‹ Le meubleChapitre 18 sur 66 · FIG. 27. TORCHÈRE EN BOIS · texte numérisé non relu

FIG. 27. TORCHÈRE EN BOIS

SCULPTÉ ET DORÉ, ÉPOQ.UE DE LOUIS XIV École des Beaux-Arts)

io*

qui fut naturalisé en 1672, douze scabellons de bois de chêne; l’année suivante, il fournit deux autres scabellons et sept piédestaux; en même temps, il sculptait cinq fauteuils à l’antique et douze sièges pliants. Il fut chargé, en 1666, d’un travail important de sculpture pour une grande machine en forme d’armoire, destinée à exposer une partie des agates, cristaux et autres curiosités du Roi au palais des Tuileries.

Il apparaît à cette époque associé au sculpteur Mathieu Lespagnandelle pour la décoration intérieure de cette dernière résidence. Le palais de Trianon reçut, en 1670, dix grandes bordures de miroirs dues à cette collaboration. Caffieri seul fut chargé, en 1674, de la sculpture d’un grand lit de bois doré destiné à meubler le grand salon de Versailles, où étaient placées des tapisseries sur toile d’argent. Il exécuta, en 1671, deux lits, deux tables, quatre guéridons, des pliants et des fauteuils. Le payement des travaux qui lui avaient été ordonnés, en 1682, pour l’appartement du Dauphin n’est accompagné d’aucun détail qui permette d’en apprécier la nature. Il travailla également à une balustrade en bois doré destinée aux appartements du Roi, dont celle qui figure actuellement dans la chambre d’apparat de Louis XIV doit rappeler la disposition. Dès 1 663, le jeune sculpteur, arrivé à Paris depuis trois ans seulement, avait livré au Roi six grands guéridons ornés de sculptures destinés à être placés dans le palais du Louvre. Ce travail lui fut payé 720 livres t*. Les guéridons servaient de piédestaux à des girandoles ornées de plaques de cristal de roche ou de verre taillé. C’était une importation italienne qui

fil

fut promptement adoptée en France. Rien, en effet,

io5

n’est plus riche et plus élégant que ces -candélabres soutenus par des tiges ajourées et reposant sur des consoles d’une courbe gracieuse. L’École des beaux-arts en possède qui proviennent originairement des salles de l’ancienne académie de peinture au Louvre. Un sculpteur dont le nom est aujourd’hui oublié, Davau, avait fait pour le Roi, en 1670, quatre grands guéridons également sculptés dans du bois de chêne et dorés. Sir Richard Wallace conserve un piédestal orné de huit cariatides dont on trouve chez M. Beurdeley le dessin original dû à Caffieri.

Antoine Lepautre, architecte des bâtiments du roi (1621-1691?), issu d’une ancienne famille de maîtres menuisiers établis à Paris dans le quartier Saint-Martin, exerça plus d’influence sur les ornemanistes de son temps par ses gravures que par ses travaux d’architecture. Lepautre commença par suivre la carrière paternelle et se fit recevoir maître menuisier; mais il devint bientôt habile dessinateur et grava avec succès ses propres compositions. Il fut nommé successivement architecte-ingénieur des bâtiments du roi et contrôleur général des bâtiments de Monsieur, irère du roi. Antoine Lepautre donna naissance à plusieurs fils qui se signalèrent comme sculpteurs et graveurs. Son œuvre est très considérable et l’on y trouve réunis tous les motifs de la décoration intérieure de la seconde moitié du xvii0 siècle. Ses ornements, moins variés que ceux de Bérain, se distinguent par un style plus noble et par des lignes architecturales mieux pondérées. La majeure partie des tables, des guéridons, des fauteuils et des lits en bois sculpté de cette époque sont tirés des gravures de Le-

pautre; lui-même, en souvenir de sa première profession, a certainement exécuté quelques-unes de ses compositions. Il fut aidé, dans ses travaux de sculp-

ture, par son parent Pierre Lepautre, élève de Magnier. On lui attribuait les tables qui garnissaient les embrassures octogones du Cabinet des médailles à Versailles,

