‹ Le Messie d'après les prophètesChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'eXTL. ÉZÉCHIEL. ÉSAÏE XXIV A. XXVII — XL A LXVl.

§ 1. Nous voici en plein exil. Selon la coutume dès longtemps pratiquée par les Assyriens , qui faisaient entre leurs provinces nouvellement conquises des échanges de population , soit comme châtiment , soit comme mesure de précaution , afin de gouverner plus facilement ces masses d'hommes dépaysés, Nebucadnetzar avait transféré une bonne partie des habitants de Jérusalem sur les rives du fleuve Kébar , en Mésopotamie. Un peu plus tard , d'autres furent expédiés vers Babylone et l'Euphrate. Parmi les premiers , en compagnie du roi Joiakin, se trouvait Ezéghiel, fils du prêtre Bouzi (597). Transporté probablement assez jeune, il ne tarda pas à acquérir de la réputation et de l'influence dans la colonie. Sa vocation prophétique, d'abord étouffée par l'envie ou la lâcheté de ceux qui l'entouraient, finit par se l^aire jour. Il avait à combattre l'idolâtrie , dont la contagion se répandait parmi les exilés, les vices et les crimes qui marchaient à sa suite, ou seulement un découragement funeste, qui gagnait même les meilleurs. Les yeux toujours tournés vers les montagnes de la patrie, il suivait d'un cœur inquiet et tremblant les destinées de Jérusalem, et l'on conçoit avec quelle avidité lui et ses compagnons devaient accueillir les nouvelles qui -lui en arrivaient. On apprend un jour que ceux qui sont restés dans la ville sainte ne parlent qu'avec dédain des exilés (bien que

ceux-ci justement aient été choisis parmi les familles les plus considérables du royaume), qu'ils les regardent comme exclus à jamais de la Palestine, et qu'ils se croient les seuls possesseurs légitimes du temple et du pays. Alors Ézéchiel se lève, fort des promesses antiques , et Jéhovah déclare par sa bouche que, tout au contraire, ce sont les exilés qui seront mis en possession du pays d'Israël : XI, 48 , « ils y reviendront , ils en écarteront toutes les horreurs et tous les crimes ; je leur donnerai un même cœur, et je mettrai en eux un esprit nouveau ; j'ôterai de leur poitrine le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent dans mes commandements, qu'ils gardent mes lois et les accomplissent. Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu ! »

Le prophète ne se faisait pourtant pas l'illnsion de croire que les souffrances d'Israël touchassent déjà à leur fin. Du fond de son exil, il annonce à Sédécias que le jour de sa perte est arrivé, et que la destruction complète de Jérusalem ne tardera pas. Il a sans doute appris la nouvelle expédition de Nebucadnetzar, entreprise pour punir la trahison du roi de Juda; il sait que de nombreuses troupes assiègent Jérusalem, et l'issue ne lui paraît pas douteuse. Le prince coupable qui a attiré ce nouveau malheur sera détrôné, «sa couronne lui sera ôtée, sera détruite, anéantie... jusqu'à ce que vienne celui à qui le jugement appartient: je la lui donnerai^!» — Plus lard, lorsque le sacrifice est con-

' Le régime du verbe donnerai peut êU'e la couronne ou le jugement. Le prophète veut dire que Sédécias s'étant montré indigne de régner, le trône va rester vacant jusqu'à ce que vienne le roi promis, le roi digne de gouverner Israël.

sommé, que le roi et les grands ont expié leur trahison par la mort, les supplices ou l'exil, et que le reste du peuple a été dispersé aux quatre vents des cieux, Ézéchiel repasse en esprit toutes les péripéties de ce triste drame, et les retrace sous la forme d'une allégorie dont il donne lui-même l'explication. Il suppose qu'un aigle (Nebucadnetzar), après avoir brisé le sommet d'un cèdre élevé (le cèdre est le peuple hébreu, dont la cime brisée est Joiakin ou la famille royale tout entière), a transplanté une branche de cet arbre, laquelle grandit, mais en étendant ses rameaux du côté d'un autre aigle. C'est Sédécias, placé sur le trône parle roi deBabylone, mais entretenant des intelligences avec le roi d'Egypte. Puis le prophète rappelle le châtiment du traître; et rattachant à la même image ses espérances, il ajoute :

XVII, 22 : ce Ainsi dit le Seigneur Jéhovah : moi aussi je prendrai une bouture à la cime du cèdre élevé..., je cueillerai un rameau délicat à la plus haute des branches, et je le planterai sur une montagne haute et élevée. Je le planterai sur la haute montagne d'Israël, et il produira du feuillage, et donnera du fruit, et deviendra un cèdre magnifique; toutes sortes d'oiseaux y viendront habiter, et demeureront à l'ombre de ses branches. Et tous les arbres de la campagne reconnaîtront que c'est moi, Jéhovah, qui abaisse l'arbre élevé, qui élève l'arbre abaissé, qui fais sécher l'arbre vert et reverdir l'arbre sec.»

