‹ Le meunière de Marly, comédie vaudeville en un acteChapitre 14 sur 20 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Denise^ la Marquise.

La Marquise, suffoquée. J'étouffe, je suffoque !... c'est la fin du monde! un manant... ah ! vous voilà. Mademoiselle !

Denise, embarrassée. Madame...

La Marquise. Appelez votre neveu.

Denise, tremblante. Pourquoi donc. Madame ?

La Marquise, sèchement. Pour que je le fasse jeter par la fenêtro.

Denise. Vous qui êtes si bonne !

La Marquiss. Précisément ! Voilà ce que c'est que de se familiariser ! oser m'écrire, à moi ! et d'un style ..

Denise, inquiète. Est-ce qu'il se serait permis ?

IjO Marquise, lisant. " Cher ange ! mon petit cœur !" Un garçon meunier.

Denise. Ah ! mon Dieu !

La Marquise. " Son petit cœur !" une descendante des Pincebeck. (Continuant.) " Je ne doute plus de ton amour." Il me tutoie !

Denise, à part. Ah ! le malheureux ! il a copié la lettre du Marquis !

(Elle va la prendre sur la table, à droite.)

La Marquise, continuant. " Rends-toi, friponne !"... à moi !.. et il m'offre sa petite maison de la rue Saint- Antoine ! et un billet de mille livres ! (A Denise.) Ah!., mais il a donc perdu l'esprit !

Denise, tenant la lettre du Marquis. Il n'est pas si coupable que vous croyez. Madame, car, sa lettre n'est qu'une copie... voici l'original !

La Marquise, la prenant, regardant la signature et l'adresse. Du Marquis ! à toi!... (Lisant.) " Cher ange ! mon petit cœur !" (Les comparant.) Ah ! l'indigne ! les mêmes expressions... et le billet !...Mais c'était donc une manière adroite...

Denise, finement. De vous faire venir, pour tout vous déclarer !

La Marquise, à elle-même. Mon mari ! oh ! le monstre ! aller s'enfariner ! ah ! les hommes ! on a beau les prendre vieux et laids, ça n'y fait rien. Au contraire !... (Regardant Denise.) Mais je ne suis pas dupe, Mademoiselle ! vous avez fait la coquette avec lui !

Denise. Oh ! bien peu, Madame !

La Marquise. Comment, bien peu ?

Denise, émue. Une seule fois... aujourd'hui, pour forcer... ce pauvre Guillaume...

La Marquise. Ton neveu !

Denise. Oui... c'est lui que j'amais !... mais il ne voyait rien ; et alors, pour l'amener tout doucement à y penser, de lui-même, je me laissais faire la cour par tous ceux qui venaient au moulin... parce qu'à force d'entendre répéter qu'on est gentille... qu'on vous aime... on finit par s'y mettre... le bon exemple fait beaucoup !... (Avec larmes.) Mais je n'ai réussi à rien... il ne m'aime pas... il ne m'aimera jamais ! et je suis bien malheureuse !...

La Marquise. Il ne faut pas se désoler, ma chère, en lui disant un mot...

Denise, vivement. Ce serait par reconnaissance ! oh ! non... mon parti est pris ! il ne saura rien, je le doterai, je le marierai ! . . . et j'aurai la force de lui cacher mes larmes.

(Elle s'essuie les yeux.)

La Marquise. Nous arrangerons cela... je m'en charge. (Regardant les deux lettres qu'elle tient encore à la main.) Mais tu me jures que le Marquis...

Denise. Lui ? ah ! je le déteste !

La Marquise, lui ouvrant les bras. Embrasse-moi, chère enfant ! nous avons absolument la même manière de voir. (Serrant les deux lettres dans sa poche.) Ah ! monsieur mon mari! . . . (A elle-même.) Et c'est pour wxv pareil magot, que j'ai enseveli ma jeunesse, rebuté le roi le plus aimable... (Entre ses dents.) Ma foi, mes aïeux en diront ce qu'ils voudront... il mérite une lecfon !

Denise, au fond. C'est lui ! . . .

La Marquise, de coté. Cluit ! no dis rien !...

(La nuit est venue à la fin de cette scène. Graindorge a apporté une lampe allumée qu'il pose sur le buôet, près de la petite fenêtre à droite, puis il se retire.)

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