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AVEC APPLIQUES DE BRONZE

(Pa’ais de Fontainebleau.)

traces sous le badigeon qui couyre les boiseries. Peu de temps après, ils peignirent le cabinet de Madame Victoire. La marquise de Pompadour, cette grande bâtisseuse, s’adressa également à l’un des Martin pour les embellissements de son château de Bellevue. Vers 1752,

le vernisseur employé par elle toucha 58, 208 francs pour ces travaux. En même temps, Lazare D u-vaux lui vendait sans relâche des meubles, des boîtes et des ustensiles de toute sorte, sortant des ateliers de ces vernisseurs, auxquels fut confiée, à diverses reprises, la restauration des laques du Japon dont la favorite possédait une immense collection.

Les auteurs du temps, qui ont si souvent parlé des vernis Martin, les uns pour en faire la dernière expression du luxe, les autres les proscrivant comme signe de la dégénérescence des mœurs, nous donnent parfois des renseignements sur cette fabrication. Mme de Graffigny, décrivant en iy38 les appartements de Mme du Châtelet à Cirey, dit qu’un des plafonds était peint et verni par un élève de Martin, qui y travaillait depuis trois mois. Elle ajoute que le château renfermait des encoignures admirables de laque. Voltaire, qui présidait avec la marquise à ces embellissements, était lui-même très enthousiaste de l’art des Martin.

Il semble qu’après la mort des frères Martin leurs fils se séparèrent. On trouve, en effet, dans le Géographe parisien de 1769, que la manufacture pour les beaux vernis était faubourg Saint-Martin et rue Saint-Merri, à l’hôtel Jabach. Sur V Essai général d’indication de la même année sont portés deux Martin, peintres pour les voitures, l’un faubourg Saint-Martin et l’autre faubourg Saint-Denis; c’étaient encore les anciennes manufactures de la famille. La décoration des carrosses était toujours la principale occupation de ces vernisseurs.

Dans l’acte de décès de Robert Martin, son fils Jean- Alexandre prit le titre de vernisseur du roi de Prusse.

Ce n’était pas une fonction honoraire; il fut appelé à Sans-Souci par le grand Frédéric et peignit, dans le nouveau palais, le cabinet tout entier du roi. Les résidences de Sans-Souci et de Potsdam sont, en grande partie, l’œuvre d’artistes français que ce prince avait fait venir à sa cour. Il recherchait les tableaux de Watteau et de son école, en même temps qu’il demandait à Boucher des modèles pour les montures des vases précieux, actuellement conservés dans les pièces de Sans- Souci. Amédée Van Loo peignait les cartons de ses tapisseries. Pesne faisait les portraits de la famille royale, tandis que Coustou, Vassé et Pigalle lui envoyaient leurs meilleurs marbres. Un autre vernisseur parisien, le sieur Chevalier, fut chargé de décorer un second cabinet de forme ovale, dans le même château. Enfin et pour montrer la promptitude avec laquelle l’esprit germanique a su, à toutes les époques, s’assimiler les découvertes françaises, la quatrième chambre de l’ancien château de Sans-Souci est décorée d’un beau vernis à la Martin, dont les ornements sont tous en relief : ce sont des fleurs, des oiseaux et des fruits, tous coloriés d’après nature sur un fond jaune et très bien exécutés par Oppenhaupt le jeune1. Ces produits de l’art du vernisseur sont les mieux conservés qui existent, et ceux qui voudraient connaître le caractère des œuvres décoratives des Martin devront faire un voyage en Prusse; notre pays ayant laissé disparaître les beaux spécimens qu’il possédait de cette fragile composition.

La véritable originalité du talent de Robert Martin

1. Voy. Description des deux palais de Sans-Souci, par Mathieu Osterreich, 1773.

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est non pas d’avoir répété servilement les laques orientaux, mais d’avoir su détacher ses ornements et ses peintures sur ces fonds pailletés d’or, qui donnent tant d’éclat aux boîtes et aux ustensiles du Japon. Les sujets qu’il peignait habituellement sont des pastorales, des scènes galantes ou des allégories mythologiques; ils sont entourées d’une bordure à cadre sur laquelle courent des guirlandes de fleurs. Tout le champ est formé par un semis de poudre d’or jeté sur un champ aventuriné, bleu lapis ou vert émeraude, qui atténue la crudité de ces tons. C’est sur les panneaux des carrosses et des chaises à porteurs que l’art des Martin brille de tout son éclat. Nous ne saurions en citer un meilleur exemple que la grande voiture d’apparat, dont la caisse est ornée de figures champêtres et de guirlandes de fleurs sur fond vert aventuriné, qui fait partie des collections du Musée de Cluny. Ce carrosse, qui n’a subi aucune retouche, est de fabrication française, quoiqu’il ait été acquis à Milan. Il est à craindre que son exposition dans une salle humide n’occasionne des dégradations qui sont déjà sensibles et qui iront sans cesse en s’aggravant, si la conservation ne prend pas des mesures pour arrêter cette détérioration. Le Musée de Cluny possède encore plusieurs panneaux détachés, probablement d’une magnifique chaise à porteurs. On voit, au reste, passer assez souvent dans les ventes des * spécimens de ces meubles portatifs dont les peintures vernissées sont fort belles. Les Martin ont également construit des traîneaux dont le goût était très répandu à leur époque. Le Musée de Cluny en possède un spécimen à fond vert uni, d’une exécution identique aux

