SCÈNE III
Les Mêmes, Denise, costume paysan et coquet du temps, portant un panier.
Denise, chantonnant. Il était un p'tit homme, Qui s'app'lait Guilleri, Carabi . .
Guillaume. Bonjour, tante !
Denise, sans voir la Marquise. Bonjour, garçon, bonjour, mon gros joufflu!
(Elle lui donne de petites tapes sur la joue.)
Guillaume, avec satisfaction. Oh ! elle me tapote ! elle est dans une bonne lune !
Denise, se débarrassant de son mantelet de campagne, et voyant la Marquise. Madame la Marquise ! ah ! pardon ! un tel honneur !
La Marquise. Ah ! tu me connais, petite ?
Denise, avec respect. Je n'ai vu Madame la Marquise qu'une seule fois, au château... mais ça suffit pour ne jamais l'oublier.
La Marquise, flattée. Elle parle très-couvenablement ! et elle est bien ! elle est bien... je n'aurais jamais cru que dans cette classe... la nature est bien bizarre! (Haut.) J'ai à causer avec toi, petite, et comme j'allais voir la maréchale de Luxembourg...
Guillaume, étourdiment. A propos de maréchal... l'bourriquet est-il vendu, ma tante ?
Denise. Oui, garçon ! dix écus !
Guillaume, à la Marquise. Fait-elle des marchés ! il n'en valait pas cinq !
Denise. C'est bien, c'est bien ! va recevoir son remplaçant... un superbe grisou! des oreilles magnifiques. (Lui donnant encore une ou deux tapes sur la joue.) Tu vois que Madame la Marquise veut me parler! (Avec amitié.) A^a, mon gros, t'es gentil ! ce matin, t'as des couleurs !
Guillaume, a lui-même. J' crois bien., elle me tapote toujours ! (Haut.) J'y cours, ma tante.
(Il sort par le fond.)