ENCOIGNURE DE IA QU E AVEC ORNEMENTS DE CUIVRE CISELÉ, PAR CARLIN
(Musée du Louvre.)
Musée du Louvre. Il est orné de bronzes dont la composition et la ciselure peuvent être citées parmi les meilleures productions de la fin du xviii0 siècle. Sur
le couronnement du cadran est placé un groupe d’enfants; au milieu de la gaine qui le supporte se voit le masque du soleil. Ces cuivres, auxquels une dorure admirablement conservée donne l’aspect d’une pièce d’orfèvrerie, ressortent sur un fond de bois de diverses nuances. Quoique non signé, ce baromètre se rapproche, par le style de ses ornements, de la belle horloge à pied faisant partie des collections du Conservatoire des arts et métiers, et portant l’estampille de M. Carlin avec la date de 1^79, que nous avons déjà signalée. L’on ne connaît pas le nom de l’artiste qui modelait les bronzes décorant les meubles de Carlin. On retrouve assez souvent, sur les œuvres de ce dernier et sur celles d’ébénistes de mérite inférieur des motifs qui figurent sur les productions de Riesener. Il faut en conclure que ces bronzes se trouvaient dans le commerce et que les grands ébénistes ne s’adressaient directement aux sculpteurs et aux modeleurs que lorsqu’ils avaient à exécuter des commandes artistiques.
On peut placer près de Carlin un ébéniste qui a souvent travaillé avec lui, Jean Pafrat, reçu maître en 1785 et habitant la rue de Charonne. Il avait épousé, le 28 août 1780, dans l’église de Saint-Laurent, Thérèse Ruthen, en présence de Nicolas Petit, ébéniste au faubourg Saint-Antoine; d’Antoine Balton, ébéniste, rue Montmartre; de Nicolas Waflard, maître doreur, rue Guérin-Boisseau, et d’André Luguet, maître tapissier, rue Transnonain. Le Jones-bequest au South Kensington Muséum, contient une table -pupitre de“ forme carrée, dont la tablette est formée par une plaque de vieux Sèvres représentant les attributs de la musique, et
une table ronde à chocolat avec une plaque de Sèvres à
paniers de fleurs, qui portent les estampilles associées de
COMMODE EN L A Q U E AVEC CUIVRES CISELES, PAR CARLIN. (Musée du Louvre.)
Carlin et de Pafrat. Ces deux pièces délicieuses passent pour avoir été offertes à Fambassadrice d’Angleterre lady Aukland par la Reine; mais l’inventaire des meubles de la Reine, dressé lors de la Révolution, décrit le pupitre à musique comme figurant au château de Trianon. Il existe, au reste, des meubles identiques dans d’autres collections. On voit aussi, dans le palais de Fontainebleau, un chiffonnier et une commode d’un travail plus négligé et qui datent probablement de la dernière partie de la vie de Pafrat, qui se prolongea assez tard.
Nous avons déjà cité, à propos des ouvrages de Boulle,le nom de Philippe-Claude Montigny, habitant la cour de la Juiverie, et reçu maître le 29 janvier 1766.
Cet ébéniste s’appliqua principalement à reproduire des oeuvres d’André Charles, et il fut chargé par la Cour d’exécuter un nombre considérable de meubles dans ce style. Le travail le plus important que l’on connaisse de lui est la suite d’armoires basses à vantaux décorées 4 de médaillons commémoratifs du règne de Louis XIV, dont le Garde-Meuble conserve la majeure partie, que l’on voyait au palais des Tuileries avant 1871. D’autres * copies similaires appartiennent à des particuliers, et si ces pièces 11e présentent pas le caractère vigoureux des productions originales de Boulle, il faut reconnaître cependant qu’elles sont bien supérieures à la majeure partie des imitations faites d’après ce grand ébéniste. Montigny possédait une manière spéciale en dehors de son aptitude à reproduire les anciens chefsd’œuvre. Il a laissé, chez M. le comte de la Béraudière, une table dont les angles sont enrichis de jolis bronzes
à draperies dans le goût de Delafosse, qui provient du château de Sceaux, appartenant au duc de Penthièvre.
ïl employait le plus souvent l’ébène pour la fabrication de bureaux plats et de soclés destinés à soutenir des bustes et des vases.
Dans les travaux qu’il avait été chargé d’exécuter pour la reproduction des médailliers de Louis XIV, Montigny fut aidé par un habile ébéniste , Etienne Levasseur, demeurant dans la rue du Faubourg-Saint- Antoine et admis à la maîtrise le 17 décembre 1766.
