CHAPITRE III
LE MEUBLE A l’ÉPOQUE DE LA REGENCE ET SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XV.
§ Ier. — CHARLES CRESSENT.
L’artiste qui caractérise le mieux l’ameublement français, à l’époque de la régence, est Charles Cressent, auquel le duc d’Orléans, alors qu’il exerçait le pouvoir souverain, avait accordé le titre de premier ébéniste de sa maison. La vie de Cressent est peu connue et ses œuvres sont presque toutes à retrouver. On savait seulement qu’il était d'Amiens et qu’il appartenait à une famille de sculpteurs picards, lorsque M. Duthoit, architecte, nous a communiqué une série d’actes de naissance relevés par M. Dubois sur les registres des anciennes paroisses d’Amiens, qui viennent apporter les premières bases d’une étude biographique sur la famille Cressent. Charles Cressent, maître menuisier et Marie Annebique sa femme, eurent un fils François Cressent, né le 9 novembre 1 663 . Ce dernier étudia la sculpture et il a laissé en Picardie plusieurs ouvrages, notamment un groupe de pierre représentant l’Assomption de la Vierge, que l’on voit dans l’hôpital général d’Amiens,
et deux anges adorateurs placés autrefois dans la cathédrale d’Abbeville. On peut joindre à ces ouvrages un Christ de bois, dont le catalogue d’une des ventes de l’ébéniste fait hommage à son père, et diverses sculptures exécutées pour l’abbaye de Corbie et pour quelques édifices d’Amiens dont M. Dubois a bien voulu nous dresser la liste. — François Cressent épousa Marie- Madeleine Bocquet, qui lui donna deux fils : i° François, né le 24 mai 1684, sur la paroisse de Saint-Firmin le Confesseur; 20 Charles Cressent, né le 16 décembre i685, qui devint l’ébéniste du régent: et plusieurs filles, dont la dernière naquit en 1701. M. J. Guiffrey est venu confirmer définitivement ces renseignements en publiant l’inventaire dressé au 10 janvier 1768, lors de la mort de Charles Cressent, qui ne laissait que des héritiers collatéraux h
La carrière artistique de Cressent devait se ressentir des doubles occupations de sa famille. Chez son grand-père, il avait eu l’occasion de s’assimiler les pratiques de l’ébénisterie, tandis que son père lui avait enseigné les principes du dessin et de la sculpture. Ces deux courants se manifestent dans toutes les œuvres de Cressent, qui ne perdait jamais l’occasion de rappeler qu’il était sculpteur et fils de sculpteur.
On ignore à quelle époque François Cressent quitta sa ville natale pour venir à Paris, où il devint sculpteur du roi. Nous ne savons pas davantage comment Charles Cressent connut le Régent, auprès duquel il était en faveur. Il ressort cependant des documents que nous
1. Voy. J. -J. Guiffrey, Nouvelles Archives de l'Art français (Inventaires d'artistes).
avons cités et des renseignements qui les complètent, que François Gressent vit la fortune lui sourire dans la seconde partie de son existence, et que ses œuvres étaient assez appréciées à Paris pour lui permettre d’acquérir un cabinet de tableaux dont son fils vantait plus tard la richesse. L’ébéniste Charles Gressent comptait déjà trente années lors de la Régence1 et était plus