pièces précédemment citées. Le Musée des voitures du palais de Trianon renferme plusieurs traîneaux et chaises à porteurs dont les plus anciens remontent à Louis XIV, et les autres datent de Louis XVI, mais cette collection n’a rien qui rappelle les beaux vernis de Martin, et le traîneau le plus remarquable qui y figure ne mérite d’attirer l’attention que par la hardiesse et la franchise de sa sculpture en bois doré. Les grandes collections de Madrid, de Lisbonne et de Moscou, si riches en équipages princiers, sont mieux partagées en ce genre que le dépôt de Trianon.

La quantité de meubles décorés de vernis imitant le laque à fond noir, sur lequel se détachent des pagodes, des animaux et des paysages est innombrable. O11 manquerait absolument de données pour en faire le classement, les spécimens vraiment authentiques et vierges de restauration, qui représentent des sujets européens sur fond mordoré, étant fort rares. La majeure partie de ceux qui sont cités dans les catalogues des collections Gaignat, Blondel de Gagny et d’autres cabinets n’existent plus ou sont confondus avec des œuvres anonymes. Nous nous bornerons à signaler comme les plus belles pièces que nous connaissions, les deux encoignures qui font partie de la collection de M. le baron Alfred de Rothschild, à Londres. Le palais de Fontainebleau avait envoyé à l’Exposition rétrospective de l’histoire du mobilier plusieurs commodes de facture assez ordinaire et de forme cintrée, qui semblent dater du règne de Louis XV. La plus intéressante, d’une dimension restreinte, est soutenue par des pieds élevés, d’un profil élégant; elle est décorée de

deux touffes de fleurs très habilement disposées. Une seconde provenant également de ce château, n’offre pas une grâce égale, bien qu’elle ait été sans doute exécutée pour faire partie du même ameublement. Les détails des fabriques et du paysage manquent d’unité, et la proéminence des tiroirs la rend particulièrement lourde.

Il y a quelques années, les anciens hôtels de Paris renfermaient encore des décorations peintes par les Martin. Nous ne croyons pas qu’il en existe actuellement, et le dernier que nous ayons vu avait été placé dans l’hôtel Pontalba, après avoir été enlevé de l’hôtel d’Havré. Les panneaux étaient revêtus de personnages et de pagodes se détachant en or sur un fond noir, d’un travail assez sommaire. D’autres fragments, d’un meilleur style, avaient été acquis à la vente du marchand Monbro pour les collections de Fhôtel Carnavalet. Deux dessus de porte, entourés d’une bordure de bois découpé avec la plus grande richesse, sont les parties les mieux conservées de cet ensemble. Ils représentent des sujets de chasse et de pêche en Chine, et permettent d’apprécier une nouvelle face de cet art spécial, celui du vernis appliqué sur des ornements en relief.

Nous avons peu de renseignements sur le vernisseur Chevalier, qui a travaillé à Sans-Souci. Il avait été employé au château de Bellevue en même temps que Martin, et, en 1752, sa veuve reçut 6,520 francs pour les travaux de sculpture exécutés par lui. Il est présumable que ce vernisseur était en même temps ébéniste, car il existe plusieurs petits meubles, de style

LE MEUBLE SOUS LE REGNE DE LOUIS XV. i

Louis XV, estampillés : Chevalier. Il finit sa carrière à Berlin, où le roi fit bâtir en 1705, une maison à Montbijou, pour y installer ses ateliers de vernis. Che-

valier y exécutait des voitures, des chaises et des meubles à la façon des Martin de Paris1.

Gérard Dagly, de Liège, intendant des Bâtiments royaux, imitait les vernis de la Chine avec un grand talent. C’est lui qui avait peint en vernis les armoiresdu cabinet des Antiques et les meubles du château royal. Georg Stobwasseur fabriquait toutes sortes de tables et d’encriers de carton verni à l’épreuve de l’eau bouillante.

fig. 55.

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