Levasseur, à en juger par le nombre de pièces qu’il a marquées de son nom, fut un fabricant très actif, et les meubles créés par lui sont d’une exécution fort soignée. Malgré l’époque de sa réception, nous ne connaissons rien de cet ébéniste qui n’appartienne au style de la fin du xvme siècle. Un des traits caracté-
ristiques de son mobilier paraît être la présence d’une galerie de cuivre à balustre qui se trouve placée sur les tablettes de marbre blanc des pièces qu’il exécutait. Au Musée du Louvre figure depuis 1871, un bureau de bois d’acajou, de forme basse, qui est surmonté d’un cartonnier à pilastres de cuivre doré. Deux encoignures présentant le même décor, et faites originairement comme le meuble précédent pour le château de Bellevue, sont aujourd’hui conservées au petit Trianon. Le même palais a reçu un petit bureau de dame, taillé dans le bois d’acajou et orné de bronzes ciselés. La perfection et le goût des ornements appliqués sur les coins arrondis de cette table en font l’un des meubles le plus souvent reproduits par notre industrie contemporaine. Le Garde- Meuble, le Musée du Louvre et le palais de Fontainebleau possèdent d’autres pièces de Levasseur qui présentent de grandes analogies avec celles que nous venons de citer. Dans la série des imitations de Boulle^ cet ébéniste s’est montré très habile. Deux commodes en bois d’ébène, avec angles et encadrements revêtus de marqueterie de cuivre et d’étain, exécutées par lui, portaient chacune huit tiroirs formés par des plaques de laque ancien. Ces meubles, qui ont passé dans la vente récente du duc d’Hamilton, ont atteint, par suite de la belle ciselure de leurs bronzes, un prix considérable, bien que plusieurs amateurs, n’y retrouvant pas la pureté des œuvres de Boulle, y aient relevé plusieurs dissonances dans le style. M. le baron d’Aubignv possède plusieurs grandes pièces d’ameublement, copiées de Boulle, qui ont été exécutées pour le fermier général M. Mulot de Pressigny, par E. Levasseur. Nicolas-
Pierre Séverin, rue Dauphine (26 juillet 1757), a con-
« 'bonis . ofc'l
FIG. 77. — PETIT BUREAU EN BOIS D’ACAJOU ORNÉ DE CUIVRES CISELÉS, PAR E. LEVASSEUR. (Palais de Trianon.)
cauru également à l’exécution du mobilier rétrospectif exécuté pour les Tuilleries, et il a estampillé deux des
Mï
gaines accompagnant les pièces fabriquées par Montigny et par Levasseur. On peut supposer, d’après cette facilité d’imitation, que ces trois ébénistes avaient reçu par tradition les leçons de Boulle.
§ 4. — G. BENEMAN
Depuis longtemps on classait parmi les œuvres deRiesener plusieurs grands meubles conservés dans les châteaux de Fontainebleau . et de Saint- Cloud. L’exposition rétrospective, organisée en 1882 au palais de l’Industrie, a fait retrouver le nom de leur véritable auteur, dont l’histoire artistique n’avait pas conservé le souvenir. Ces meubles portent l’estampille nettement imprimée de Guilvi a. 73. laume Beneman, demeu-
taüle de déjeuner, rant rue Forest et reçu par carlin et pafrat maître menuilie r-ébériiste ,
(Musée de South-Kensington.) 10 1 n r xx
le 3 septembre 178a. Dans son étude sur le mobilier, M. Paul Mantz a ajouté d’après l’Almanach des commerçants, que Beneman travaillait encore en 1802. Nous en serions réduits à ces brèves indications, si les mémoires des ouvrages exécutés en 1786 pour le service du Garde-Meuble ne nous ap-
prenaient de quelle importance ont été les travaux de Beneman pour l’ameublement des résidences royales. On sait que la manufacture des meubles de la Couronne, négligée dans les derniers jours du règne de Louis XIV, fut complètement supprimée par son successeur.
A diverses époques, les fournitures ordinaires du Garde- Meuble furent payées par un adjudicataire- régisseur , chargé de solder par avance toutes les dépenses d’entretien et qui produisait un mémoire général à la fin de chaque semestre ou à l’expiration de l’année. Ces fournisseurs s’adressaient à des sous -entrepreneurs qui exécutaient tous les travaux neufs et les réparations de l’ameublement. La suite complète des mémoires présentés à l’Intendant général du Garde- Meuble a été dispersée et il n’en subsiste que des débris conservés aux Archives nationales et à la Bibliothèque naionale, dont la plus curieuse partie est libellée par le sculp-
F 1 G. 8o. BAROMÈTRE.
FIG. 8l. COMMODE AVEC BAS-RELIEFS EN BRONZE DORE, PAR G. BENEMAN.
teur- ornemaniste Hauré (nommé de Hauré dans le catalogue des Salons de Saint- Luc), qui était le fournisseur en titre du Garde-Meuble dans les dernières années du règne de Louis XVI.
Les mémoires de Hauré sont particulièrement intéressants en ce qu’ils donnent le nom des artistes qui travaillaient pour la couronne. Beneman figure dans ces comptes comme l’ébéniste à qui l’administration s’adressait ordinairement pour l’entretien de l’ameublement; on le voit établir au Garde-Meuble, à Fontainebleau et à Compiègne des boutiques qui n’eussent pas été nécessaires s’il avait existé un atelier central à Paris. Cette organisation n’empêchait pas, au reste, l’intendant d’acquérir des objets mobiliers directement de divers ébénistes, ou de faire à des artistes tels que Riesener et Roentgen des commandes dont la dépense était postérieurement régularisée. Non seulement on retrouve dans ces comptes la description des ouvrages exécutés par Beneman, mais encore ils portent les noms des modeleurs, des fondeurs et des ciseleurs qui ont été appelés à y concourir. Nous citerons les détails relatifs à l’établissement d’un bureau plat destiné à accompagner le grand secrétaire de Riesener dans le cabinet intérieur du Roi, à Versailles. Le modèle en cire avait été fait par le sculpteur Martin d’après les ornements de Duplessis qui décoraient l’ancien bureau. Le peintre Gérard avait peint les fleurs, les fruits et les madrépores qui devaient servir de modèles aux marqueteurs. Ces peintures avaient été transportées sur papier par Bertrand et découpées en dix parties comprenant huit panneaux de fruits et de coraux et deux aux ch i if res du Roi. Ces composi-