Cette allégorie (qui rappelle celle de Matth. XIII, 32) signifie que si l'empire de Chaldée est actuellement semblable à un arbre vigoureux, et le pauvre peuple israélite à un arbre sec et abattu, Jéhovah chanoera

plus lard la face des choses, que sur cette cime maintenant brisée, il prendra un rejeton, une bouture, la plus délicate des branches, c'est-à-dire un enfant royal, issu de cette famille jadis puissante, maintenant déchue; cet enfant grandira pour relever et couvrir de gloire sa dynastie, qui, identifiée avec le peuple d'Israël et la théocratie dont elle sera le représentant visible, abritera sous saprotection et sous son gouvernement toutes les nations de la terre. Ici reparaît l'espoir un moment effacé d'une domination d'Israël sur le monde. Cette domination ne sera pas une tyrannie, mais une sorte d'autorité paternelle, fondée sur l'influence morale, sur l'expérience de la justice et des compassions de Dieu. C'est ce que déclare Êzéchiel, lorsqu'après avoir durement reproché à la nation judéenne ses «prostitutions,» ses infidélités, et lui avoir déclaré qu'elle est plus coupable que Samarie et que Sodome, il lui annonce sa rentrée en grâce, ainsi que celle des autres pécheresses, les nations ses sœurs, qui seront pour elle comme des filles (XVI, 60).

Tant que l'exil se présentait de loin, comme une menace, on pouvait. penser qu'il serait un enseignement efficace, qu'il provoquerait la repentance, qu'il changerait les cœurs, et que tous ceux qui seraient appelés à subir ce châtiment en expiation des .fautes de tout le peuple, s'attachei'aient dorénavant avec énergie au culte de Jéhovah et à la pratique de sa loi. Mais Ezéchiel, vivant au milieu des exilés, se convainquit bientôt qu'il était loin d'en être ainsi, que le train du péché continuait aussi bien sur la terre étrangère que sur le sol de la patrie, qu'un nouveau triage serait nécessaire, que tons les exilés ne répondaient pas aux intentions

de Dieu, Aussi Jéhovah écartera-t-il avec soin les méchants et les rebelles; les autres, ceux que l'épreuve aura purifiés et définitivement convertis, rentreront dans le pays de l'alliance, où ils seront comblés de biens : XX, 40. «C'est sur ma sainte montagne, sur la haute montagne d'Israël que toute la maison d'Israël me servira, tous, tant qu'ils seront dans le pays. C'est là que je les recevrai avec bienveillance, et que je réclamerai vos offrandes et les prémices de vos dons, avec tous vos biens consacrés... Je vous recevrai avec bienveillance lorsque je vous retirerai du milieu des nations, et que je vous rassemblerai de toutes les contrées où vous avez été dispersées, — et je serai proclamé saint par vous en face des nations! )) Il semble que le prophète réponde ici à ceux qui croyaient qu'on pourrait rester indéfiniment en exil sans inconvénient, parce qu'ils commençaient à s'y trouver bien. Ce n'est que sur la montagne sainte que Jéhovah recevra avec bienveillance les dons et les offrandes. Les vrais fidèles rentreront, les méchants seuls seront laissés dehors. Le peuple sera devenu pieux ainsi que ses chefs. Il n'y aura plus de ces pasteurs mercenaires qui ont attiré de si grands maux sur les brebis de Jéhovah : XXXIV, 23. «J'établirai sur mes brebis un berger qui les paisse bien; ce sera mon serviteur David. Il les paîtra, il sera leur bergei', et moi, Jéhovah, je serai leur Dieu, tandis que mon serviteur David sera prince au milieu d'elles... Je ferai une alliance de paix avec elles, et j'exterminerai du pays tout animal sauvage pour qu'elles puissent habiter avec confiance dans les plaines et sommeiller dans les bois.» Les campagnes et les collines de la Judée seront habitées de nouveau,

et deviendront plus riches en liomnaes et en troupeaux qu'auparavant (XXXV[).

