‹ Le meunière de Marly, comédie vaudeville en un acteChapitre 20 sur 20 · SCENE XXII · texte numérisé non relu

SCENE XXII

Les Mêmes, La Marquise.

La Marquis., s'arrêtant. Ciel.

Denise et Guillaume. La Marquise !

La Marquise, à son mari. C'est vous, Monsieur ? (En souriant.) La place m'est heureuse à vous y rencontrer.

Le Marquis, s'efforçant de sourire, et prenant dans son trouble un chapeau de meimier sous le bras, k la place du sien. Oui . je... passais... et...

La Marquise, regardant ses habits. Bon Dieu ! dans quel état...

Guillaume. Est-il badigeonné ?...

Le Marquis, de même, et se secouant. Ce n'est rien ! Quand on se frotte à un moulin...

La Marquise, avec malice, Ah !... au moulin !.,.

Le Marquif. Oui... je venais réclamer... (Jetant son chapeau.) Où est donc mon chapeau ? (Haut.) Ce drôle qui devrait être au régiment...

La Marquise Ah ! vous nous aviez promis son congé !

Le Marquis, vivement. Ce n'est pas possible ! il faut qu'il parte ! j'ai mes raisons...

Denise, le suppliant. Sa grâce, M. le Marquis !

Le Marquis, avec colère. Non ! je ne l'accorderai à personne !

La Marquise, souriant. Pas même à moi ?

Le Marquis. Pas même à vous. Marquise !

La Marquise. Oui ! mais au roi ?

Le Marquis. Au roi !

La Marquise, lentement et tirant un papier. Voici un blanc-seing, pour la j)reniière faveur que je soliciterai.

Le Marquis, troublé. Un blanc-seing ! comment, madame... vous avez demandé à Sa Majesté... et elle vous a accordé...

La Marquise. Avec ce charme que vous lui connaissez... " Belle Marquise," m'a-t-ellc dit, " impossible de vous rien " refuser !"

Le Marquis, se frappant la tête. Ah !... je sais ce que c'est !

Guillaume, étonné. Eh bien ! il va se trouver mal ?

Denise, courant à lui. M. le Marquis, voulez-vous prendre quelque chose, im verre de Champagne ?

Le Marquius, bas. Veux-tu te taire ?

La Marquise, continuant. Je pouvais vous nommer à quelque ambassade

Le Marquis, . à lui-même. Il ne me manquerait plus que qa.

La Marquise, montrant Guillaume. Mais je ne puis mieux l'employer qu'à sauver ce pauvre diable.

Guillaume. Quoi ! madame ?

Denise, avec joie. Vous seriez assez bonne !

La Marquise, à Guillaume, en lui montrant la table à droite. Mets-toi là, et écris ton congé, au-dessus de la signature du roi !

Le Marquis. Ce manant !

La Marquise. Il sait écrire. Monsieur. . . voici une lettre qu'il m'avait adressée.

Le Marquis, avec hateur. Le misérable avait osé...

La Marquise. Oui, mais ce n'était qu'une copie, (Lui montrant sa propre lettre.) Voici l'original que je garde dans mes archieves !

La Marquise, à part. Oh ! voilà le coup de grâce ! (Haut.) C'était une plaisanterie, je voulais éprouver cotte petite... (A part.) Et n'oser rien dire!

La Marquise, à Guillaume. Eh Ken... as- tu écrit?

Guillaume, tournant la plume dJ.ns ses doigts. Dam ! c'est que... j' sais pas.

Denise, à la Marquise. Le j^uvre garçon ne sait pas comment écrit un roi !

La Marquise. C'est tart simple ! (Dictant.) Nous

accordons son congé définitif, au nommé Guillaume Landormi...

Guillaume, ajoutant de lui-même. Et lui ordonnons d'épouser sa tante dans les vingt-quatre heures.

Le Marquis. Sa tante !

Denise, avec un cri de joie. Moi ! comment, Guillaume !

Guilh/ume, ému, et lui tendant les bras. Oui, ma tante, c'est-à-dire, non, ma bonne petite femme ! et toute ma vie...

Denise, courant à lui. Ne dis rien ! ah ! ne dis rien ! je n'en ai plus besoin... car je vois dans tes yeux combien je suis heureuse ! (Elle l'embrasse sur le front.) Mame la Marquise... EUe lui baise la main.) M. le Marquis...

Le Marquis^ croyant qu'il va être embrassé. Avec plaisir !

Denise, s'arrêtant et lui tendant la main. Je vous pardonne.

Le Marqtiis, avec humeur. Mais ça ne se peut pas ! un neveu épouser. . .

La Marquise. J'obtiendrai les dispenses. Monsieur. Et quant à la corbeille... voici un billet de mille livres. . que M. le Marquis me charge d'offrir...

Le Marquis, à part et s'asseyant à gauche. Je me sens bien mal à mon aise !

Z)ém5<?, avec malice, bas au Marquis. Mais... qu'est-ce que vous disiez donc que Madame la Marquise n'avait pas de crédit ? . . . vous obtiendrez tout ce que vous voudrez.

Le Marquis. Va-t'en au diable !

Graindorge, passant la tête par le vasistas. Not' maîtresse, le vent a tourné.

Guillaume, d'un ton de commandement. Fais marcher le babillard.

Graindorge, 4'un air méprisant. Qui qui m' commande ?

Denise, vec fierté. Ton maître... et le mien !

Chœur Final.

Air : Au bonheur enfin.

Ce tic-tj,c joyeux

Qui noxs agite, Est l'emblèaie heureux

Des amouteux !

Y"^ cœur qui palpite Son

Bat encore plus vite Que le tic-tac sans fin Du moulin.

Denise, au publique.

Air : Je sais attacher des rubans.

Enfin, mon n'veu s'ra mon ép«ux. .

Mais nous n'somm's pas sortis depeine . .

Et not' mariage, sans vous.

Ne s'rait qu'une espérance vaine !

Pour que not' av'nir soit certain.

Et que not' bonheur soit extrême, Faut que le blé vienne au moulin, Daignez, Messieurs, nons l'apporter vous-même Pour que chaqu' soir le blé vienne au moulin, Daignez nous l'apporter vous-même !

Cheeur.

Ce tic -tac joyeux

Qui nous agite, Esc l'emblème heureux

Des amoureux! etc.

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