ic8

et que l’on retrouve dans son œuvre. Elles y supportaient les vases les plus précieux de la collection royale, aujourd’hui conservés au Musée du Louvre, Le château de Versailles montre encore quelques-unes de ces consoles; d’autres sont déposées au Garde-Meuble et dans les palais nationaux. L’Exposition rétrospective de l’histoire du mobilier (1882) comprenait de beaux spécimens de meubles rappelant les gravures de Lepautre, où se manifestaient hautement les 'qualités du style noble qui caractérisent les productions du règne de Louis XIV. Les consoles qui se rapprochent le plus de ce maître sont soutenues par des pieds en forme de pilastres rectangulaires, portant des ornements très fins; au-dessus règne une ceinture à losanges fleurdelisés dont le milieu est occupé par un médaillon ajouré. D’autres, plus mouvementées, sont décorées de figures de dragons s’enroulant autour de pieds arqués terminés par des mascarons, ou de cariatides d’un grand caractère dont les gaines, vigoureusement fouillées dans le bois, sont réunies par une galerie à rinceaux découpés. Nous mentionnerons spécialement une étroite console d’applique destinée primitivement à supporter une pendule, dont la partie centrale représente une Renommée placée sur un cippe et entourée de quatre pieds contournés à griffes et à mascarons; c’est l’un des plus gracieux morceaux de l’ameublement du xvn0 siècle. La sculpture sur bois fut chargée de remplacer les ouvrages d’orfèvrerie des Ballin, des Delaunay et des de Villers qui décoraient les appartements du grand roi et que les malheurs de la guerre avaient conduits aux creusets de la Monnaie.

LE MEUBLE SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV» iop

L’exposition de l’histoire du bois comprenait certains meubles qui ne provenaient pas des résidences royales. Le Mobilier national a acquis, à la vente du

château de Bercy, une grande console soutenue par huit pilastres sculptés dans la meilleure manière de Lepautre. MM. Fourdinoiset Duquesne avaient envoyé

deux consoles moins importantes, dont la composition presque identique se ressent également des ornements de Lepautre. Sur toutes ces consoles et ces tables étaient placées des ieuilles de marbres rares ou de matières dures. Celles qui garnissaient les grands appartements étaient l’œuvre des frères Ferdinand et Horace Migliorini, ouvriers en pierres dures, originaires de la Toscane, des lapidaires Branchi et Louis Giacetti, également Toscans, qui avaient été appelés d’Italie par le cardinal Mazarin. Ces ouvriers étaient établis aux Gobelins, où ils travaillaient pour le roi avec l’aide d’un mosaïste français, Letellier. L’atelier, dirigé par Le Brun et auquel Robert de Cotte fournit ensuite des modèles, exécuta un nombre considérable de productions dont la facture est bien inférieure aux ouvrages créés par les artistes employés par les ducs de Toscane. Après avoir végété lors des dernières années de Louis XIV, qui dut restreindre dans une mesure considérable les subsides accordés aux Gobelins, la manufacture des meubles de la Couronne fut fermée sans retour sous le règne de Louis XV, et les Gobelins se bornèrent à l’exécution des travaux de tapisserie.

Les sièges, surmontés de dossiers élevés de forme rectangulaire, ont un aspect d’apparat répondant à la solennité qui caractérise la décoration de ce temps. Dans quelques-uns, les pieds sont disposés en pilastres rappelant les ornements gravés par Lepautre. M. Guéroult possède un fauteuil de bois sculpté et doré, qui était compté parmi les meilleures pièces du mobilier royal. Il porte, sur la galerie du siège, les fleurs de lis unies aux chiffres royaux, et les montants du dossier,

LE MEUBLE SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV. îtl

formant un encadrement fleuronné, sont terminés par un cartouche aux armes du roi surmontées de la couronne. Ce meuble à fond canné est décrit dans les inven-

taires anciens, avant qu’il ait été offert par Louis XIV à l’un des abbés de Corneville-sur-Risle. Nos palais nationaux montrent encore quelques-uns de ces sièges, bien

que la plupart de ceux qui y figurent aient été reproduits fidèlement d’après des modèles que le temps avait mis hors d’usage. L’ameublement des salons et des galeries royales au xvne siècle ne comportait qu’un nombre restreint de fauteuils dont l’usage était réglé par l’étiquette; les courtisans ordinaires se contentaient de carreaux et les privilégiés se servaient de tabourets. Plus tard, ces distinctions furent oubliées et le mobilier royal prit une apparence plus égalitaire. Dans les demeures ordinaires, tous les sièges étaient uniformes et une part moins importante y était réservée à la sculpture.

