‹ Le meurtre d'une âme [par] Daniel LesueurChapitre 3 sur 6 · LE GOUFFRE · texte numérisé non relu

LE GOUFFRE

AR un matin du commencement d'octobre, deux promeneurs traversaient la place du Vieux-Marché, à Dresde.

Leur pas de flânerie les eût distingués de la fouie active courant à ses affaires, si leur aspect ne les eût déjà signalés pour des étrangers. C'était un homme, dont la robuste prestance ne laissait pas d'offrir de la distinction, et un jeune garçon d'une intéressante beauté. Les passants les regardaient un peu. Et cependant l'homme devait être soucieux de ne point se faire remarquer, car, son petit compagnon ayant prononcé quelques mots, il lui dit sévèrement et à voix basse :

— « Tais-toi, Michel. On ne doit pas parler français sur cette place. »

L'enfant leva des yeux étonnés, mais ne dit plus rien. Un instant plus tard, il comprenait.

Celui près de qui, docilement, il marchait, s'avança jusqu'au milieu du vaste quadrilatère, et Michel se trouva au pied d'un monument qu'il n'avait pas remarqué d'abord. C'était, sur un fût de colonne tronquée, une femme debout, tenant et dressant un drapeau dans un geste d'immense orgueil. Un piédestal cubique supportait le tout, ayant à ses quatre angles des figures de villes domptées. Sur la colonne, Michel lut cette date :

Et sur la face antérieure du piédestal, ce nom : PARIS

M. de Malboise, sans une parole, lui mit la main à l'épaule, le dirigea vers l'un des côtés. Sur la deuxième face, Michel lut :

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