DEC UIVRE CIS EL É
(Palais de Fontainebleau.)
enrichis de peintures exécutées sur fond d’or et vernies pour la décoration des appartements et meme du mobilier; mais ce ne sont pas encore des véritables vernis destinés à rappeler les produits orientaux. Les frères Audran, habiles graveurs et dessinateurs féconds, demeurant au Luxembourg, exécutaient des
ouvrages de dorure d’or bruni, pour lesquels ils avaient obtenu un privilège. Tous les curieux connaissent ces légères figures peintes sur fond d’or qui décorent des lambris, des clavecins du temps de Louis XIV, et dont on ne peut trop admirer l’effet décoratif. Une des premières indications d’un travail de vernis se trouve dans le Livre commode de Pradel, publié en 1692, et si précieux pour l’état des sciences et des arts à la fin du xvne siècle. Il signale Le Roy à l’entrée du faubourg Saint-Antoine, vis-à-vis le Croissant, comme peignant toutes sortes de meubles en vernis de la Chine. Il ajoute que Langlois père et fils aîné font des paravents et cabinets façon delà Chine d’une façon supérieure; ils demeuraient grande rue Saint-Antoine, près celle de Charonne. Langlois le cadet, rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat, chirurgien, excellait pour les figures et ornements de la Chine. En i655, Louis le Hongre enrichissait de peintures de vernis deux cabinets à Versailles, et il exécutait des peintures du même genre à Versailles (Comptes des Bâtiments du Roi). Martin Dufaux est porté sur ces comptes pour des travaux similaires. La tentative des Martin avait donc eu des précurseurs dont il serait facile de grossir le nombre par des recherches plus suivies. Leur véritable mérite est d’avoir perfectionné les procédés employés par leurs devanciers et d’avoir donné une grande extension à cette nouvelle production de l’art industriel.
La famille des Martin, sur laquelle il reste beaucoup à apprendre, était sortie du faubourg Saint-Antoine. Étienne Martin, tailleur d’habits, époux de Claude Glau, devint le père de quatre fils : Guillaume, Simon-
Étienne, Julien et Robert, qui furent tous maîtres peintres -vernisseurs. Comme les artistes que nous avons précédemment cités, les Martin se proposaient simplement d’imiter les laques de Chine. C’est en travaillant à surprendre les procédés orientaux qu’ils découvrirent la composition nouvelle, qui obtint immédiatement une vogue inouïe. Ils l’appliquèrent d’abord à la décoration des carrosses et des chaises à porteurs; mais bientôt elle s’étendit aux meubles et à tous les ustensiles de la vie privée. Deux arrêts du Conseil, en date du 27 novembre 1730 et du 18 février 1744, permirent à Simon-Étienne Martin le cadet, exclusivement à tous autres, à l’exception de Guillaume Martin, l’aîné de la famille, de fabriquer pendant vingt ans toutes sortes d’ouvrages en relief de la Chine et du Japon ; en 1748, leurs divers établissements furent déclarés : Manufacture Nationale. Ces fabriques étaient au nombre de trois : faubourg Saint-Martin, faubourg Saint-Denis et rue Saint-Magloire. Les frères semblent avoir vécu et travaillé ensemble. L’aîné, Guillaume, qui avait épousé Marie Lamy, demeurait encore, en 1713, dans le faubourg Saint-Antoine et prenait le titre de maître-peintre, lorsqu’il fit baptiser son fils Guillaume-Jean Martin. Ce dernier, à i’àge de dix-huit ans, épousa, en 1731, Claude-Marguerite Rousseau, en présence d’Étienne Martin, maître-peintre, demeurant faubourg Saint- Martin, et de Julien Martin, maître-peintre, demeurant faubourg Saint-Laurent, ses deux oncles paternels. Robert Martin, le plus jeune des quatre frères, le seul dont on connaisse la date de naissance (1706), épousa en t 733, à l’église de Saint-Laurent, devenue la paroisse
de la famille, Marie-Jeanne-Geneviève Papillon, en présence de ses frères Guillaume, Julien et Étienne- Simon Martin. Il mourut rue du faubourg Saint-Denis, le 3 avril 1/65, âgé de cinquante-neuf ans. L’acte mortuaire qui fut dressé en cette circonstance à Saint- Laurent lui donne le titre de peintre-vernisseur du Roi. Robert Martin laissait trois fils : André-Germain, Jean-Alexandre et Antoine-Nicolas. Deux d’entre eux seulement embrassèrent la profession de leur père; ce sont Jean- Alexandre, qui se mariant à l’âge de vingtneuf ans, en 1767, s’intitula : Vernisseur du roi de Prusse, fils de feu Robert Martin, et Antoine-Nicolas Martin, peintre, qui se maria la même année que son frère.
Les quatre membres de la famille exécutaient conjointement les différents travaux qui leur étaient demandés de tous les côtés ; il en résulte qu’on ignore ce qu’il faut attribuer spécialement à chacun d’eux. L’un de ces vernisseurs fut employé de 1749 à 1756 à des peintures exécutées dans les appartements du Dauphin et de la Dauphine, à Versailles. A ce moment, on détruisit les beaux ouvrages que Boulle avait faits pour les cabinets du fils de Louis XIV, et on les remplaça par une décoration nouvelle, plus en rapport avec la mode du jour. Les Martin y peignirent en vert un cabinet pour le Dauphin et une autre pièce décorée de fleurs et d’oiseaux en miniature, mêlés à des cartouches dans le goût de Bérain. La promptitude avec laquelle ces travaux avaient été exécutés entraîna leur destruction ; il fallut les remplacer par des sculptures peintes en relief et vernies, se détachant sur des encadrements et
sur un fond de menuiserie de couleur blanche. Ces ornements ont disparu à leur tour, faute d’entretien et par suite des travaux de restauration du château sous le roi Louis-Philippe; à peine en retrouve-t-on quelques