‹ Le meunière de Marly, comédie vaudeville en un acteChapitre 19 sur 20 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

Les Mêmes, Le Marquis, passant la tête par le vasistas qui est en haut, à droite.

Le Marquis. Oh. diable suis-je donc? voilà une heure que je tourne. (Les apercevant à table.) Oh ! qu'est-ce que je vois là ?

Denise, levant le nez. Qu'est-ce que j'entends ?

Guillaume, bas. Ne dites rien... c'est le Marquis.

Denise, bas. Qu'est-ce qu'il fait donc là-haut ?

Guillaume bas. Il prend l'air. .. Il s'était introduit pour vous surprendre... J' l'ai bloqué... et c'est son souper...

Denise, bas. Que nous mangeons! (Riant avec Guillaume.) Ah ! ah ! ah ! c'est charmant !

Le Marquis, à part. Eh bien ! je suis aux premières loges... Ils vont dévorer mes perdreaux... et si j'appelle, c'est rendre tout le monde témoin...

Guillaume, bas. Dites donc, ma tante, je vais vous faire la cour pour le vexer.

Denise, riant et bas. Oui, oui, tu as raison, II faut le vexer, ça me fera plaisir. (A part.) Je ne suis pas fâchée de voir comment il s'y prendra.

Guillaume, lui prenant les mains. Oh ! ma tante, ma jolie petite tante... Dieu ! que je vous aime !

Denise, à part, émue. Eh ! mais, pas mal !

Le Marquis, à part. Qu'est-ce qu'il fait donc, ce petit drôle ?

Guillaume, se levant. J' vous ai pas embrassée pour votre fête, ma tante !

Denise, tendant la joue. Ah ! c'est juste, je te dois bien C'a.

Le Marquis à jiart, i»e»(lant «lue Guillaume embrasse sa tante. Un neveu ! Quelle immoralité !

Guillaume. Ah ! que c'est bon !

Denise^ à part. Mais on dirait vraiment qu'il y prend goût.

Guillaunie. L'autre côté, ma tante !... (Il l'embrasse.)

Le Marquis, a. part. Coquin !... quand tu seras au régiment, je te ferai donner une rouffle ..

Guillaume. De la fleur de froment !... D'autre côté !

Le Marquis, à part. Maraud ! . . .

Guillaume, après avoir embrassé Denise. Le velouté de la prune... L'autre côté !

Denise, souriant. Eh ben ! combien veux-tu donc que j'en aie ?

Guillaume. Je voudrais qu'il y en aye trente-six. (Bas.; toujours pour le vexer.

Le Marquis, à part. Ventredieu ! qu'est-ce que je pourrais donc lui jeter à la tête?

G uillaume, se rasseyant. Et, maintenant, ma tante, buvons à not' santé .. Garde à vous! pouf!

(Il fait partir le bouchon du côté du marquis.)

Le Marquis, portant la main à son œil. Juste dans l'œil ! maladroit !

(Guillaume verse dans les deux verres, pendant la ritournelle.)

ENSEMBLE

Air de la Tarentule, (ballet.)

Denise et Guillaume, trinquant.

Buvons !

Trinquons !

Tendresse enivrante !

Que nos amours Durent toujours.

Le Marquis, en haut et avec fureur.

Restons,

Voyons Sa rage insolente !

Aht vos beaux jours Seront bien courts!

Le Marquis, éclatant au moment où Guillaume prend Denise dans ses bras. Ah ! c'en est trop, et je vais t'aj)prendre. (Il disparaît et on l'entend rouler dans l'escalier. )

Denise, jetant un cri. Ah !

Guillaume, rangeant la table et les chaises. V'ià qu'il dégringole !

Denise. Ah ! mon Dieu ! . . . il va se tuer.

Guillaume. Il démolit la maison !...

Denise. Mais va donc vite lui ouvrir ! . . .

Guillaume. Oui, ma tante. (La porte s'ouvre.) Oh ! le v'ià ! . . . gare la bombe !

Ls Marquis, paraissant, ses habita couverts de farine. C'est une horreur ! (A lui-même.) J'ai un tour de reins ; (A Denise.) mais je me vengerai.

Denise. Monsieur le Marquis !

Le Marquis. Toi, mon drôle, tu vas partir pour le régiment, pieds et poings liés. (A Denise.) Et vous, ma belle, vous me suivrez à l'instant. (Allant à la porte du fond.) A moi, mes gens ! (La porte s'ouvre. La Marquise paraît.)

Page 1