SCÈNE X
Le Marquis, Guillaume, un peu échauffé et avec des rubans à son chapeau.
Guillaume, à gauche, sans voir le Marquis.
Ai a de Nestor le coiffeur. (Ciapisson.)
Quel éta t divin Quel celui d'fantassin Pékins, feuillettes, Enn'niis, fillettes, Rapataplan, jjlan, plan, plan, plan, plan ! On les men' tous tambour battant!
D'vant la bataille Un homm' d'paille.
Se trouve un homm' de cœur, Pourvu seul'ment qu'il n'ait pas peur.
Ah ! quel agrément D' marcher ensemblement, Tambour, trompette, Musique en tête, A la parade, avec tout l'régiment, Je me vois passer 1' nez au vent.
(Imitant le tambour et la musique.) Plan, plan ! pouni, poum ! tra, la, la !
Poum ! tziiig ! ta, ta, ta ! . .
Mais gnia 1' revers de la médaille Qu'est pas si drôl ! c'est le canon.
C'est embêtant! Et la mitraille N' s'inform' ni d' l'âge ni du nom !
Il faut payer c'te chienne de gloire. . (Se montrant) Et 1' plus bel homm' de Vermandois Pent r'venir sans bras, sans mâchoire, Et marcher sur deux jamb's de bois !
(Avec gaîté) C'est égal, ma foi !
Viv' le roi !
Quel état divin Que celui d'fantassin, &c.
(Se frottant les mains.) Ah! je lui suis à charge... ah ! je suis t'un être inutile ! Bon, bon, bon, bon !
Le Marquis, sa lettre à la main. Dis donc, Guillaume !
Guillaume, la main à son chapeau. Oui, mon Colonel... Rapataplan.
Le Marquis. Je ne puis attendre Denise, mais nous sommes à peu près d'accord .. et voici mes dernières propositions que tu lui remettras.
Guillaume, prenant la lettre. Oui, mon Colonel... tambour battant !
Le Marquis, étonné. Pourquoi m'appelle-t-il donc sou Colonel? Est-ce qu'il est gris ?... (A part.) Hé vite... un temps de galop, et je reviens !... Palsambleu ! je suis un heureux drôle !
(Il sort en fredonnant d'une voix chevrotante.)
" Un fin chasseur qui suis, à pas de loup, " La perdrix qui trotte et sautille, etc."