SCÈNE XII
Guillaume. Denise, entre ouvrant la porte à droite.
Denise, a part. J'ai entendu le bruit des chevaux... il est parti... (Avec joie.) Et Guillaume...
Guillaume, passant à gauche, avec embarras. La v'ià !
Denise, d'un ton câlin. Qu'est-ce que tu étais donc devenu, mon petit Guillaume ? j'étais inquiète !
Guillaume, à part. Tiens ! elle s'est radoucie.
Denise, regardant son chapeau. Comme tu es beau ! des rubans... c'est coquet.
Guillaume. Ah dam !... (A part.) Je ne sais comment lui dire.
Denise. Comme tu es rouge ! on dirait que tu as bu un coup !
Guillaume. Non, ma tante, j'en ai bu trois... à la Femme sans tête, avec M. Larissole, le sergent d'Vermandois.
Denise, inquiète. Le sergent du Marquis ?
Guillaume, d'un air content. Vous ne direz plus que j' suis t'un être inutile !... j'ai un état, un grade... j' suis soldat !
Denise, se récriant. Soldat toi !
Guillaume. Pour commencer... mais M. Larissole m'a bien promis qu'avec mon physique... je passerais capitaine à la première dégelée.
Denise, y'wement. Me quitter... m'abandonner !
Guillaume. Puisque je vous suis à charge.
Denise, se récriant. A charge ? toi, Guillaume, mon neveu ! mon enfant ! Qui est-ce qui ose dire ça ?
Gu'llaume, étonné et ému. Mais c'est vous !
Denise. Tu mens ! (A part) Allons, il a compris tout de travers !.. . (Haut.) Ca n'est pas vrai, tu ne partiras pas... je m'y oppose !
Guillaume. Mais, je reviendrai, ma tante !
Denise. Et si vous êtes tué ?
Guillaume. Ah ! je ne reviendrai pas.
Denise, émue et avec douleur. Et alors, moi, je serai seule au monde... sans appui, sans protecteur., et si l'on m'insultait, personne pour me défendre ?
Guillaume. Laissez donc ! Et M. le Marquis, mon colonel... Justement, v'ià une lettre de lui.
Denise, la prenant. Une lettre ?
Guillaume. Pour le bail !... vous n'avez qu'à accepter... et tout est fini ! V'ià uu brave homme, celui-là ! c'est la crème...
Denise, qui a lue. Ah ! l'horreur ! me traiter ainsi !
Guillaume, efirayé. Qu'est-ce qu'il y a donc encore, ma tante ?
Denise, owtiée. Quand je le disais... méprisée! et par le Marquis !
G uillaume. Pas possible !
D>nise. Lis plutôt !
Guillaume, lisant. " Clier ange ! mon petit cœur !" Qu'est-ce c'est que ça?... sa petite maison !... et un billet de mille livres!... Mais c'est un affront!. . Mais il vous insulte, ma tante !
Denise. Et toi aussi !
Guillaume.. Et moi aussi... oh 1' scélérat !... si j'avais mon sabre ! . . . non ! . . . c'est mon colonel ! il me ferait fusilier. (Parcourant la lettre avec rage.) Mais quoique je pourrais donc lui faire ?
Denise, avec émotion. Bien sûr, pareille chose ne m'arriverait pas si j'avais un mari!... car enfin... c'est encore plus offensant pour le mari !
Guillaume Ah ! c'est plus offensant pour le mari ?
Denise. Certainement !...
Guillaume, frappé. Oh ! quel trait de lumière !.,.
Denise. Comment ?
Guillaume. Suffit, ma tante, je vous vengerai !..,
(Il court à la table à droite, et écrit très vite en regardant de temps en temps sur la lettre du marquis.)
Denise, à part. Ah ! enfin !... il va parler. (Elle regarde.) Non il écrit ! il est si timide.., mais quel enfantillage, quand il serait si facile de s'expliquer !
(Elle cherche de loin à voir ce qu'il écrit.)
Gtdllaume, écrivant. Ah ! toi, avec ta perdrix qui trotte et sautille, je t'apprendrai ! (Haut, en la regardant.) Pauvre chère tante ! dire que je n'y ai pas songé de moimême...
Denise, d'un air de pudeur. Certainement M. Guillaume ... il n'est jamais trop tard !
Guillaume, mettant le billet dans sa lettre. Non, non, non ! il n'est jamais trop tard. (Appelant, pendant qu'il met l'adresse.) Graindorge,