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piteaux à feuilles d’acanthe d’un bon travail. Sur les tiroirs mortaisés du secrétaire se lit une inscription en bois de rapport, qui se termine dans l’intérieur de la commode : Dédié à Napoléon Ier, empereur des Français, par son très obéissant serviteur Mansion. Ces deux pièces, qui ont fait partie de l’ameublement de la Malmaison, sont aujourd’hui conservées au Garde-Meuble national. Une commode du château de Trianon porte l’empreinte de Marcion, sur lequel nous n’avons pas rencontré de renseignements. Michel-Charles-Jacques- Urbain Lemarchand, demeurant rue Saint-Louis au Marais, reçu le 16 avril 1777, a vu sa vie se prolonger assez longtemps pour fournir au mobilier de Compiègne une grande console en acajou soutenue par des griffons de bois doré. On voit au Garde-Meuble national un guéridon en racine d’orme garni de bronzes et de marqueterie et une série de sièges exécutés par Jean-Antoine Bruns, demeurant faubourg Saint-Antoine et admis à la maîtrise, le 17 mai 1782. D’autres sièges du palais de Fontainebleau sont signés par Jean-Pierre Louis, demeurant rue du Jour, dont la réception date du 5 septembre 1787. Après avoir retrouvé ces noms sur des ouvrages peu importants, on regrette de laisser parmi les pièces anonymes une commode et un bureau de bois d’acajou, ornés de bronzes ciselés à décor de sphinx d’un très bon style, qui sont placés au Grand Trianon. Dans son Histoire de l’Art, M. Dussieux cite un fabricant de meubles en renom, Alexandre, comme travaillant en 1790 sur les dessins de David. Un ébéniste de ce nom habitait, en 1753, la rue des Fossés-Monsieurle- Prince, mais il n’est pas supposable qu’il ait vécu
jusqu’à l’époque révolutionnaire. Un autre ébéniste, Tolomé, demeurant rue des Gravilliers, 6, est indiqué dans le catalogue de M. de Choiseul Gouffier ( 1 8 1 8 ) comme ayant restitué habilement deux grands meubles de laque faisant partie de cette collection.
La restauration des résidences impériales comportait une série de grands ouvrages décoratifs en bronze ciselé par Thomire (Pierre-Philippe, 1751-1843), pour servir de torchères, de candélabres, de consoles, de supports de vase. La majeure partie de ces pièces était composée par les dessinateurs Percier et Fontaine, auxquels était confié tout ce qui regardait les commandes faites par la liste civile. Thomire, dont la carrière se prolongea si longtemps, avait docilement adopté le style classique du nouveau régime qui lui valait tant de travaux. Les fondeurs Ravrio, Delafontaine, Damerat, Cahier et Cheret ont également produit des œuvres importantes destinées à l’ameublement des palais.
On ne saurait faire mieux comprendre les principes sur lesquels s’appuyaient les administrateurs auxquels était confiée la mission d’encourager la production artistique, qu’en reproduisant les termes du rapport présenté par M. de Champagny, surimposition industrielle de 1806. Parmi les ébénistes, il cite : Jacob Desmalter, rue Mêlée, médaille d’or, l’an IX, a reparu à l’exposition de l’an X : talent supérieur dans sa partie, aurait obtenu la médaille d’or s’il ne l’avait déjà; — Burette, rue Chapon au Marais, 22, a exécuté avec une précision remarquable plusieurs meubles en orme noueux,
dans lesquels le talent de Fébénisterie est porté à un haut degré de perfection, 2e médaille; — Papst, rue de Charonne, 7 ; — Neckel, grande rue du faubourg Saint- Antoine, ont présenté des meubles enrichis d’ornements, fabriqués avec soin et avec goût; — Baudon-Goubaud, aux petites Ecuries, faubourg Saint-Denis, qui le premier a imaginé de substituer Forme noueux au bois d’Amérique. Dans la tabletterie et les ornements, Biennais avait exposé un nécessaire très riche et une pièce d’ébénisterie ornée de bronzes dorés d’un goût parfait; — Frichat, rue des Jardins -Saint-Paul, 3, une collection de bordures et de cadres ornés en marqueteries de cuivre, d’acier et d’or fabriqués à l’emportepièce; — Lemaire, fabricant de nécessaires, rue Saint- Honoré, 154; — Rascalon (Antoine), faubourg Saint- Denis, 144, qui a employé pour décorer les meubles des ornements dorés peints sous verre. (Nous avons vu de cet artiste des décorations de clavecins et des tablettes de cheminée d’un goût charmant et finement exécutées); — Gardeur, 3o, rue Beaurepaire, qui continuait à mouler ses ornements en carton peint et verni.
On voit quels faux principes prévalaient alors dans les régions officielles, et combien la partie artistique était négligée au profit de procédés techniques qui n’eussent été qu’un jeu pour les anciens maîtres. E11 moins de quinze années, que de terrain perdu, et quelle distance sépare les meubles de Riesener de ce mobilier d’orme noueux, qui semblait, sous l’Empire, le dernier degré de la perfection atteint par Fébénisterie! La matière tendait à devenir l’objet principal, tandis que les
artistes des deux derniers siècles ne l’employaient que pour la transformer au moyen de leur génie. Il est inutile de s’étendre sur ces considérations, qui dénotent une aberration complète du goût public. Le mal que nous signalons ne tarda pas à s’aggraver avec la disparition des derniers ébénistes du xvme siècle et de ceux qui, nouveaux venus, s’attachaient à égaler les procédés de fabrication qu’ils avaient vu employer par les survivants de l’ancien régime. L’ébénisterie alla déclinant sans cesse pendant la période de la Restauration et sous le règne de Louis-Philippe, pour tomber absolument dans la pratique industrielle. Seul, l’ameublement de luxe continuait à végéter, en répétant les modèles dessinés par Percier pour les palais impériaux. Ce que l’on connaît de cette époque ne saurait, sans dissonance, trouver place dans un ouvrage oü sont cités les chefs-d’œuvre de la Renaissance et les gracieuses productions contemporaines de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI. Lorsque l’esprit public, sortant de cette longue indifférence, eut appris par l’étude des monuments à connaître le caractère et le style particuliers à chaque époque, on s’aperçut que nos ouvriers avaient tout oublié, et qu’avant de rien créer, il leur fallait s’assimiler à nouveau les éléments d’un art dont ils avaient perdu la tradition. C’était une seconde éducation à recommencer. Désireux de répondre à ce réveil du goût, nos ébénistes eurent à faire de grands efforts pour retrouver les principes dont s’inspiraient leurs prédécesseurs, alors qu’ils exécutaient ces productions charmantes dans lesquelles ils sont restés sans rivaux. Bien que ces tentatives, poursuivies avec une persévérance pa-
triotique, 11‘aient pas encore porté tous leurs fruits, on peut constater, par les résultats qui se manifestent chaque jour, que Tameublement français a dès maintenant reconquis sa supériorité séculaire temporairement e'clipsée.