‹ Le métier de roiChapitre 3 sur 10 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Une voiture de louage s'arrêta, rue aux ïuîfs, devant une des portes basses du palais. Clara Hersberg en descendit.

— C'est là? demanda-t-elle au cocher avec étonnement, en désignant cette poterne au fronton de roses, pareil au portail latéral d'une chapelle gothique.

Elle s'était toujours vue, — depuis sa résolution d'accepter l'invite de Wolfran, — gravir les nobles escaliers de la cour d'honneur. Il lui semblait qu'un peu de la pompe intérieure aurait prévenu et accompagné la Science qui s'introduisait en sa personne dans le logis royal. Mais comme elle se rendait d'abord chez le comte Thaven, on l'avait conduite tout simplement à

l'aile du bâtiment qu'habitaient les grands officiers du palais.

— C'est là, répliqua le cocher.

Le marteau ciselé retomba sur l'ais de chêne sculpté : elle entra froide, raidie, un masque de dureté, de dédain, sur son beau visage altéré. La porte franchie, elle se trouva sous un porche de pierre dont les murailles dégradées par l'humidité retenaient encore de larges pans de fresques antiques. Les nuances avaient disparu, seules les couleurs crues demeuraient : pourpre des manteaux, indigo des robes de reine, or des couronnes. Et la fille adoptive du vieux Kosor se sentit toisée par ces hautaines figures mi-effacées qui la traitaient en intruse.

Un laquais se présenta. Elle demanda le comte Tuaven. x\lors ce fut, derrière l'homme à culotte courte qui la précédait, une course à travers le décor grandiose dont la magie la stupéfiait. D'abord deux escaliers de marbre blanc à la rampe de fer forgé dont les volutes emprisonnaient l'emblème de la royauté lithuanienne : le cygne héraldique au long col replié. On arrivait ainsi au second étage, celui de ces mansardes princières, cintrées comme des nefs de basiliques, et qu'embellissaient encore les lucarnes, ces petits sedicules ouvragés comme des reliquaires, posés sur la pente du toit d'ardoise, qu'ils hérissaient magnifiquement d'un jeu d'ogives entrecroisées et flamboyantes.

Page 1