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titre l’indignation des chambres, la plupart du temps, la plus grosse partie du bénéfice n'entre dans leur caisse que pour en ressortir le jour ième, sous forme de pot de vin stipulé à l'avance par les ministres ou leur entourage, Mais lorsque l'entrepreneur se ruine, personne ne lui offre de payer à sa place ; et si on le lui offre, on ne tient pas parole. MM. Berlinguet et Bertrand en firent la dure expérience.
Pierre, chaux, ciment, bois, tous les matériaux furent invariablement refusés par l'ingénieur en chef. C'était la lutte du pot de terre contre le pot de fer, Sur toute la ligne, les entrepreneurs abandonnèrent Îles travaux, à l’exception de MM. Berlinguet et Bertrand qui étaient soutenus par deux puissantes maisons de Québec, appartenant l’une et l’autre à des conservateurs de vieille date.
C’est alors que M. Langevin crut devoir intervenir “ dans un but politique,” non püur protéger ses compatriotes et leur faire rendre justice (cela eût contrarié sir John), mais pour extorquer des fonds à de nouvelles dupes. “Ces faillites successives faisaient, disait-il, le plus mauvais effet. “Le gouvernement allait être très embarrassé, “sil n'avait pas au moins à montrer au Parle- ‘“ ment quelques entrepreneurs restés debout et ‘continuant leurs travaux.” M. Langevin priait donc ses amis de ne pas se laisser décourager par les conditions, ruineuses en apparence, qui leur étaient faites. “Le gouvernement n’entendait pas, di-
DR OMR ET nt AU "09 à | “ sait-il, que le chemin de fer fût construit aux dé« | “ pens des particuliers. Il savait ce que vaut “ le travail ; et ceux qui lui auraient rendu le ser- ! ‘ vice de continuer à travailler seraient largement ‘“ indemnisés....” \ Sur ces paroles dorées, les entrepreneurs con- à E tinuèrent les travaux. On ne serait pas entrepre- , L neur, si l'on n'était toujours prêt à accepter, sur la parole d'un ministre, un contrat officiellement mau-
ñ vais avec la promesse d’une large rémunération À après coup. Au bout de douze mois, la confiance % t de ces industriels leur avait coûté $200,000 et , leurs commanditaires refusaient d'aller plus loin. “ est alors qu’ils s’adressèrent à un riche marchand à + de Québec, M. Ross, en lui demandant une avance | k 4 e de 200,000 autres piastres. M. Ross y consentit, :
‘ mais à la condition que le ministère garantirait le à. É remboursement, en termes exprès ; et il se ren- k. , dit auprès de M. Langevin accompagné de M. Ber- | ‘A linguet et de ses cautions, pour l’informer qu'on 0 “ lui demandait un prêt de $200,000 et qu'il était -{ , disposé à l’accorder, si le gouvernement s’enga- JL +. geait à ne pas s’en tenir à la lettre du contrat et à | é, indemniser les entrepreneurs bona fide de toutes s les dépenses régulièrement encourues.
xt M. Langevin déclara devant témoins que c'était it chose convenue; que la transaction était sûre; que es c'était un service à rendre au gouvernement, nt et que l'argent serait remboursé, would be re- (
couped.
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M. Ross convaincu par le langage du minis- q } tre prêta $200,000 ; mais il ne fut pas remboursé, à was not recouped. I dut plaider contre les entre- q
preneurs et appeler le gouvernement en garantie. Q
M. Langevin, cité en témoignage, déclara sous ser- d
ment, en regardant le parquet et en roulant t
les yeux “qu'il ne se rappelait pas avoir dit b
‘ cela... .qu'il n'avait pas dû aller aussi loin. . T
“qu'il n'avait pas dû engager le gouver tel | Ê
“autant que cela.... ete. ete. L
La conséquence fut que les intéressés perdirent
leur argent et que l'affaire traîne encore devant (
les cours. Etonnez-vous après cela si les travaux :
publics coûtent cher, et si les entrepreneurs exposés à de tels risques par un gouvernement sans moralité, lui tiennent la dragée haute quand ils le peuvent, et se rattrapent quand ils en trouvent l'occasion.
La compagnie de l’Intercolonial avait concouru à l'élection de 1872, pour $18,000; et l'on assure que l'an dernier, sir Hector Langevin a encore réussi à lui extorquer $10,000 pour un journal que chacun connait, sur la promesse d’un nouveau procès qui permettrait aux intéressés de se rattraper, La caisse publique paiera tout cela en temps et lieu.
