le père de l’apocalyptique: déjà le Deutéro-Isaïe, Is. 24-27; 34-35, Abdias, Zach. 9-14, Joël sont des apocalypses. D’après le second, quelques morceaux d'Ezéchiel portent «l'empreinte du style apocalyptique» (23), Daniel 7-12 contient des visions apocalyptiques (24), Zacharie des idées apocalyptiques. Mais ni l’un ni l’autre n’indiquent les raisons de ces affirmations,

(22) E. Sellin, Einleitung in das Alte Testament: J. Goettsberger, Einleitung in das Alte Testament. Voir les passages indiqués dans les tables des matières de ces deux livres.

(23) Op. cit, p. 315, note 4.

(24) Ibidem, p. 319.

ni ne donnent une caractéristique du genre littéraire ainsi invoqué.

Dürr, qui présente si vaillamment Ezéchiel comme le père de l’apocalyptique, n'oublie pas de dire ce qu’il comprend par apocalyptique. D’après lui, le caractère principal des apocalypses est leur «contenu essentiellement eschatologique» (25). Par rapport à la forme extérieure, il relève surtout la manière énigmatique dont écrivent les auteurs apocalyptiques, la pseudonymie de leurs écrits, la prédilection pour les visions et les symboles. e

Touzard, pour qui les chapitres 38-39 contiennent «une vision eschatologique (dans laquelle) les traits apocalyptiques abondent» (26), voit la principale différence entre la prophétie et l’apocalypse quant au fond dans le fait que, d’après celle-ci, le salut d'Israël entraîne la ruine des nations, que cette ruine des nations entraîne à son tour un cataclysme universel, un ébranlement du monde, «ces issues eschatologiques qu’un Ezéchiel avait signalées en passant» attirent l’attention des auteurs apocalyptiques plus que la réalisation terrestre du royaume de Dieu. En ce qui concerne la forme, Touzard signale comme particularités que <les auteurs apocalyptiques aiment à faire le tableau, l'exposé des grands mouvements historiques qui se sont succédés» et qu’ils transforment ces aperçus historiques en prophéties, en les mettant sur les lèvres d’un personnage de haute antiquité.

Ces manières imprécises et différentes de caractériser le genre apocalyptique rendent avant tout nécessaire, pour pouvoir juger de l'affirmation d’après laquelle Ezéchiel est le père de l’apocalyptique, de donner une définition adéquate de ce qu’est une apocalypse. Cette notion se déduit sans difficulté de ceux des écrits juifs qui sont unaniment regardés comme des apocalypses, savoir plusieurs livres apocryphes, tels que les livres d'Hénoch, les Testaments des douze Patriarches, l’Assomption de Moïse, le IV: livre d’'Esdras, l'apocalypse de

(25) Op. cit, p. 10.

(26) Juif (Peuple), loc. cit, col. 1623.

Baruch. La comparaison avec les véritables écrits prophétiques montre que les apocalypses*sont des imitations de ceux-ci. Leurs auteurs ont voulu préciser les prophéties anciennes. Pour ce motif les apocalypses, comme les oracles prophétiques, se rapportent à la fin des temps, où doit avoir lieu la délivrance de la misère actuelle, où l'état définitif de l'humanité et du monde doit: faire place aux conditions actuelles. Longtemps avant les écrivains apocalyptiques, les prophètes ont empleyé le terme «à la fin des temps» (27) et ceux-là ont autant que ceux-ci rapproché cette fin de leur époque. Il s’ensuit que rien n’est moins apte à être allégué comme caractère distinctif d’une apocalypse que le contenu eschatologique. Tout au plus peut-on dire que, dans les apocalvpses, l’eschatologie a, d'ordinaire, un cadre plus vaste que dans les écrits prophétiques. Aussi les auteurs les plus connus qui ont écrit sur le judaïsme tardif, surtout Schürer et Bousset, ne mentionnent-ils aucunement l’eschatologie comme le trait le plus saillant de lapocalyptique.

