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FIG. 82. COMMODE A COINS ARRONDIS

en bois d’acajou, ornée de motifs en bronze GISELE, par g. beneman

(Musée du Louvre.)

tions avaient été traduites en marqueterie par Guillaume Kemp. La garniture de cuivre avait été demandée pour la ciselure à Bardin, pour la dorure à Thomire et à Galle. Beneman avait exécuté toute l’ébénisterie de ce meuble, dont le coût total s’était élevé à 5,716 francs, et dont il faut espérer qu’un jour la trace sera retrouvée. Pour la production de commodes et de secrétaires à cariatides, on le voit travaillant avec le modeleur d’ornements Martin et le sculpteur Boizot, et s’adressant pour la fonte des cuivres à Forestier, pour la ciselure à Thomire, à Bardin, à Tournay, et pour la dorure à Feuchère et à Galle; mais on ne trouve mentionnée aucune collaboration commune entre Gouthière et Beneman.

Il ne serait pas possible de reproduire dans cette étude l’indication de tous les travaux exécutés par Beneman pour l’administration du Garde-Meuble. Cette nomenclature mériterait assurément d’être publiée et elle aiderait à retrouver bien des meubles dont la destination première est aujourd’hui oubliée. Nous nous bornerons à signaler les œuvres principales encore subsistantes de cet artiste, qui est venu récemment reprendre la place à laquelle ses travaux lui donnent le droit de prétendre. On a vu pendant longtemps dans la chambre à coucher de la Reine, à Fontainebleau, deux grandes commodes qui sont exposées, depuis 1882, dans les salles du Musée du mobilier national. Ce sont deux meubles de bois d’acajou, dont la forme cintrée est décorée de bronzes ciselés du plus admirable travail. Au milieu est un médaillon central, en pâte de biscuit, représentant une scène antique, entouré de fleurons enroulés avec une inépuisable orofusion et rattaché à la ceinture

par des rubans sortant d’une gueule de lion. Les pieds cannelés et à toupie sont terminés par des chapiteaux à feuilles d’acanthe. Sur la frise court une poste à feuillage et les écoinçons du cintre sont également occupés par des tiges d’arbustes et de fleurons. Les côtés présentent des plaques de vieux Sèvres à bouquets peints sur pâte tendre, unique spécimen qui nous soit resté d’une industrie artistique qui fut l’une des gloires de notre pays, et dont nous possédions jadis des trésors qui seraient aujourd’hui sans prix. Les appartements de Fontainebleau ont conservé une troisième commode d’une exécution moins précieuse peut-être, mais qui par la largeur de sa composition prend place parmi les meilleures pièces de l’ameublement à l’époque de Louis XVI. Disposée comme les précédentes, elle offre dans sa partie principale un cintre au milieu duquel se voit un grand bas-relief de cuivre ciselé représentant des armes et des trophées militaires accompagnés de branches de chêne et de laurier. Les quatre pieds simulant des faisceaux de licteur se terminent par des serres d’aigle reposant sur des boules. Ce meuble, d’un grand style, trahit à première vue les préoccupations de cette recherche de l’antique, que nous avons vues apparaître timidement dans les dernières années du règne de Louis XV, avant d’être adoptée sans conteste par la mode. Pour son exécution, Beneman s’était associé avec l’ébéniste Joseph Stockel, demeurant rue de Charenton et admis à la maîtrise en 1775, dont M. Crispin possède une commode d’un bon goût. On suppose que la composition de ces grandes pièces est de Jean-Démosthène Dugourc, nommé en 1780 dessinateur du cabinet du comte de Provence, qui a fourni

de nombreux modèles à l’industrie et qui s’efforça d’introduire la réforme dans les costumes et les décorations du théâtre de l’Opéra. M. Beurdeley possède un recueil de dessins, qu’il serait difficile d’attribuer à un autre artiste qu’à Dugourc, dans lequel on retrouve un grand nombre de meubles destinés aux demeures royales. Parmi eux figure un motif de commode portant les armoiries du roi d’Espagne, qui offre la plus grande analogie avec celle de Fontainebleau. Dugourc avait été chargé de faire exécuter, pour la cour de Madrid, plusieurs meubles conservés en partie dans le palais royal de cette ville. Malgré la facilité des compositions de Dugourc, il faut reconnaître qu’elles sont souvent empreintes de froideur et qu’elles sont par suite inférieures aux gracieux modèles contemporains de Cauvet, de Delalonde et de Salembier.

Les salles des dessins du Musée du Louvre renferment des œuvres de Beneman qui ne le cèdent en rien aux précédentes. On y voit une grande commode de bois d’acajou à côtés arrondis, dont le panneau central représente une couronne de fleurs avec des instruments de chasse, des branches d’arbre et deux colombes de cuivre découpé, se détachant sur un fond de bois d’acajou. Les montants à pilastres rectangulaires et rubannés soutenant des attributs allégoriques sont surmontés de chapiteaux corinthiens entre lesquels sont suspendues des guirlandes ; les pieds sont formés par des serres d’aigle. Un meuble semblable enrichit les collections de Sir Richard Wallace. Dans une autre salle sont deux consoles-buffets à coins arrondis et à gradins en bois d’acajou, dont les ornements de cuivre sont appli-

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qués sur des panneaux rectangulaires de bois d’ébène. Le motif central représente deux tiges de lis réunies

par une guirlande de roses retraçant la lettre A, qui rappelle la destination royale de ces meubles, commandés pour le château de Saint- Cloud. Au milieu de ces ornements figure l’inévitable carquois que Dugourc s’est plu à introduire dans toutes ses compositions. Nous aurons terminé la description des meilleures productions de Beneman, quand nous aurons signalé un bureau plat d’acajou, orné de bronzes ciselés d’une

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