Nous avons insisté sur ce fait pour ‘ illustrer ? par un exemple notable chacun des traits de la Li carrière politique du ‘“ chef du parti conservadi teur dans le Bas-Canada” Les entrepreneurs et contracteurs sont gens d'ordinaire peu sympathi-
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ques à la masse du public. Nous n'avons point ici à plaider pour ou contre eux. Mais, s'il y a quelque chose de plus choquant et dé plus immoral que les opérations ordinaires d’un certain nombre de publicains, c'est assurément le fait d'un ministre entrant lui-même en transaction avec ces publicains, pour les duper et pour leur extorquer de l'argent ‘sous de faux prétextes,” au moyen d’une fausse parole. S'il y a quelque chose de plus vil que le vol fait à l'État, c’est le fait d’un ministre qui, après avoir engagé l'Etat, sur sa parole d'honneur, cherche ensuite à se tirer de son imprudence en niant sa parole et en ruinant ceux qui ont eu confiance en lui. P
Avant 1874, le double mandat était autorisé, et M. Langevin, toujours fidèle à la maxime que deux places valent mieux qu’une, était un des hommes politiques appartenant à la fois au parlement fédéral et au parlement de Québec. Il avait été élu en 1871, par la ville de Québec, dansdes conditions de corruption électorale, et avec l’aide de cette horde de fiers-à-bras et d’assommeurs dont il a introduit la pratique parmi nous, et dont l'emploi l'a rendu odieux dans toute la province, au point de l'obliger, après .1874, à passer quatre ans sans se montrer dans les rues de Québec. Chacun sait comment l'élection de 1871 fut volée. Il s'agissait de faire élire M. Langevin par acclamation, afin d'éviter le pol. Des bandes d’assommeurs, postés aux abords’ qui conduisaient
aux hustings arrêtaient, à coups de bâtons, tout individu suspect de réclamer le p0/4. L’'officier rapporteur demanda sil y avait opposition à l'élection et s'empressa de proclamer sir Hector Langevin élu, avant que les représentants de son adversaire eussent pu approcher.
On sait qu’à cette époque, notre régime électoral qui n'avait pas encore été modifié par le bill de M. Dorion, favorisait les fraudes les plus éhontées, Il n’y avait pas de listes d’électeurs ; quiconque se présentait en donnant un nom quelconque était admis à voter. Les officiers-raprorteurs étaient choisis par les ministres parmi leurs créatures. Le souvernement fixait à son gré les dates d'élections de chaque comté. On commençait par les comtés dans lesquels le succès était certain ; et l’on se jetait ensuite sur les autres, avec le prestige d’un succès déjà obtenu. Enfin, le vote durait deux jours ; et tout naturellement, la nuit qui les séparaïit était consacrée À corriger la chance au moyen de votes fabriqués. Sir Hector Langevin est celui de nos hommes publics qui a le plus abusé de cet odieux système ; et avant la catastrophe de 1873, il avait fait de la fraude électorale une organisation méthodique, qui devait assurer pour de longues années, dans la province de Québec, l’anéantissement de l'opinion publique.
Le scandale du Pacifique qui vint arrêter les effets de cette organisation fut un coup de foudre pour le nouveau ” chef du parti conservateur. ? Les
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out | documents livrés au publie constataient qu'il avait er reçu pour sa part $32,000. M. Langevin n'eut pas, à | le courage de se présenter devant le peuple, et ne vor | reparut plus, pendañt deux ans, au parlement fédéde ral. A la chambre de Québec, où il ne pouvait tenir devant les plaisanteries et les quolibets de
ral ses collègues, il dut se décider à résigner un siège de qui devait d'ailleurs jui être bientôt enlevé par la ées, loi supprimant le double mandat. 1 se renferma 8e | chez lui, si honteux et si confus, qu’il ne se montrait ait | jamais en plein jour, e et qu'il ne voyait guère plus ent | que ses trois amis intimes MM. Hamel, McGreevy Le 4 et sir Narcisse Belleau.
Led Les liens de la reconnaissance ne pèsent d’ailleurs tés pas auprès de sir Hector Langevin. 1H sert les Lait gens dont il a besoin et n’a jamais tenu aucun un compte des services passés. Comme l’a dit spirians tuellement Sir John, il “ n’a de reconnaissance que ait | pour les services à venir.” tes On dit que M. McGreevy le tient toujours. Mais 2” M. Hamel a pu s’apercevoir, lorsqu'il s’est agi l’an Lacs dernier de l’avancement de M. le juge Routhier, de ait la désinvolture avec laquelie sir Hector Langevin DO- pratique l'oubli des amitiés et même celles des juge- ‘5 wents qui ne rapportent plus rien.
de Un jour, cependant, M. Langevin qui ne prévoyait
pas la chute du cabinet libéral se fatigua d’être
les appelé l’homme au $32,000. Il rassembla ses petits re
papiers, fit un dossier de pièces justificatives, pour es prouver qu'il n'avait pas mis l'argent dans sa poche,
eb écrivit une lettre à l'honorable M. Joly, pour lui demander de venir confidentiellement visiter son dossier et de lui décerner un brevet d'honnôteté, après examen des pièces.