Ce qui est nouveau dans l’apocalyptique c’est d’abord, pour le fond, le fait que le contenu n’est pas uniquement prophétique. I se compose en grande partie d’aperçus historiques: «Les temps écoulés jusqu’à l’époque de l’auteur est, d'ordinaire, divisé d’une façon schématique en périodes régulières. Aux considérations historiques sont chaque fois ajoutées des prédictions eschatologiques sur la fin du monde qui va venir sous peu.» Ensuite «a particularité principale de la forme consiste en ce que non seulement les prédictions de l'avenir, mais aussi les narrations historiques sont revêtues d'un caractère prophétique. L'auteur v réussit au moyen d’une fiction: il place toutes ses paroles dans la bouche de quelque ancien patriarche ou prophète, Hénoch, Moïse, comme ‘si,

(27) Comme le relève Dürr, op. cit, p. 101, l'expression se rencontre dans tout l'Ancien Testament 14 fois: Gen. 49, 1; Nombr. 24, 44;:Dt. 4,:80:31, 29; Os. 3, 5; Is. 2, 2; Mich. 4, "1:Jér23; 80: 30, 24; 48, 47; 49, 39; Ez. 388, 16; Dan. 2, 28; 10, 14. Sont, d’après ce même auteur, certainement antérieurs à Ezéchiel les passages suivants: Os. 3, 5; Is. 2, 2=Mich. 4, 1; Jér.:48, 475,49: 39:4Gen, 49, 1; Nombr. 24, 14; Dt. 31, 29.

dès les temps les plus antiques, ceux-ci avaient révélé l'histoire ainsi que les lîns dernières du moude et, en particulier, d'Israël, Il résulte de cette fiction que toutes

les apocalypses sont anonymes» (21.

Tels sont les deux caractères essentiels du genre apocalyptique. Ils sont inséparablement liés entre eux et font de ceux qui l’ont cultivé de purs écrivains. Loin d'exercer une action personnelle sur leurs contemporains, ces hommes se cachent derrière leurs porte-parole. D'autre part, ils font croire que leurs écrits sont, beaucoup plus encore que ceux des prophètes, des révélations données par Dieu. D’où le nom d’ «groxakubis» dont ils aiment se servir. C’est pourquoi ils ont également eu soin de revêtir leurs élucubrations de formes solennelles et mystérieuses: leurs porte-parole sont censés avoir reçu leurs connaissances par les visions les plus extraordinaires et ils communiquent ce qu’ils savent dans un langage symbolique et énigmatique, ce qui constitue également une particularité des apocalypses, particularité qui est d’ailleurs, par comparaison aux deux autres, bien secondaire.

Après avoir tiré au clair la notion de Fapocalypse, il est facile de voir combien on aurait tort de faire d'Ezéchiel le premier représentant du genre apocalyptique. En effet, il n’y a absolument rien dans ses oracles qui corresponde aux traits essentiels et distinctifs des apocalypses. Il n’y a de ressemblance que sous le rapport des visions et des symboles. Maïs ces éléments sont ici et là secondaires et ne permettent aucunement de “approcher les discours d'Ezéchiel des descriptions des auleurs apocalyptiques. Au contraire, autant ils sont mis chez celui-là au service de son ministère si actif et de son influence si personnelle, autant ils servent chez ceux-ci à rendre leurs communications encore plus théoriques, imaginaires et imipgersonneiles (29). Il n'existe

(28) Dennefeld, op. cit., p. 169. Voir aussi Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. II, p. 182 sq.; Bousset, Die Religion des Judentums, p. 12.

c (29) Il est inutile de discuter en détail tout ce que les auteurs qui font d’Ezéchiel linitiateur du genre apocalyptique al-

donc, entre le prophète de l’exil et les auteurs d’apocalypses, qu’une ressemblance extérieure. Pour le reste, Ezéchiel et les écrivains apocalyptiques se distinguent du tout au tout. Le fait que ces derniers ont imité le fils de Buzi, pour la forme littéraire de leurs écrits, n’autorise pas à dire qu’il soit leur père spirituel.