Les lits présentaient encore la disposition que l’on retrouve dans les gravures d’Abraham Bosse et ne se différenciaient que par l’ampleur et la beauté du travail. Nous avons vu Caffieri sculpter une monture de lit pour les appartements royaux; elle était sans doute complétée par des broderies exécutées dans la maison des Gobelins par Simon Fayette et Philbert Balland, le premier, célèbre par ses figures, et le second par ses paysages. Tous les deux retraçaient les modèles dessinés par les peintres Bailly, Bonnemer et Boulogne. La majeure partie de ces broderies était exécutée sur des étoffes de soie. Le travail le plus impor* tant que ces ouvriers aient terminé était la reproduction en miniature des tentures de l 'Histoire du roi, sur du gros de Tours. Le luxe intérieur prenait chaque jour des développements énormes. Delobel, valet de chambre et tapissier du roi, avait composé pour la chambre de parade (salon de Mercure) à Versailles, un ameublement dont un manuscrit de la Bibliothèque nationale donne la description. Cet ameublement était

LE MEUBLE, Il

(Appartenant à M. Guéroult.)

ri +

entièrement d'étoffe travaillée à l'aiguille, et exécutée de façon à produire l’effet d’ornements empruntés à la peinture, à la sculpture et à l'orfèvrerie. Le sujet représentait le Triomphe de Vénus. Le lit, avec ses pentures, son baldaquin et sa couverture enrichis de dentelles d'or, de perles et de broderies d'or, était accompagné de fauteuils et de sièges, ainsi que de cinq grands panneaux à l’aiguille placés sur les murailles. Ce merveilleux travail fut brûlé en 1785 par le Garde-Meuble pour en retirer l'or1. Le lit actuel de Versailles ne doit sa conservation qu'à la médiocrité de sa broderie au petit point, dont les sujets sont à la fois mythologiques et tirés de l'histoire sainte. On le croit généralement un produit de l'atelier spécial de tapisserie établi dans la maison royale de Saint- Cyr par Mnie de Maintenon, désireuse d’augmenter ainsi la dot octroyée aux jeunes filles qu’elle avait prises sous sa protection, lorsqu’elles sortaient pour se marier. Cette sorte de tapisserie se rencontre assez fréquemment; l’un des plus beaux échantillons que nous en ayons vu figurait à l'exposition de l’histoire du meuble. Il se composait de la garniture d'un lit complet, avec plusieurs pentures d'appartement et six fauteuils. On ne saurait trop en admirer la composition pleine de grâce, à laquelle se joint une étonnante fraîcheur de conservation. Un dessin de la Bibliothèque nationale représente le lit de Louis XIV, au château de Marly, avec ses courtines de velours rouge et ses panaches. Les auteurs du temps rapportent que Mme de Montespan avait offert au duc du Maine un

1. Voy. Thierry. Rapport au Roi : Dépenses du Garde - Meuble, 1789.

fauteuil recouvert de tapisserie au point.

époque de LOUIS xiv. (Collection de M. Barre.)

lit et une tenture faits par Behagle, à Beauvais, coûtant 40,000 écus. M. le duc de Beauffremont possède un lit avec sa garniture complète ayant appartenu au duc de Bourgogne.

Nous terminerons cette revue du mobilier à l’époque du grand roi par une grande pendule qui, par extraordinaire, n’a jamais quitté le palais de Versailles. Placée d’abord dans le salon de Mercure, elle décore actuellement la salle du Conseil. Cette horloge monumentale a été exécutée en 1706, pour contenir un mouvement dû à Morand de Pont-de-Vaux. Le meuble est divisé en deux corps dont le premier, de forme carrée, est divisé en caissons échancrés et plaqués en bois de rose et de violette; au-dessus sont placées les armes royales alternant avec les chiffres du souverain. Aux quatre angles sont des montants de cuivre ciselé, représentant des mascarons et terminés par des pieds de biche. Le mouvement occupe une lanterne à quatre glaces cintrées, soutenues par des pilastres à fleurs de lis et terminés par une coupole. A l’intérieur est disposée une statue du roi couronnée par la Victoire, qui sort d’un temple chaque fois que sonnent les heures. Il est regrettable que l’on ne connaisse pas l’auteur de ce beau meuble, sur lequel nous ne pourrions émettre que des conjectures exposées à être démenties par des découvertes postérieures.

Page 1