Le tour était hardi, mais trop peu dissimulé. Chacun savait que dans les élections de 1872, M. Langevin avait manipulé plus de $#75,000. Les $32,000 versées à son nom par sir Hugh Allan n'étaient qu'une partie du tout;etil ne lui avait pas été difficile de dresser un dossier de dépenses réelles de 831,619.44 Dans ces sortes d'opérations, les gens qui savent leur métier ne s’approprient jamais plus de la moitié de la somme totale. Ilne s’agissait donc pas de savoir si M. Langevin avait consacré $31,619.44 à des fins de corruption électorale,
mais ce qu'il avait fait de la balance, dont le public le suspectait véhémentement d'avoir mis une forte partie dans sa poche. M. Joly ne se laissa pas prendre à une ruse aussi grossière et sir Hector Langevin en fut pour sa courte honte.
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UV:
Lorsque le parti conservateur revint en majorité au parleraent, en 1878, M. Langevin, qui n'avait jamais été que le chef de la déroute, n’y. avait pas même de siège,
Il était parvenu à se faire élire, en 1876, à Charlevoix, grâce à l'appui d’une partie du clergé, maïs surtout grâce à MM. H. C. Pelletier et Tarte, qui avaient été les véritables organisateurs de “ l'influence indue” et de beaucoup d’autres nouveautés hardies. Les générations nouvelles, qui n'ont pas vu le truc de près peuvent se reporter à la récente élection de Lotbinière, L'or-
ganisation de Charlevoix, menée par les mêmes
hommes, était de mème acabit, Seulement, le système était alors nouveau et réussit la première fois. Maus l'élection fut cassée et, en 1878, le truc était déjà tellement usé qu’on n’osa pas l'essayer de nouveau dans le même comté. M. Langevin, qui est par essence un député nomade, alla tenter fortune à Rimouski, où il comptait sur l'influence de son frère, Mgr l'évêque de Rimouski, pour le faire élire. Il fut battu haut la main.
Fa: FER
Dans le reste de la province, le parti conservateur, sous la direction de l'honorable M. Chapleau, agissant pour l'honorable M. Masson, avait remporté une victoire éclatante. On riait beaucoup de la déconvenue du “ chef,” Personne n’en riait de meilleur cœur que sir John A. Macdonald, qui espérait être débarrassé pour jamais de ce cuistre importun et doué du mauvais œil.
Sir John A. Macdonald n'a jamais passé pour une belle âme; mais c’est un chef de gouvernement. Son prétenGu collèoue en chèfrerie ne
je gênait guère, mais sir John n'aime pas les nonvaleurs ; eb M. Langevin s'était montré trop pitoyablement au-dessous de sa tâche, pendant et après la crise. Il était clairement établi qu'il était inca-
pable de tenir sa province; et une organisation
à laquelle il était étranger avait été nécessaire
pour assurer le succès du parti dans le Bas-Canada. M. Langevin était une utilité d 1 5 "rtilité avait cessé.” Sir Jobn n'en voulait À ar.:un prix comme
ministre. M. Masson n’en voulait jas davantage : et sir Adolphe, avec lequel il s'est reconcilié depuis, intriguait alors contre lui avec plus de force que tous les autres,
Mais M. Langevin avait conservé ses trois amis, sir Narcisse Belleau, M. Hamel et M. McGreevy, auxquels se joignirent assez maladroïtement l’honorable M. Chapleau et MM. Dansereau et Senécal: qui ont eu plus d’une fois l’occasion de se repentir de leur générosité, On démontra à sir John que
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ACT PE a- la victoire et la revanche ne seraient pas complètes, u, | si l’une des principales victimes du scanäale du n- Pacifique restait sur le carreau. Il importait “au le parti” que M. Langevin fût réhabilite. La raison le était plausible. C’est grâce à cet argument qu’on ui parvint à imposer encore une fois M. Langevin re à la députation provinciale qui n'en voulait pas et au premier ministre qui avait juré de ne jamais le ur | reprendre. M. Langevin entra dans le cabinet e- comme directeur général des postes et redevint ne six mois plus tard ministre des travaux publics. n- | Pour le faire rentrer dans le ministère, il avait ” a- fallu lui procurer un siège au parlement; et ce ès n'était pas une petite affaire, aucun comté n'étant ve | disposé à lui donner ses suffrages. Enfin, on jeta n | les yeux sur la ville de Trois-Rivièrés, qui avait re besoin d'améliorations à son havre et qui attendait La, trop de la caisse publique pour se montrer récaleiit | trante. Le député de Trôis-Rivières, M. McDoune gall, résigna en faveur de M. Langevin au prix ; d’une place de juge, et ce dernier fut élu sans conié currents. C’est le seul genre d'élections qu'il sache le affronter avec succès, A peine installé dans son nouveau poste, son LS, premier soin fut de songer à alimenter le pot VA | au feu. Charité bien ordonnée commence par soi- , d même ; et rien n'est vide comme la poche d’un mi- LL, nistre qui, après avoir pris la douce habitude ir de vivre de son salaire annuel, a cessé pendant Le cinq ans de puiser au trésor public, Sir Hector.