FIG. 3^. MF. DAILLIER DU ROI LOUIS XV
(Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale.)
Le médaillier de Versailles avait été exécuté pour renfermer la suite des pièces en or du règne de Louis XIV, que son successeur désirait conserver près de lui. On le trouve mentionné dans le supplément de l’inventaire des meubles de la couronne, dressé en 1730, avec deux commodes placées dans la nouvelle chambre du roi en 1738.
Le Cabinet des estampes en possède un dessin par Slodtz. Les ‘encoignures qui accompagnent ce meuble semblent postérieures de quelques années, et elles auront probablement été commandées pour contenir la suite commémorative des médailles du règne de Louis XV. Elles portent, au reste, leur date d’exécution sur les jetons qui sont suspendus par des nœuds de rubans, et dont l’un est frappé au millésime de 1747. Le duc de Luynes raconte, dans ses Mémoires, qu’après la destruction du cabinet des Médailles et des raretés à Versailles, les pierres gravées et les médailles restées dans le palais furent placées dans un des cabinets du roi, au bas de la petite galerie. Piganiol de la Force, dans l’une de ses descriptions de Versailles, vient apporter un renseignement de plus, mais son assertion n’est pas rigoureusement exacte. Après avoir parlé de l’ancien cabinet des Médailles, il ajoute que ce précieux trésor n’est plus à Versailles et qu’il a été transporté à Paris dans un magnifique médaillier enrichi du portrait des grands hommes de l’antiquité, qui a été fait par Grodereau, le plus fameux ébéniste du temps. Il est facile de voir que Piganiol commet une erreur en s’exprimant ainsi, puisque nous savons par le duc de Luynes que le médaillier était placé dans les appartements du rezde-chaussée et que, d’après Dumersan, son transport à la Bibliothèque nationale n’eut lieu qu’en 1780. Cette confusion s’explique facilement, si l’on songe que ces meubles étaient dans une partie du palais inaccessible au public et que l’envoi à Paris du reste des collections était très récent. La partie la plus intéressante de la note de Piganiol est celle qui concerne le nom de l’ébé-
niste Grodereau, auquel il attribue l’exécution du médaillier. Nous dirons tout d’abord que nous nous trouvons en face d’une erreur matérielle et que ce nom doit être rectifié par celui de Gaudreau, ébéniste qui a beaucoup travaillé pour les Menus-Plaisirs. On ne connaissait jusqu’ici aucun ouvrage qui pût lui être attribué et nous espérons que des renseignements ultérieurs nous édifieront sur l’exactitude de la note de Piganiol.
Le médaillier de la bibliothèque est disposé en forme de commode à double cintre dont les profils renflés du centre et des côtés sont encadrés de tiges de palmier et d’ornements de style rocaille; au milieu sont quatre médaillons à bas-reliefs représentant des enfants montés surdes chèvres et des divinités mythologiques qui se détachent sur fond bleu. Ils sont entourés par des guirlandes de roses et accompagnés de médailles soutenues par des rubans. La partie dormante du centre se termine par une tête de style antique. Les angles reposent sur des pieds de bronze massif à têtes de béliers. La même décoration se retrouve dans les deux encoignures, à l’exception des médailles qui, comme nous l’avons dit, sont remplacées par des jetons du xvmesiècle. Malgré leur richesse, ces bronzes n’offrent ni la disposition gracieuse ni la légèreté d’exécution de ceux de Cressent. Jamais cet artiste n’eût employé des pieds dépassant sans motif apparent les angles du meuble, qui semblent ne s’y appuyer que par l’effet du hasard. Il semble difficile d’admettre, dans le cas oü le meuble serait de Gaudreau, que cet ébéniste soit également l’auteur de ces bronzes qui, malgré le décousu de leur composition, n’en sont pas moins fort bien ciselés.
L’ameublement des galeries de Versailles, et surtout celui des petits appartements, a été' l’occasion de nombreux travaux commandés aux sculpteurs et habiles modeleurs Antoine Vassé (1683-1736) et à son fils Louis- Claude (17 19-1772). Cette résidence a conservé dans la chapelle, dans le salon d’Hercule et dans quelques