Aussi quelques exégètes n’auraient-ils sans doute pas à tel point trouvé un nouveau genre de messianisme dans le livre d’Ezéchiel, s'ils n’avaient pas exagéré outre mesure le sens et la portée des chapitres 38-39. C’est ainsi que, d’après Dürr, l’épisode de Gog qui s’y trouve décrit formerait «l’achèvement du tableau qu’'Ezéchiel a tracé de l’avenir» (30). C’est par ce tableau qu’il aurait exercé «la plus grande influence sur les siècles suivants» (31). La crise qu’il y annonce pour «la fin des temps», 38, 16, serait devenue <le centre autour duquel se groupaient toutes les autres espérances», «le point de départ de toute une dogmatique eschatologique» (32). Toutes ces affirmations sont inexactes. Les chapitres 38-39 ne forment d’abord pas le couronnement du messianisme chez le fils de Buzi. Car, s’il est vrai, qu’ils constituent la partie la plus originale du livre d’Ezéchiel, «ils sont loin d’en être une partie intégrante» et pourraient, par conséquent, manquer «sans qu’il y eût de lacune» (33). La meilleure preuve en est que rien, dans les nombreux oracles messianiques d’Ezéchiel, n'indique qu’il faille s'attendre à une telle perspective et que, pour cette raison, quelques critiques récents contestent — bien qu’à tort — l’authenticité de ces deux chapitres. Il est bien plus Juste de dire que, «par l'imagination exubérante qui s'y manifeste et par le caractère énigmatique de leur

lèguent pour souligner le côté artificiel, subjectif et, par suite, purement littéraire de ses oracles. Sous ce rapport, lun renchérit sur l’autre. Tous sans exception ont pour méthode commune de grossir ce qui est secondaire dans Ezéchiel comme dans les écrits apocalyptiques et d’en minimiser lessentiel.

(30) Op. cit., p. 66.

(31) Zbidem, p. 90.

(32) Op. cit., p. 90, 65. Toutes ces phrases saillantes de Dürr sont signalées par Dennefeld, ODICTSMNIU ASS

(33) Dennefeld, ibidem, p. 124.

contenu, ils ne complètent pas, ils dérangent plutôt le tableau général dessiné par le prophète» (34). Du reste, l’idée directrice de cette prophétie, savoir que des peuples païens doivent trouver leur perte en Palestine, n’est pas, comme le reconnaît d’ailleurs Dürr lui-même (35), inventée de tous points par Ezéchiel. Certes. il n’est pas possible de préciser quels sont les oracles relatifs à l’expédition de Gog auxquels, 38, 17, Ezéchiel fait allusion. Cependant il est indéniable qu’on trouve, dans la littérature antérieure à notre prophète, quelques prophéties dans lesquelles la ruine définitive des nations devant les murs de Jérusalem est clairement annoncée. C’est le cas, par exemple, dans Is. 10, 5-27; 10, 28-34; Jér. 25, 31-34; Ps. 45. Ces textes présentent des analogies frappantes avec la prophétie d’Ezéchiel sur Gog; mais Isaïe et Jérémie n’envisagent l'attaque des païens contre Israël et leur défaite que pour la période qui doit inaugurer l’époque messianique et point pour le temps messianique lui-même. Quant à ce dernier trait, entièrement nouveau dans la littérature de l’Ancien Testament, la paternité doit donc en être attribuée à Ezcchiel. Cependant on se gardera d’en exagérer la portée. À cet égard, «(le fait) que l’irruption des peuples ennemis se fera en plein temps messianique, est une donnée tellement hors du cadre général du prophétisime, qu’elle est et restera toujours obscure» (36).

La seconde affirmation de Dürr, savoir que, par ja prophétie des chapitres 38-39, Ezéchiel a exercé une influence extraordinaire sur les siècles suivants, n’est pas moins exagérée. Aussi Dennefeld la-t-il déjà réduite à ses justes limites. En effet, abstraction faite de FApocalypse de saint Jean — voir surtout 19, 17-19 et 20, 7-10 — seuls Abdias, Zacharie et Joël décrivent l’attaque générale des nations contre le peuple de Jahvé et leur défaite devant Jérusalem. L'influence du fils de Buzi sur ces auteurs est sans doute incontestable; mais il n’en est pas moins vrai qu'ils dépendent en même temps d’Isaïe et

(34) Dennefeld, ibidem, p. 124.