Toutes ces promesses ne doivent cependant pas enorgueillir les enfants d'Israël, car. féhovah a moins égard à eux-mêmes qu'à sa propre gloire, qui est intéressées leur salut. Gomme ils sont le peuple de Jéhovah, le nom de leur Dieu est actuellement blasphémé par les païens, qui ne mesurent (comme il est raisonnable) la puissance d'une divinité que par la prospérité de ses adorateurs. C'est pourquoi Jéhovah a décidé de les retirer du milieu des nations païennes, et de les ramener dans leiir pays. Il répandra sur eux une eau pure, pour les laver de toutes les taches qui les souillent, et il y joindra beaucoup d'autres bienfaits, tant spirituels que temporels. XXXVI, 26: «Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j'ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai que vous marchiez dans mes ordonnances, que vous gardiez ma loi et que vous la pratiquiez. Et vous habiterez le pays que j'ai donné à vos pères; vous serez mon peuple e.t je serai votre Dieu. Je vous délivrerai de toutes vos souillures... Je multiplierai le froment et je ne vous enverrai plus la famine. Je multiplierai le fruit des arbres et le produit des champs, afin que vous n'ayez plus de honte parmi les païens... Et vous vous souviendrez de toutes vos voies mauvaises, de toutes vos actions criminelles, et vous aurez du dégoût de vos fautes et de votre conduite. Ce n'est pas à cause de vous que je le fais, dit le Seigneur, remarquez-le bien!... D Quand toutes les fautes d'Israël seront pardonnées, les ruines relevées, les villes repeuplées,

le pays transformé en un Eden , alors les païens euxmêmes seront obligés de reconnaître la grandeur et la puissance de Jéhovah (vers. 33 à 36).

Tout le monde connaît le magnifique chapitre XXXYII, la vision des ossements desséchés et rappelés à la vie. C'est l'image du peuple d'Israël, dont les membres sont dispersés en tout lieu, secs, sans vie, disjecta mem^m/... Les vastes plaines de l'Assyrie et de la Ghaldée sont jonchées de ses débris épars.Il présente un aspect de mort. La terre d'exil est son sépulcre. Mais quelles que soient les apparences, ce peuple revivra. A la voix des prophètes, ces débris se réuniront; au souffle de Jéhovah, au souffle de son esprit, une vie nouvelle les animera; les deux parties de la nation, ÉphraïmetJuda, si longtemps séparées par la jalousie, par le péché, puis par le malheur, se rejoindront; ce sera vraiment la résurrection d'un peuple. Ils formeront une seule et bienheureuse nation, un seul corps, sous le commandement d'un chef unique, appartenant à la famille de David, (c Mon serviteur David les gouvernera, et ils n'auront qu'un seul berger. Ils marcheront dans mes ordonnances, ils garderont mes lois et les accompliront. Ils demeureront dans le pays que j'ai donné à mon serviteur Jacob, où vos pères ont demeuré; ils y demeureront avec leurs enfants et leurs petits-enfants à toujours; et David, mon serviteur, sera prince sur eux à toujours ! Et je ferai avec eux une alliance de paix, une alliance éternelle... J'établirai mon sanctuaire au milieu d'eux pour toujours, et ma demeure sera chez eux, et je serai leur roi, et ils seront mon peuple, et les païens reconnaîtront que c'est moi Jéhovah qui sanctifie Israël, puisque mon sanctuaire

y sera établi gi toujours ! » Ézéchiel affecte de répéter le mot ((toujours,)) comme pour bien se persuader que le retour des malheurs dont il a été victime sera impossible, et que le rétablissement de l'état israélite sera bien complet, définitif, éternel. — Hélas! y a-t-il rien d'éternel parmi les choses d'ici-bas?

Voilà donc, d'après Ézéchiel, le peuple israélite rentré dans sa patrie, où il voit se réaliser les promesses de Dieu , où il vit sous le gouvernement d'un bon prince , en paix et en prospérité. C'est alors que pour achever le cours de ses destinées glorieuses, et pour accomplir les antiques prophéties, il entrera encore une fois en lice avec les peuples, mais une dernière fois, et pour une lutte décisive. Le paganisme tout entier, dans la personne des peuples du Nord, appelés Magog, et sous la conduite d'un chef du nom de Gog, se précipitera sur Israël. Mais Jéhovah se lèvera alors, combattra lui-même pour son peuple, et exterminera l'immense armée des ennemis. C'est le jugement dernier des nations qu'attendait Joël, et qu'Ezéchiel dépeint sous des couleurs apocalyptiques, peut-être empruntées à l'Orient. C'est Jéhovah lui-même qui attire Gog des extrémités du Nord, afin de montrer sa puissance aux nations. Il fera pleuvoir des pierres, du feu et du soufre sur les innombrables escadrons. Le carnage aura lieu sur les monts d'Israël. Tous les oiseaux des cieux sont conviés d'avance au funèbre festin^.

