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populaires dans le comté, maïs qu'entre les’ deux, il se croyait assuré d’une majorité resp ctable.— “ Mais ne crains-tu pas, lui dit tout à coup son. interlocuteur, que quelqu'un vienne se fourrer entre vous deux.”—" J'y ai bien réfléchi, répondit l'imprudent candidat, mais je ne vois pas qui est-ce qui pourrait tenter le coup. Il n’y a que Langevin qui aurait peut-être pu y songer, et qui aurait eu contre nous d'autant plus de chances qu’il est totalement inconnu. Mais Langevin n’y songe pas.” C'est un joli métier que d'écouter aux portes, quand on a la chance d'entendre de pareilles conversations. Langevin écouta sans motdire, se glissa hors de sa cellule, sans se faire remarquer et prit une voiture. Le soir mème, il était à Dorchester et il y posait sa candidature, Comme on l'avait prévu, sa qualité d'homme nouveau et en dehors des lubtes locales lui donnait contre ses concurrents une force négative, mais considérable. Il fut élu. * Aux élections suivantes, l'affaire devait aller noins facilement. M. Langevin avait eu le temps de se faire connaître. Cependant il obtint, grâce au système de corruption et de violence électorales dont il est l'inventeur, une majorité de 16 voix contre son concurrent, M. H. T. Taschereau.
En attendant, notre nouveau député se proposait de ne pas rester en si beau chemin. La députation l’avait mis en appétit et l'avait posé vis-àvis de lui-même en quasi-personnage ; et il a de tout temps pratiqué cette maxime aimable que
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deux places valent mieux qu'une. “ Pourquoi ne “ profiterais-je pas, se disait-il, de la notoriété que “m'a faite cette élection enlevée pour me présen- “ ter à la mairie de Québec ? ”
En ce temps-là, vivait dans la même rue que lui, un négociant anglais très riche et très estimé. Ce négociant faisait chaque jour une promenade d’une heure, après son repas ; et par un singulier hasard, . il rencontrait toujours Langevin sur son chemin. Celui-ci l’escortait, faisait l'empressé, lui apportait les nouvelles. Il fit tant et si bien, qu'il se fit recommander par le marchand anglais aux compatriotes de ce dernier.
Assuré du vote anglais, il ne lui restait plus qu'à conquérir le vote canadien. Mais il était secrétaire de la compagnie du chemin de fer de la rive Nord ; et il savait déjà comment la politique pratique consiste à faire miroiter devant les électeurs les portes entr'ouvertes de la caisse publique. Il n’hésita pas à annoncer à haute voix que, sil était élu maire de Québec, il s’engageait à faire construire le chemin de fer de la rive Nord.
‘Grâce à cette promesse, il obtint le vote des ouvriers de Saint-Roch, et il fut élu.
Mais promettre et tenir sont deux. On a beau être maire, les rails de chemin de fer ne poussent point tout seuls. Notre futur ministre des travaux publics s’en doutait bien un peu avant le vote. Malheureusement, les ‘ouvriers de Saint-Roch, encore naïfs en matière d'élection, avaient pris sa