JEAN-BAPTISTE PINEAU, ROMIÉ, TORO, JULIE N CF
Les traditions du style de Louis XIV étaient déjà oubliées lors de la mort du monarque, et avant de dis-
paraître, il avait pu assister à l’éclosion d’une nouvelle manière plus légère et moins solennelle, dont l’épa-
nouissement complet coïncide avec la régence du duc d’Orléans. Le principal auteur de cette évolution artis-
tique est l’architecte Robert de Cotte ( 1 636 -i 73 5 ), beau-frère de J. Hardouin Mansart, qui reçut, en 1699, le titre d’intendant et d’ordonnateur général des bâtiments, jardins, arts et manufactures du roi, dont il était déjà le premier architecte. De Cotte fut un des artistes les plus féconds de l’école française, et le Cabinet des estampes possède un recueil de ses dessins originaux, attestant son extrême facilité et sa pratique habile. On y remarque quelques meubles charmants et des modèles de tapisserie et de mosaïque d’un très grand goût. L’influence de Robert de Cotte se fit sentir surtout dans la sculpture des lambris qui furent adoptés pour la décoration des hôtels dont il reste un nombre infini de pièces de la meilleure exécution et variées avec une abondance inépuisable. Le travail le plus important qu’il ait dirigé en ce genre est la suite de boiseries qui décore le chœur de Notre-Dame de Paris. Quoique tous ceux qui s’attachent à respecter les monuments anciens doivent regretter amèrement l’exécution du vœu de Louis XIII, qui est venu défigurer l’aspect original de cette vieille basilique, il faut reconnaître aux panneaux sculptés par Louis Du Goulon, avec l’aide de Louis Marteau et de Jean Nel, une valeur artistique qui ne permettait pas de les détruire lorsqu’on a rétabli l’ancienne disposition du chœur. Du Goulon avait déjà exécuté pour la cathédrale d’Orléans une série de lambris sculptés d’une disposition identique, qui, après bien des vicissitudes, sont venus orner la chapelle du séminaire de cette ville. Bien qu’il ne soit pas possible de comparer ces ouvrages aux magnifiques sculptures des cathédrales d’Amiens et d’Auch, il est juste de
reconnaître chez Du Goulon la trace des qualités de goût et d’exécution qui animaient ses prédécesseurs; mais l’esprit des grandes entreprises s’affaiblissait chaque jour, et les stalles de Notre-Dame sont le der^ nier exemple que l’on puisse citer de la décoration d’ensemble d’un monument religieux, affranchie de l’invasion du style baroque.
Ce ne fut pas le seul travail de Du Goulon, et nous pouvons admirer sans réserve les boiseries du salon de l’Œil-de-Bœuf, à Versailles, une partie de celles de la chambre à coucher de Louis XIV et surtout celles des petits appartements du roi, que rien ne surpasse en ce genre. Il sculpta également, sous la direction de Robert de Cotte, plusieurs ornements pour le palais de Philippe V, et fut aidé par Legoupil, Taupin et Bélan, habiles praticiens qui avaient collaboré avec lui lors des travaux de décoration de l’Œil-de-Bœuf. Les menuisiers Charmeton et Vilaine avaient sculpté des bordures de tableaux et les vantaux des portes des Tuileries, et le sculpteur Jouvenet avait obtenu la commande des boiseries de l’appartement de Mme de Maintenon. Jean-Baptiste Pineau fut aussi l’un des meilleurs ornemanistes de cette époque de transition. Il faut ajouter aux noms des artistes qui avaient sculpté les boiseries de Notre-Dame ceux moins connus de Charpentier, auteur des pilastres, et de Belleau, qui avait fait les cartouches des bas-reliefs. Robert de Cotte eut souvent recours au talent de Romié, sculpteur du roi, dont on connaît la magnifique boiserie du chœur dans l’église Saint-Thomas d’Aquin, autrefois noviciat général des Jacobins. Il a représenté dans les panneaux
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l’union des figures des mystères avec leur réalité, sujet dont l’obscurité n’a pas gâté l’exécution. Romié fit, en 1727, de grandes bordures pour les portraits des souverains. A la même époque (1739), le maître menuisier Bardou exécutait la boiserie du chœur de l’église Notre-Dame des Victoires, dont les divisions sont formées par des pilastres d’ordre ionique. On trouve le nom de Robert Lalande, autre ornemaniste, comme étant chargé de nombreuses sculptures sur bois et de bordures de tableaux en 1701-1702, mais sans une mention plus précise. En 1739, le maître menuisier Regnier terminait le buffet d’orgues et la chaire à prêcher de l’église Notre-Dame des Victoires, pour la maison des Petits-Pères. Ces sculpteurs exécutaient en même temps, dans la province et dans les maisons particulières, de nombreux ouvrages dont la nomenclature excéderait de beaucoup les limites étroites de cette étude. Nous nous bornerons à citer les salons de l’hôtel Soubise, terminés sur les dessins de l’architecte Boffrand, qui comptent parmi les plus délicats spécimens de la décoration intérieure de la première moitié du xvnr siècle. C’est à la même époque que vivait Bernard Toro, sculpteur et dessinateur, qui, après avoir décoré des vaisseaux pour la marine royale et exécuté des consoles, des encadrements et des statues dans les hôtels d’Aix en Provence, vint à Paris, oü il publia une suite de gravures d’ornement.
Antérieurement à Robert de Cotte, plusieurs monuments importants de l’art du bois avaient été élaborés à Paris. L’un des plus célèbres est la chaire de l’église Saint-Étienne du Mont, sculptée en 1640 par Claude