La fin du livre d'Êzéchiel, de XL à XLVIII , est comme la confidence de ses pensées secrètes, de ses songes, son Utopia, son royaume de Salente. Pendant les loisirs et les regrets de son long exil, il s'est plu à

^Cf. LucXVH, 37.

peindre, jusque dans les plus minutieux détails, l'avenir qu'il désirait. Le souvenir venait en aide à l'espérance. Il décrit la cité idéale de l'avenir. Mais fils de prêtre et sans doute prêtre lui-même, il arrête avec la plus grande complaisance son attention et sa rêverie sur le temple et le sacerdoce. La ville sera carrée; le temple aussi. Peut-être songeait-il aux magnificences du temple de Bel, dont s'enorgueillissait la Ghaldée. 11 veut un sacerdoce parfaitement pur; il étend à tous les prêtres les exigences auxquelles le Pentateuque ne soumet que le souverain sacrificateur. Il marque géographiquement les limites des douze tribus, par des lignes droites. Il désigne l'apanage du prince, ses rapports avec les prêtres, l'étiquette qu'il doit observer à l'égard du temple : il ne lui est pas pei'mis d'y entrer; il attendra à une porte que les prêtres prennent de sa main et offrent de sa part les sacrifices. Ses possessions, sa liste civile, sont déterminées, assez considérables cependant pour qu'il ne soit pas tenté de s'emparer du bien d'autrui. Même son droit de disposer de ce qui lui appartient est réglé. La Palestine, arrosée par un fleuve qui jaillit d'une des portes du temple (peut-être une image des bienfaits que le sacerdoce répandra autour de lui), devient une contrée extrêmement fertile, même dans ses parties jusqu'alors les plus ingrates; la mer Morte cesse d'être un marais funeste, tant la vie et la fécondité débordent sur tout le pays. Quant au futur temple, Ézéchiel en donne toutes les dimensions, toutes les proportions, toutes les divisions; il a oublié les tristesses du temps présent pour vivre tout entier par l'imagination dans le bienheureux sanctuaire.

Dans cette organisation si minutieusement prévue et réglée, il ne laisse pas de place pour l'extraordinaire; il a perdu de vue l'être merveilleux annoncé par Ésaïe. Le rejeton de l'arbre royal doit être tout simplement le premier roi qui régnera après l'exil sur les douze tribus réunies et auquel succéderont sans interruption, ((toujours,)) des rois de la même race. Ezéchiel sépare avec un soin jaloux les attributions toutes politiques du prince des privilèges des prêtres; il prévoit même de sa part des velléités d'injustice , de spoliation ou de dissipation folle, auxquelles il oppose prudemment une digue légale. Le roi dans son palais, les prêtres dans leur temple splendide , les douze tribus sous le même sceptre, chacune enfermée dans ses limites, le sol fertile, les ennemis abattus, les nations respectueuses et sympathiques, Jéhovah fidèlement servi par les siens et honoré par tous, tel est le tableau de l'âge messianique ti'acé par Ezéchiel. *

§ 5. Pendant qu'Ézéchiel espérait au dehors, d'autres espéraient au dedans. Cette espérance était d'autant plus naturelle que les malheurs dont on souffrait avaient été prédits et n'étaient pour ainsi dire que la préface ou le prélude du rétablissement. Les chap. XXIV à XXVII du LIVRE d'Ésaïe ont dti être écrits en Palestine, peu de temps après la destruction de Jérusalem. Le pays est horriblement dévasté. Les barbares triomphent, mais leur triomphe ne durera pas toujours. Jéhovah tuera le monstre, le Léviathan (l'empire Ghaldéen) et fera de la ville puissante des barbares un amas de ruines. Puis il rassemblera au son de la grande trompette tous les fds d'Israël dispersés depuis le Nil jusqu'à l'Euphrate , et ils viendront adorer Jéhovali sur sa sainte montagne, à Je-

rusalem. Sur cette même montagne Jéhovah offrira aux nations « un banquet de viandes grasses et de vins clarifiés , )) et il dissipera l'obscurité dont elles sont enveloppées, c'est-à-dire qu'il les nourrira du pur et salutaire enseignement de sa Loi et les arrachera aux ténèbres de l'idolâtrie et aux maux qui en sont la conséquence. « Il détruira la mort pour toujours ; il essuiera les larmes de tous les visages et fera disparaître de toute la terre la honte de son peuple ! » Mais toutes les nations ne seront pas également favorisées : Moab, par exemple, qui s'est joint sans doute aux Ghaldéens ou qui s'est glissé sur leurs traces pour faire souffrir ceux des Israélites que l'exil n'avait pas emportés, «Moab sera foulé au lieu où il se trouve, comme on foule la paille dans la mare au fumier; il y étendra les mains, comme fait le nageur pour nager; mais Jéhovah le fera retomber ! »

<{]n autre prophète, Abdias (Obadia), peut-être aussi en Palestine et vers la même époque, menace de la colère divine, non pas Moab, mais les Iduméens, qui avaient lâchement profité des désastres d'Israël pour l'accabler. Il annonce le grand jour du châtiment et le retour des exilés dans la patrie , qu'ils agrandiront aux dépens des peuples voisins.

