EMPIRE
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miné une première, plus simple, pour l’impératrice Joséphine. Rien ne montre mieux à quel degré de mauvais goût on était arrivé, que les panneaux plats de ce meuble décorés d’ornements de cuivre d’un style banal et mesquin. Cette armoire fut citée alors comme la plus belle œuvre d’ébénisterie que l’on eût faite, et on a peine à comprendre qu’elle ait pu coûter 5 5 ,000 francs. On rapporte que l’empereur l’aurait préférée à un chef-d’œuvre deRiesener qui lui était proposé. Ces critiques ne peuvent empêcher de reconnaître que l’ébénisterie y est traitée avec le plus grand soin; les bas-reliefs de cuivre, dont le principal représente la naissance de Vénus Anadyomène, sont inspirés par les compositions gracieuses de Prudhon. Le nom de ce grand artiste se trouve mêlé à plusieurs œuvres grandioses exécutées vers la même époque. La ville de Paris avait offert à la nouvelle impératrice, lors de son entrée à Paris, une toilette et une psyché d’argent doré avec plaques de lapis, exécutées par les orfèvres Odiot et Thomire, dont la composition avait été demandée à cet habile peintre. Sans s’écarter du style antique alors à la mode, Prudhon avait enrichi chaque détail de ces deux pièces, ainsi que le fauteuil et le miroir qui les accompagnaient, de bas-reliefs et de figures de la plus exquise fraîcheur. Cette magnifique œuvre d’orfèvrerie, emportée à Parme en 181 5, a été fondue lors d’une épidémie publique, mais il en reste les dessins originaux chez M. Eudoxe Marcille. La municipalité parisienne eut encore recours au talent de Prudhon, lorsqu’elle voulut offrir le berceau du futur roi de Rome. Ce lui, fut une seconde occasion de donner cours à son goût pour la mythologie.
LIT DE l’EMPEREUR NAPOLÉON 1er
(Palais de Fontainebleau.)
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Sur les côtés du lit, il figura le fleuve du Tibre et le génie du Commerce confiant le jeune prince à la nymphe de la Seine; au-dessus, la Victoire, placée sur un bouclier, étend les bras pour le couronner, et sur la base veille l’Aigle impérial. Les orfèvres Thomire et Odiot, aidés par le modeleur Radiguet, furent chargés de l’exécution de ce magnifique meuble qui est actuellement conservé au Trésor impérial de Vienne, où il est parvenu après la mort du duc de Reichstadt. M. Marcille a été assez heureux pour joindre les esquisses de cette composition aux dessins qu’il possède de la toilette de Marie-Louise. Il reste au Garde-Meuble à Paris une reproduction partielle de ce berceau, que nous avons vue jadis, dans les salles du Musée des Souverains. A l’exception des deux bas-reliefs principaux reproduits en bronze doré, la majeure partie des riches ornements du meuble original sont remplacés par un fond de bois d’if, dont la disposition n’a pas coûté de grands efforts à l’ébéniste Jacob.
Un homme qui, par sa position était à même d’exercer une influence considérable sur le goût, M. Denon, le directeur général des musées, avait fait exécuter à Desmalter, sur ses dessins, un ameublement dont certaines pièces seraient à citer à titre de curiosité historique. La plus importante était un lit de forme antique soutenu par quatre pattes de lion, dont les trois faces étaient incrustées de bas-reliefs d’argent représentant : à gauche, la figure d’Isis, placée au-dessus d’un hémicycle dentelé; sur le devant, treize figures agenouillées; dans le troisième côté et aux angles étaient des têtes d’ureus en acajou avec des appliques en argent. Ce lit
était accompagné de deux fauteuils d’acajou incrusté d’argent, copiés d’après les objets du même genre, dessinés à Thèbes par M. Denon.
La renommée de Desmalter devint européenne. Il fournit des meubles à la cour d’Espagne et aux frères de l’empereur, qui désiraient retrouver dans leurs capitales les modes et les habitudes parisiennes. L’empereur de Russie lui confia une partie de l’ameublement de l’Ermitage et il travailla beaucoup pour l’Angleterre. En dehors de la liste civile impériale, des commandes lui furent faites par diverses administrations. Nous citerons, entre bien d’autres monuments du même genre qui figurent à Paris, la grande vitrine centrale du cabinet des Antiques à la Bibliothèque nationale et le banC'd’œuvre de l’église de Saint-Nicolas des Champs, exécuté en 1806.
Biennais, orfèvre-tabletier, établi rue Saint-Honoré à l’enseigne du Singe violet, partageait la vogue de Desmalter, quoiqu’il ne fît d’ébénisterie qu’à titre exceptionnel. Il continuait la tradition des Lazare Duvaux, des Poirier, et de Daguerre, auquel il avait succédé, et les amateurs se rendaient chez lui pour trouver les fantaisies nouvelles. Il fournissait de nécessaires, lors de leur entrée en campagne, l’empereur, avec lequel il avait eu des relations lorsqu’il était simple général, et ses frères. M,n0 d’Abrantès cite un magnifique nécessaire acheté chez lui par Jérôme Bonaparte, et l’on conserve aù Musée de l’hôtel Carnavalet celui qui, après avoir servi à Napoléon Ier, a été légué à la ville de Paris par le général Bertrand. Biennais, très en faveur, exécuta de nombreuses pièces d’orfèvrerie pour l’impératrice
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Joséphine, et plus tard pour Marie-Louise, ainsi que pour les palais impériaux. Il existe une suite considérable de dessins provenant de son atelier, qui ont été composés par Percier pour servir à la monture des sabres et des glaives destinés à l’empereur et à l’ornementation de l’argenterie du souverain. Un ordre de travaux touchant plus directement à l’art du bois est celui des petits meubles en tabletterie, des médailliers et des grandes pièces d’ébénisterie que Biennais décorait de cuivres ciselés dans le goût du temps. Le catalogue de la vente Ferréol de Bonnemaison (1827) décrit un pupitre à quatuor en bois d’acajou orné de sculptures et de filets en bois d’ébène et d’ivoire, qui sortait du magasin de Biennais.
Plusieurs ébénistes de l’ancien régime continuaient à travailler et estampillaient de leurs marques les meubles qu’ils construisaient dans le nouveau style classique. Nous avons rencontré parmi les fournisseurs du Garde-Meuble, en 1786, le nom de François- Ignace Papst, demeurant rue de Charenton, cour Saint-Joseph, et reçu maître le 3 septembre 1785. Le palais de Fontainebleau conserve de lui une commode et un secrétaire d’une médiocrité désespérante et que nous ne citerions pas, si, sur l’abattant du second de ces meubles, on ne voyait un médaillon de cuivre doré au mat, représentant le sacrifice à l’Amour, dont Riesener s’était servi pour décorer ses meilleurs œuvres. On voit que Papst n’avait pas absolument rompu avec le passé et peut-être même utilisait-il un modèle qu’il avait dans son atelier. Simon Mansion, faubourg Saint-Antoine (7 octobre 1780), avait exécuté deux meubles de bois d’acajou décorés de cha-