S C K N E IV
La Marquis, Denise.
Denise. Me voilà à vos ordres, marne la Marquise : s* je pouvais vous être utile...
La Marquise. Non, c'est moi qui viens te rendre un bon ofl&ce.
Denise. Vous, marne la Marquise.
La Marquise. Écoute, mon enfant... tu es jolie, et l'on assure que tu es sage... deux choses qui marchent rarement de front... cela m'intéresse !... tu as résisté, jusqu'à ce jour, aux attaques, aux séductions de tous les mauvais sujets de la cour, jeunes et vieux.
Denise, à part en souriant. Si elle savait que son mari est à la tête des vieux.
La Marquise. C'est héroïque ! mais il ne faut pas jouer avec le feu, Denise ! . . .
Denise, souriant. Oh ! je suis sûre de moi.
La Marquise. Mon Dieu ! toutes les femmes sont sûres d'elles ! et .. ça n'empêche pas...
Denise. Du tout ! . . . ça m'amuse ! il y en a qui m'appellent tigrcsse! c'est drôle ! il y en a qui poussent de gros soupirs à faire tourner le moulin ! c'est flatteur ! et puis, voir à mes pieds... aux pieds d'une paysanne, en jupon de laine et en petite cornette... des chevaliers, des comtes, des Marquis. (Avec intention.) Il y en a ! . des monstres, qui ont trompé de pauvres femmes... je les désole à mon tour, pour venger leurs victimes, et je suis coquette... par esprit de corps.
La Marquise. L'intention est louable ! mais la tête peut tourner.
Denise, d'un air d'intérêt. Elle vous a tourné. Madame la Marquise ?
La Marquise, avec hauteur. Jamais ! les principes de l'illustre maison de Pincebeck ! . . . 400 ans de vertu, sans la moidre lacune!. . (Avec un soupir.) Mais il m'a fallu un courage! surtout... (Avec complaisance,) quand un jeune roi, vif, aimable, pétulant...
Denise, vivement. Notre roi Louis XV. ! il vous fait la cour ?
La, Marquise, se remettant. Du tout ! qu'est ce que c'est! .. Je l'ai repoussé... parce que la foi conjugale!... enfin, le plus sûr pour toi, c'est de te marier ! et je viens te proposer im parti.
Denise. Est -il possible? Vous daigneriez ?...
La Marquise. C'est M. Béchamelle, mon chef d'office, ^n homme de génie, qui a la tête à l'envers, comme sa ' perruque !
Denise, souriant. Oui, il m'envoie toujours des déclarations et des biscuits !
La Marquise. Eh bien ?
Denise. Je renvoie les déclarations et je mange les biscuits. Mais l'épouser ! jamais !
La Marquise. Tu refuses mon protégé !
Denise. Oh ! pardon !
La Marquise. C'est que tu en aimes un autre.
Denise, souriant. Je ne dis pas cela !
La Marquise, souriant. Je le vois dans les yeux.
Denise. Hé! mais...
La Marquise. Et son nom ?
Denise, Ah ! c'est mon secret.
La Marquise. C'est juste !... Eh bien, soit !... je rendrai ta réponse à l'infortuné Béchamelle ! je vais faire un mauvais diner... n'importe ! mais quand tu te marieras, tu viendras me faire une visite de noce ; je le veux ! je suis curieuse de connaître cet amant mystérieux... appelle mes gens ! (On entend le cor dans le lointain.) Qu'est-ce donc.
Denise. La chasse du Roi, sans doute, qui traverse la forêt de Marly !