§ 3. Cependant l'exil se prolongeait, triste, monotone, sans issue. Il avait eu sur un grand nombre d'Israélites la plus funeste influence. Les mœurs et les cultes des païens au milieu desquels ils vivaient les avaient fascinés. Ceux qui avaient retenu la religion de leurs pères et continuaient à observer les sabbats, les jeûnes, les pratiques de la loi, le faisaient mollement et non sans de fréquentes infractions : ils alliaient à

une certaine fidéiilé extérieure une conduite blâmable. Quelques-uns seulement, de petits groupes, perdus au milieu des multitudes hostiles, protestaient par leur vie pieuse et par leur inébranlable attachement à Jéhovah contre tant de crimes ou d'insouciance. Ceux-là, en butte aux moqueries, aux outrages, à la haine de tous, étaient également persécutés par les païens dont ils avaient la religion en horreur, par les apostats qui se vengeaient sur eux de leurs remords, et par les indifférents auxquels ils étaient un vivant reproche. Vrais représentants d'Israël , ils étaient les seuls qui souffrissent réellement de la captivité et dont l'âme soupirât après la délivrance, après la pa'rie, après la sainte montagne de Sion. Mais ils soupii'aient en vain. Rien ne leur laissait présager la fin de leurs maux et de leur exil , et ils en étaient réduits à ne trouver de repos que dans la tombe.

Tout à coup la scène change. L'empire si solide *de la Babyionie est ébranlé. De l'Orient et du Nord une irrésistible invasion se déchaîne. Ce sont les Perses, âpres montagnards ; ce sont les Mèdes, que les Perses entraînent avec eux. Un chef jusqu'alors invaincu les conduit à la conquête du monde. L'Egypte est menacée , la Lydie est soumise , la Ghaldée est envahie. Bientôt Babylone elle-même, la fière, la reine des nations, tombera au pouvoir des vainqueurs. On devine avec quelle émotion les exilés, ceux du moins qui n'avaient pas perdu le souvenir de la Terre sainte, suivaient les progrès de Gyrus et ressentaient le contre-coup de toutes ses victoires. C'est alors , entre la prise de Sardes et celle de Babylone (entre 546 et 539), qu'un prophète, dont le nom malheureusement n'a pas été transmis à la pos-

térité, écrivit, pour ranimer ses compagnons d'exil et les préparer aux grandes destinées qui les attendaient, les admirables pages dont se compose la deuxième moitié DU LIVRE d'Ésaïe , XL à LXVI.

Il salue dans Cyrus l'envoyé, le berger, le serviteur de Jéhovah , «le Messie, )> qui doit exécuter les jugements divins, châtier l'insolence des oppresseurs, rendre aux enfants d'Israël leur patrie et ouvrir ainsi l'ère prédite par les prophètes.

«Ainsi parle Jéhovah à Cyrus, son Messie, qu'il a pris par la main . pour lui assujettir les nations : Je dénouerai les ceintures des rois; les portes ne te seront pas fermées , je les ouvrirai devant toi à deux battants. C'est moi qui marcherai devant toi; j'aplanirai les coteaux, je romprai les portes d'airain; je briserai les verrous de fer... , afin que tu saches que c'est moi , Jéhovah, le Dieu d'Israël, qui t'ai appelé par ton nom... C'est moi qui ai suscité Cyrus dans ma bonté; j'ai aplani tous ses chemins; il rebâtira ma ville et renverra mes exilés sans rançon ni présent, dit Jéhovah des armées (XLV), L'homme qu'aime Jéhovah exécutera ses ordres dans Babylone, et son bras s'appesantira sur les Chaldéens ! C'est moi qui en ai parlé et qui l'ai appelé ; je l'ai fait venir et son entreprise réussira » (XLVIII, d4, 15).

Babylone a trop longtemps abusé de la puissance que Dieu lui avait confiée : elle a trop lourdement pesé sur les enfants d'Israël; elle s'est montrée sans pitié, sans pudeur, sans conscience; l'heure des rétributions est arrivée. A cette pensée, tout ce qui s'était amassé de douleur, de honte, de découragement, de rancune dans le cœur des exilés pendant leur longue servitude, éclate sous la plume du prophète en violentes imprécations, en sanglante ironie , en implacable triomphe.