-(35) 1Ibidem, p. 89 sq.

(36) Dennefeld, ibidem, p. 124.

de Jérémie. Sous ce rapport, la comparaison que fait Dennefeld d’Abdias 16 avec Jér. 25, 15 sq., 28; 49, 12 (comp. aussi Lam. 4, 21); de Zach. 12, 2 avec Jér. 25, 15 sq., 28; de Joël 4, 10 avec Is. 2; 4 est très suggestive. D'ailleurs, il importe de relever qu'aucun de ces trois prophètes n’a repris le trait le plus caractéristique de toute cette prophétie, savoir que c’est en plein temps messianique que l'ennemi doit se précipiter sur les fidèles du Très-Haut.

Ce trait qui, aux yeux de Dürr, est devenu «le centre autour duquel se groupaient toutes les autres espérances» et qui aurait servi de base pour le développement de «toute une dogmatique eschatologique», fait presque entièrement défaut dans les apocalypses ellesmêmes, puisqu'il ne se rencontre que.dans le livre d’Hénoch, c. 56, et dans le troisième Livre sibyllin, versets 657-667 (37).

Enfin et surtout, Dürr et d’autres ont tort de prendre en particulière considération le terme «à la fin des temps». Pour indiquer l’époque de l'attaque de Gog Ezéchiel dit successivement qu’elle aura lieu «après beaucoup de jours.., à la fin des années», «à la fin des jours», 38, 8a et 16b. Staerk (38) et Stade (39) prétendent même que le fils de Buzi aurait créé ce terme et qu’il l'aurait in-

(37) Voir Dennefeld, op. cit., p. 124. Les mêmes, restrictions s'imposent lorsque Dürr prétend que, par la prophétie des chapitres 40-48, le fils de Buzi aurait aussi «profondément influencé l’eschatologie postérieure et l’apocalyptique» (op. cit, p. 108). Cette grandiose prophétie n’est assurément pas restée inaperçue durant les siècles suivants. .Bien au contraire, il faut reconnaître avec Herzog, op. cit., p. 144 sq., et Dürr qu’elle a eu un certain retentissement et que plus d’un trait en a été repris par divers auteurs postérieurs, comme cela ressort, par exemple, de passages tels que Zach. 13, 1; 14, 8, 10; Joël 4, 18; Apocalypse de saint Jean, 21, 10 sq.; 22, 1-2. Cependant Dürr exagère beaucoup l'influence réelle que le fils de Buzi aurait exercée par sa vision finale lorsqu'il fait dépendre de celle-ci des textes comme Zach. 1, 173,2, 6, 14, 165°8, 3; 12, 6; Is. 24, 28% 60, 19'sq; Joër 227; 4, 17, 21, etc. (Voir op. cit., p. 114.) Ces passages sont, en effet, trop généraux et les analogies qu’ils présentent avec la prophétie d’Ezéchiel manifestement trop peu précises pour permettre d’y constater une influence due au prophète des exilés.

(38) Der Gebrauch etc., loc. cit. p. 247-252.

(39) Bibliche Theologie, t. 1, p. 295 sq.

trodutit dans la Tittérature prophétique, de telle sorte que, partout où il se rencontre avant lui, il aurait été inséré après coup. Avec raison Gunkel (40) et Dürr (41) tiennent cette ‘apinion pour tendancieuse ‘et complètement indémontrable (42). D'autre part, ils assurent qu'Ezéchiel aurait donné à cétte expression un nouveau contenu. Auparavant les prophètes auraient ‘désigné par là le moment auquel aura lieu le rétablissement national d'Israël. Ezéchiel serait le premier à l’avoir employée dans un sens plus large, en distinguant entre la restauration de son peuple prévue pour un temps assez rapproché et la restauration générale de toute l'humanité et de tout l’univers qui doit se faire beaucoup plus tard, à une date lointaine, «à la fin des jours». Le fils de Buzi aurait donc pour la première fois entrevu deux horizons eschatologiques, le premier serait celui des anciens prophètes et concerne l’ouverture des temps messianiques; l’autre, qui serait celui des auteurs apocalyptiques et se rapporte à la fin du monde proprement dite, à la véritable «fin des jours».

