‹ Le métier de ministre [microforme]Chapitre 15 sur 16 · LA FA +") É · texte numérisé non relu

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sur l'état mental de Riel par une commission médicale.

C’est lui qui a dicté à ses journaux, et plus particulièrement au Monde, la polémique à double face, dans laquelie on outrageait les patriotes, tout en annonçant chaque jour que Riel ne serait pas pendu. C'est lui qui a fait inspirer au Monde, par un émissaire envoyé tout exprès d'Ottawa, la fameuse diversion contre M. Beaugrand, clans laquelle les pendards, convaincus que Riel «serait exécuté six Jours plus tôt, se sont trompés de cuve et ont inutilement agité la ville de Montréal. C’est pour l'aider à exécuter son œuvre de fourberie et de mensonge, que le Monde s'écriait, au lendemain du rejet du pourvoi de Riel: “ Les avocats libéraux ont fait ce qu'ils ont pu pour faire pendre Riel. Heureusement ils n'ont pas réussi à tout perdre. Leur tâche est finie: la nôtre continue...” C’est encore sous son inspiration que le samedi 14 novembre, quand M. Chapleau avait déjà annoncé officiellement aux députés réunis au Windsor que le sort de Riel était scellé, le Monde du même jour n’en continuait pas moins à promettre que Riel aurait la vie sauve.

Allégations et promesses qui ont eu — on l’a déjà dit—une portée incaleulable, car elles ont eu pou. effet de persuader aux députés conservateurs que le gouvernement avait un programme arrêté d'avance en vue de sauver Riel: et cette assurance les a empêchés d'intervenir à temps, sinon

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pour modifier la féroce résolution de sir John A. Macdonald, au moins pour imposer la retraite des trois ministres canadiens-français et pour mettre par là leçgouvernement dans l'impuissance de passer outre.

Toute cette conspiration contre l'opinion publi: que de notre province et contre la vie d’un pauyre illuminé, est l'œuvre propre de sir Hector Langevin. De ses deux collègues canadiens-français, l’un, M. Chapleau, avait passé l'été en France, et son rôle militant dans le parti pendard n’a commencé à vrai dire qu'à partir de l'exécution de Riel. Quant à sir Adolphe Caron, on sait de reste que la tâche n'était pas à sa portée, Ce chevalier de nouvelle extraction n'est capable que des besognes qui peuvent être accomplies

par les gens qui ne sont capables de rien ; et,

s'il possède toute la méchanceté voulue, il n’a pas le don d'astuéé nécessaire pour l'exécution d’un plan tortueux." On l’a envoyé banqueter à Winnipeg avec des polissons ivres, et souiller son mandat dans un festin de bourreaux en goguette, C’est tout ce à quoi il est bon. Pour tout le reste, sir Hector Langevin a été, une fois dans sa vie, véritablement chef, Dans cebte première partie du drame, c'est sur lui que doit retomber la part de responsabilité la plus lourde, et une part de honte proportionnée à ce qu'il y a d'inexprimablement vil dans les fourberies auxquelles il a attaché son non.

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Après le 16 novembre, le cœur lui à manqué.

Tant qu'il ne s'était agi que de tuer et de mentir, il 'avait pas éprouvé un instant d'hésitation.

Mais quand il s’est agi d'être rave, sir Hector Langevin s'est tout à coup senti défaillir. Devani le soulèvement patriotique de ce peuple qu'il avait exploité, trahi et vendu, il n'a pas éprouvé de remords, mais il a éprouvé l'angoisse du noyé qui s'abandonne. Cet homme n'est capable d'énergie et de présence d'esprit que dans les vilaines actions où il croit l'impunité assurée. A partir du

moment où il n’a plus la certitude d'être le plus

fort, il se trouble et n’est plus lui-même. Pareille aventure lui était déjà arrivée en 1874, à l’époque

du scandale du Pacifique. Au lendemain de la

mort de Riel, il s’est cru, une seconde fois, perdu ; et il a eu quinze jours d'anéantissement, sans con-

cevoir une idée, sans pouvoir donner un ordre, sans autre préoccupation que de plier devant l'orage, de laisser les autres se compromettre et de sauvegarder du naufrage, qu'il prévoyait immédiat, la chance de redevenir chef d'un parti eonservateur à venir.

Son journal Le Monde a exprimé assez fidèlement,—sauf à y joindre du cru de ses rédacteurs, quelques maladresses mêlées à des insolenees d'écoliers—l'état de prostration par lequel le maître est passé. “ Nous sommes f. mais il est inutile que tout le monde se noie,” avait dit sir Hector, le jour où M. Vanasse est entré dans le comité national,

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pour y prendre place parmi les vengeurs de Riel. ‘“ IL est inutile que tout le monde se noie ” voulait

dire évidemment “il est inutile de perdre ses

chances de retour, en s'attardant sur le vaisseau qui sombre.” Quelques jours plus tard, Le Monde affichait à sn porte en caractères gigantesques :

Départ de sir John. Le vieux t ‘aître se dérobe .

à l'indignation publique et s'enfuit en Angleterre pour y cacher sa honte,” et à peu près au même moment, M. Tarte proclamait qu'il était injuste et impolitique d'englober les ministres canadiensfrançais dans la réprobation du pays contre sir John A. Macdonald. Le lendemain, on eut déclaré sans doute que les ministres canadiens avaient été trompés, qu'on leur avait caché des pièces importantes et que sir John A, Macdonald était seul coupable. Un mois après, on eût recommencé la campagne, au nom du grand parti conservateur, débarrassé de sir John, prêt à s’allier avec n'importe qui eb toujours représenté par linnogente, circonspecte et glorieuse personne de sir Hector Langevin.

Mais les destins et M. Chapleau en ont décidé autrement. Fidèle à l'antagonisme permanent qui est une’des conditions de leur existence, M. Chapleau s’est dit que du moment où Langevin lâchait tout, le rôle de Chapleau était naturellement de faire le contraire et de résister, Nous aurons assez de mal à dire du secrétaire d'Etat, pour n'être pas en peine de reconnaître qu'il n’est point “ lâche ”

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devant l'ennemi. La différence d'attitude des deux ministres a valu au gouvernement pendard quelques mois de grâce, à M. Langevin l’indéniable mépris des compagnons de chaîne qu'il était prêt à trahir, au peuple canadien la prolongation de divisions funestes, qui ont perdu depuis longtemps leur raison d’être et que l'heure était venue d’effacer devant la douleur et le péril communs.

Mais lés pendards, qui ont vu de près, les défaillances de sir Hector Langevin, savent qu’au jour du naufrage final, il n’y aura pas à compter sur un homme qui est toujours prêt à abandonner, le premier, le pont du navire en détresse.

Désormais, ilne reste à sir Hector Langevin que la clientèle des vendus. C’est quelque chose tant qu'on tient une caisse, et Le lendemain de la chute ce n'est rien.

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