Si Jéhovah a tanl tardé, c'est à cause des péchés du peuple. Les Israélites avaient été abandonnés à l'oppression en châtiment de leurs fautes : l'oppression ne les a pas rendus meilleurs. Malgré cet endurcissement, la délivrance, quelque tardive qu'elle lut, était inévitable. Le prophète en donne deux raisons, en apparence contraires, mais qui se concilient à une certaine profondeur. La première, c'est que l'expiation est achevée ou près de l'être (XL, 2) : « Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son temps de corvée est accompli, que son péché est expié, qu'elle a reçu le double pour ses fautes!» La domination des Ghaldéens a été si écrasante, si humiliante, que le châtiment semble avoir dépassé le crime. Tous pourtant n'ont pas souffert. L'expiation n'a été subie, offerte que par quelques-uns, les vrais fidèles. Ils ont porté les fautes des autres, ils ont servi de victime expiatoire, de propitialion. Gomme un rejeton qui pousse inopinément dans une terre sèche, ils ont grandi devant Dieu malgré toutes les influences contraires; sans défaillir, ils ont tout supporté : mépris, injures, coups, même la mort. Un tombé, l'autre était encore là. On eût dit un seul homme chargé de boire jusqu'à la lie la coupe de la colère divine (XLII, XLIX, LU, LUI). — Mais après l'épreuve vient la récompense : « Quand son àme aura souffert l'expiation , il se verra de la postérité, il prolongera sa vie, et l'œuvre de Jéhovah prospérera dans sa main. Délivré des peines de son âme, il vivra dans l'abondance... Je lui donnerai son héritage parmi les grands, et il partagera le butin avec les puissants...» La seconde cause de la délivrance, c'est la promesse infaillible de Dieu qui avait

résolu dès l'origine qu'Israël serait son peuple élu, son serviteur dans le monde. C'est là un sceau ineffaçable, un caractère indélébile de prêtrise, une vocation qui subsiste à travers toutes les vicissitudes et toutes les chutes. Israël ne l'a pas mérité; il ne peut non plus en démériter : cela provient de la pure grâce, de la pure volonté de Dieu, (c Qui est aveugle comme mon serviteur, et sourd comme mon envoyé ?d Israël demeure le serviteur, l'envoyé, l'apôtre de Jéhovah en dépit de sa cécité, de sa surdité, de son ingratitude, malgré les éclipses de son intelligence et de sa foi. « Je me suis formé ce peuple.» «Il est le peuple éternel. » On voit qu'il ne peut pas périr. Il a de grandes destinées : il doit servir à la gloire de Jéhovah,, à la destruction des idoles, à la conversion des païens, au renouvellement de la nature entière. C'est moins un peuple qu'une idée, une abstraction, un idéal auquel les faits sont encore contradictoires, mais auquel ils devront tôt ou tard se soumettre. Pour le moment, cet Israël -Messie, ce peuple-prêtre, ce serviteur collectif de Jéhovah est surtout représenté par le groupe des vrais fidèles. Ils sont semblables à «ce jus de bénédiction)) qui se trouve dans la grappe, et grâce auquel la grappe tout entière est épargnée, bois, pellicules et pépins. Ainsi sera épargné le reste du peuple, grâce aux serviteurs fidèles qui portent en eux le sort d'Israël et du monde : ils serviront à rallier les indifférents et les coupables; ils seront « l'alliance du peuple,)) rassembleront les tribus dispersées, et élèveront au milieu des nations l'étendard de Jéhovah !

Mais il la ut avant tout rentrer en Palestine, c'est la condition sans laquelle l'âge messianique ne saurait

commencer. Sion est le rendez-vous de tous les enfants d'Israël. Tous n'étaient pas disposés à y revenir. Plusieurs avaient fini par s'habituer à leur nouvelle existence; la Ghaldée leur était devenue une seconde patrie, ils y étaient nés pour la plupart; ils y avaient leurs biens, leurs gains, leurs habitudes. Ce voyage en masse à travers les dangers du désert leur souriait peu. Ils préféraient les bords familiers de l'Euphrateou du.Ghaboras à ceux du Jourdain. La Palestine était désolée; les villes en ruine, les champs en friche ou possédés par des étrangers, qui ne se laisseraient pas dépouiller sans lutte. C'est pour répondre à ces objections et à ces craintes que le prophète dépeint le passage du désert sous de si riantes couleurs, ce J'établirai dans le désert une route et des ruisseaux d'eau dans la sohtude, les bêtes des champs, les chacals et les autruches me célébreront, parce que je mettrai dans le désert des eaux et des ruisseaux dans la solitude pour abreuver mon peuple, mon élii... — Ils n'auront pas soif au milieu des déserts où Jéhovah les conduira : il leur fera jaillir des eaux du rocher! » Des miracles les précéderont : une onde fraîche jaillira sous leurs pas, des arbres de toute sorte produiront un épais ombrage. Ce long voyage se fera sans fatigue et ne ressemblera pas aux quarante années du désert sous la conduite de Moïse. Puis la

Terre sainte sera repeuplée comme par enchantement; les intrus seront chassés sans peine; les Hébreux dispersés reviendront de tous les bouts de la terre, et une abondance incomparable sera leur partage.