Ici encore l’exagération est évidente. Car qu'est-ce que prédit Ezéchiel, en somme, dans les chapitres 38-39? Que, pendant l’époque où ils jouiront paisiblement du bonheur définitif, les Israélites seront tout à coup attaqués encore une fois par quelques peuples ennemis groupés autour de Gog, que cette invasion ne leur causera aucun dommage et qu’elle aura comme effet la glorification de Jahvé, protecteur tout-puissant de ses fidèles. L'histoire d'Israël et des autres peuples ira son chémin normal après cet épisode aussi bien qu'avant

(40) :Komment ar 'zür Genesis, p.478, à propos de Gen. 49, f.

(41) Op.'cit., p. 101 sq.

(42) La même remarque s'applique à l’opinion de E. Preuschen qui prétend'(Die Bedeutung, etc.) que ce serait également Etéchiélüqui aurait, sinon créé, du moins introduit dans la littératüure de l'Ancien Testament un autre terme eschatologique, celui de MAC. 210 (HE. 16, 53; 29, 14; 39, 25). En l’introduisant, le fils ‘de Buzi lui awraît donné un‘sens spécial, celui qu'il avait dépuis dans l'éschatologie. L’affirmation de Preuschen n’est pas démontrée, comme le relèvent Dürr, op. ci. p. 105 sq., et surtout Dietrich, op. cit., p. 36 sq.

(43). Les deux horizons eschatologiques n’existent donc pas dans la pensée d’Ezéchiel. D’autre part, on ne peut nier que l'emploi fait par Ezéchiel dans les chapitres 28-39 de l’expression 0297 MINI est un peu énigmatique; mais on n’a pas le droit de lui donner un sens incompatible avec celui de son contexte. D’autant moins que la locution est équivoque; Gen. 49, 1; Nombr. 24, 14 elle ne signifie pas «à la fin des jours», mais «dans la suite des jours» (44).

Toutes les tentatives par lesquelles on veut faire d'Ezéchiel un auteur apocalyptique sont donc vaines. Autant qu’Isaïe et Jérémie il est un grand et véritable prophète (45). Il n’a ni inauguré le légalisme (46) ni introduit le genre apocalyptique. En revanche son ministère prophétique a été d’une extrême importance. En même temps qu’il a travaillé à la régénération spirituelle de son peuple durant l'exil, sa prédication a contribué à maintenir et à développer l’espérance messianique. Sous ce rapport, il a exercé une grande influence, non seulement sur la littérature postérieure de l'Ancien Testament, mais aussi sur celle du Nouveau.

(43) Voir Touzard: «(Ezéchiel) ne va pas jusqu'à ce qu’il faudrait appeler, dans un sens tout à fait strict, la fin des temps: après comme avant les suprêmes manifestations qu'il est appelé à contempler, l’histoire du monde se développe à la manière de Vhistoire actuelle. Lui non plus,il ne fait pas intervenir ces transformations physiques qui, dans les apocalypses, aboutissent à la création de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre, au renouvellement du cosmos» (L'âme juive etc., loc. cit., p. 53). Il est d'autant plus curieux de voir affirmer Touzard à un autre endroit (p. 54): «Ce qui est propre au fils de Buzi, c'est d’avoir perçu deux horizons successifs...»

(44) Voir Kônig, op. cit, p. 107; Dennefeld, op. cit., p. 35.

(45) Tout en croyant devoir suivre les critiques lorsqu'ils conçoivent Ezéchiel comme père de l’apocalyptique, Dürr luimême se voit obligé d’avouer qu'Ezéchiel «n’est pas seulement un faible épigone des grands prophètes du vrr° et du vrr° siècles, mais en tout leur digne successeur, qui a compris les signes de la nouvelle époque et qui a sauvé à son peuple et lui a rendu ce dont il avait besoin dans ces temps si critiques: la foi en son Dieu et l'espérance en son avenir glorieux» (op. cit., p. 168).

(46) Voir Herzog, op. cit, p. 159.

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