Aussitôt après que les enfants d'Israël auront quitté la Babylonic, traversé le désert et mis le pied sur la Terre sainte, l'âge messianique commencera. Au lieu de s. ^

résumer la pensée du prophète, laissons- le plutôt déployer lui-naême devant nous toute la richesse de ses espérances. Il s'adresse à Jérusalem : (LX) «Lève toi, resplendis; car ta lumière apparaît, et la gloire de Jéhovah se lève sur toi. Voici, les ténèbres couvrent la terre, et l'obscurité les peuples; mais sur toi se lève Jéhovah, et sa gloire brille au-dessus de toi. Les peuples marcheront à ta lumière, et les rois à l'éclat de ta splendeur. Regarde autour de toi... Tes fils viennent à toi des pays lointains; tes filles sont portées sur les bras. Oui regarde et réjouis-toi ! Que ton cœur bondisse et se dilate! Car l'opulence de la mer se tournera vers toi, et les richesses des nations viendront à toi... Elles apportent de l'or et de l'encens; elles célèbrent les louanges de l'Éternel... Tous les troupeaux de Kédar se rassemblent chez toi; les béliers de Nébaioth sont à ton service; ils monteront sur mon autel... Je couvrirai de gloire ma glorieuse Maison (le Temple). Les fils de l'étranger rebâtiront tes murailles, et leurs rois te serviront : car, si je t'ai frappée dans ma colère, j'ai compassion de toi dans ma bienveillance. Tes portes seront ouvertes sans cesse; on ne les fermera ni jour ni nuit, pour laisser entrer dans ton sein les richesses des nations et leurs rois captifs. Le peuple et le royaume qui ne le serviront pas périront : ces nations là se dessécheront. La gloire du Liban viendra chez toi, le cyprès, le platane et le mélèze croîtront pour orner mon sanctuaire, pour que je glorifie le lieu où mes pieds se posent. Les fils de tes oppresseurs viendront vers toi, courbés, et ceux qui te méprisaient se prosterneront jusqu'à la plante de tes pieds, et t'appelleront : Cité de Jéhovah, Sion du saint d'Israël!»

Il esL beau de voir ici les espérances du prophète croître et s'exalter et s'élever d'un vol hardi en décrivant des cercles toujours plus vastes et plus radieux, jusque dans les régions de la pure poésie :

((Tu étais abandonnée, haïe, solitaire; désormais je lerai de toi une splendeur éternelle, un délice pour toutes les générations. Tu suceras le lait des peuples, tu fetterasà la mamelle des rois, et tu reconnaîtras que c'est moi, Jéhovah qui suis ton sauveur, et que ton libérateur est le héros de Jacob! Au lieu d'airain, je ferai venir de l'or, au lieu de fer je ferai venir de l'argent, au lieu de bois de l'airain, au lieu de pierres, du fer. Et je le donnerai pour surveillants la Paix, et pour gouverneurs la Justice. On n'entendra plus parler de violence sur ton territoire, de ruine ni de destruction dans tes frontières. Tu nommeras tes remparts Salut, et tes portes Gloire. Le soleil ne sera plus ta lumière pendant ie jour, ni la lune ne t'éclairera plus de sa lueur pend^ant la nuit : mais Jéhovah te sera une lumière éternelle, et ton Dieu sera ta gloire. Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne décroîtra plus : car Jéhovah te sera une lumière éternelle : les jours de ton deuil seront passés. Tout ton peuple sera un peuple de justes : rejeton que j'ai planté, ouvrage C[ue j'ai fait pour ma gloire, il possédera le pays à toujours!... Les étrangers seront à vos ordres et paîtront vos troupeaux; les fils de l'étranger seront vos laboureurs et vos vendangeurs. Mais vous, vous serez appelés prêties de Jéhovah; on vous nommera serviteurs de notre Dieu. Vous absorberez la richesse des nations, et vous vous substituerez à elles dans leur 2:loire ! »

Enfin, le monde tel qu'il est. '' vieux monde décré-

pit où l'on a tant souffert, ne suffit plus à contenir les transports du prophète, et ne lui paraît pas un lieu digne de la gloire et de la félicité qu'il rêve pour le peuple d'îsraël : LXV, 17. ((Voici, je créerai de nouveaux cieux et une nouvelle terre; on ne se souviendra plus des choses passées, et elles ne reviendront plus en mémoire. Au contraire, vous serez éternellement contents et joyeux de ce que j'aurai créé : car voici, je créerai Jérusalem pour la joie, et son peuple pour l'allégresse. Je ferai ma joie de Jérusalem, et mon bonheur de mon peuple. On n'entendra plus dans son sein la voix des pleurs et des gémissements ! — On n'y verra point d'enfant qui vive peu de jours, ni de vieillard qui n'atteigne les limites de la vie; car ce sera mourir jeune que de mourir centenaire ; le pécheur ne sera emporté par la malédiction qu'à cent ans ! Ils bâtiront des maisons et les habiteront; ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront pas de maisons pour qu'un autre y habite; ils ne plaiiteront pas de vignes pour qu'un autre en mange les fruits. Car l'âge de mon peuple atteindra le grand âge des arbres, et mes élus jouiront de Fœuvre de leurs mains. Ils ne travailleront pas en vain; ils n'enfanteront pas pour l'épouvante. Car ils .sont la race des bénis de Jéhovah, et leurs rejetons avec eux! Et il arrivera qu'avant qu'ils m'invoquent, je répondrai; ils parleront encore, j'aurai exaucé! — Le loup et l'agneau paîtront ensemble; le lion mangera du fourrage comme le bœuf, et le serpent se nourrira de poussière. Il ne se fera aucun mal sur toute ma sainte montagne, dit Jéhovah!»

Dans tout le cours de ces prophéties, nous ne voyons pas une seule fois apparaître le chef davidique auquel

la prospérité du peuple semblait attachée. Non-seulement ce chef spécial n'est pas annoncé, mais il n'est pas même question de roi ni de race royale. C'est que, pendant la longue durée de l'exil, la race de David s'était obscurément éteinte, s'était fait oublier. Ses derniers représentants sur le trône avaient fait si triste figure qu'on n'avait plus guère intérêt à rechercher leur lignée. Le Messie attendu paraît dans la personne d'un conquérant qui se précipite des profondeurs de l'orient et du nord. Il faut saisir le salut d'où qu'il vienne; après tout il ne vient que de Jéhovah, dont les mystérieux desseins concourent tous au relèvement de son peuple. Ce que notre prophète attend ce n'est pas un roi, quelque grand qu'il puisse être, c'est la vraie théocratie, telle qu'elle existait dans les jours de Samuel, des Juges, de Moïse ou des patriarches, c'est le gouvernement direct et visible de Jéhovah. Mais il y a dans sa pensée un progrès manifeste sur l'ancienne théocratie; 'car il paraît ignorer le sacerdoce; il le supprime ou le laisse dans l'ombre, — combien différent en cela de Jérémie et d'Ézéchiel ! « Je te donnerai pour chef la Paix et pour gouverneur la Justice. » Tous les Israélites seront prêtres parce que tous seront justes. C'est ((un peuple de justes,» c'est «un peuple de prêtres.» La communauté dont ils sont prêtres, c'est la vaste assemblée des nations qui se convertissent au Dieu d'Israël : les peuples sont les Idicjîies, les Israélites sont le clergé. Bien plus, dans un élan de générosité suprême, le prophète va jusqu'à briser cette barrière qu'il avait déjà tant élargie , et il montre Jéhovah se choisissant des prêtres et des lévites jusque parmi les païens, dont quelques-uns se consacreront

à la conversion de leurs frères et deviendront de vrais apôtres des Gentils.

LXVI, i8. «Le temps vient de rassembler tous les peuples et toutes les langues, pour qu'ils viennnent et qu'ils voient ma gloire. Je leur donnerai un signal, et je renverrai les échappés d'entre eux aux nations, à Tarsis, à Put et à Lud, pays des archers, à Tubal et Javan , aux îles lointaines qui n'ont jamais entendu parler, de moi ni vu ma gloire ; ceux-là annonceront ma gloire aux nations. Et ils ramèneront tous vos frères (les Israélites dispersés) du milieu de tous les peuples, comme une offrande à Jéhovah , sur des chevaux, sur des chars, en litière, sur des mulets, sur des dromadaires, jusqu'à ma sainte montagne, à Jérusalem, dit Jéhovah, comme les fils d'Israël portent dans un vase pur leur offrande à la maison de Jéhovah. Je prendrai même parmi eux des prêtres et des lévites, dit Jéhovah. »

Il semble qu'il n'y ait plus qu'un pas à faire (et pourtant c'était un abîme) pour arriver à la religion sans prêtres et sans temple , à la rehgion définitive , celle de Jésus-Christ. Il fallut des siècles pour que ce pas fût franchi. Notre prophète anonyme veut encore qu'on adore à Jérusalem , que « de nouvelle lune en nouvelle lune, et de sabbat en sabbat» toute chair vienne se prosterner devant Jéhovah dans son sanctuaire , dans le lieu qu'il habite de préférence, à Sion. C'est là que doivent affluer les dons, les offrandes, les caravanes des nations. Les bénédictions qu'un tel culte répandra sur ses adhérents sont temporelles comme le culte lui-même; c'est une longue vieillesse, une intarissable abondance, une jouissance ininterrompue.

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