‹ Le meurtrier d'Albertine Renouf [microforme]Chapitre 10 sur 11 · DS · texte numérisé non relu

DS

Aussi, dès.le lendemain, de graud matin, il alla dans la chambre d'Isidore, et, regardant le jeune homme bien en face :

—ÂAvez-vous du courage ? lui demanda-t-il.

—Mais oui, dit Isidore étonné.

—Oh ! entendons-nous, reprit le com:

missaire d’un ton grave, je parle d’un courage réel, patient et froid, sur lequel n’ajent de prise ni le silence ni lesterreurs de la nuit, qui puisse supporter l'assaut des visions funèbres et qui soit prêt, sans se lasser jamais, à braver un danger toujours présent, quoique invisible.

Il fit une pause.—Je l'aurai, répondit avec résolution Isidore. : |

M. Gestral lui serra la main.—Eh bien !

dès aujourd’hui reprenez dans votre ancien hôtel la chambre du premier étage que vous accupiez avec votre femme, Ghaque-soir, allumez une veilleuse, laissez votre clef en dehors et attendez, Quand le.jour viendra, vous pourrer vous reposer; mais gardez-vous de dormir la nuit.

Vous aurez d’ailleurs une arme sous votre orgiller, ajouta le commissaire en voyant Isidore légèrement ému. À propos d'arme, le greffe vous a rendu voire poignard algérien ?

ul.

-—-L'avez-vous ici?

Je l'ai apporté, car je me suis bien douté, en recevant votre lettre qu'il s'a-

issait du crime, et si j'eusse été tenté de.

aiblir dans la vengeance que je dois à la pauvre créature, la vue de cette lame encore tachée de sang m'eût rendu mes forces. |

—Alors placez-le sur la commode, à côté de la veilleuse, à l'endroit même où il était. Et maintenant bonne chance, car il est nécessaire qu'on ne m’'aperçoive pas avec vous, et nous ne nous reverr ns sans doute que lorsque tout sera terminé.

Les chambres d'hôtel sont nues et banales, la vue et la pensée ne sy reposent sur aucun de ces mille objets qui, ayant fait jusque-là partie de notre existence, sont pour nous comme autant de souve-nirs ; mais, par cela même, elles conservent la saisissante physionomie des événements heureux ou tristes qui nous sont arrivés. Telles on les à quittées, telles on les retrouve, et l'impression du passé revient soudaine et profonde. Il en fut ainsi pour Isidore. En entrant dans la chambre qu'il avait habitée avec sa femme, un chagrin mêlé d'horreur s’abattit sur lui. Le lit avec son baldaquin et ses rideaux de damas était le même. La commode et le secrétaire en acajou, auxquels manquaient çà et là quelques poignées en cuivre doré, n’avaient point changé de place. Il vit sur la cheminée la même pendule mythologique. Quelles heures

mes BU

elle lui avait comptées! Le carreau, que ne couvrait point en entier un maigre tapis, avait la couleur du sang répandu.

Isidore s’appuya sur un fauteuil. La maitresse de l'hôtel, qui l’avait accompagné, lui adressa quelques paroles de consolation. Elle ne s’étonnait pas que, revenant à Paris, il fût descendu chez elle. Les femmes les plus vulgaires comprennent qu'en amour on retourne le fer dans sa blessure. Isidore s'installa rapidement et se hâta de sortir. :

D’après les instructions de M. Gestral, il devait montrer une grande insouciance.

Après la bourse, il alla donc se promener sur les boulevards, et y dina dans un restaurant où il eut soin de se placer près de la vitrine, afin qu'on pût l’&percevoir du dehors. Vers neuf heures, sans se retourner une seule fois, il regagna lentement sa demeure. Il n’y fut guère qu'à onze heures. Il avait mis près d’une heure et demie à faire le traiet; ses pas, malgré lui, le retenaient en arrière. Ce fut alors qu’il s'occupa de la lugubre mise en scène qui lui avait été prescrite. Il laissa la clé sur la porte, alluma une veilleuse et plaça le poignard tout à côté. La chambre ainsi disposée lui parut effrayante, et il se couchaen frissonnant. Peu s’en fallut qu’une insurmontable terreur ne le gagnât ; mais une douleur égale fit diversion à cette

terreur. Il songea qu'un. mois à peine auperérant il avait sa femme près de. lui.

on cœur se fondit, et il pleura amère- .

ment toute la nuit. Rien n’était venu le:

troubler. Après:son déjeuner, il s’accouda longtemps à sa fenêtre, qui donnait sur la rue. Il fallait que le meurtrier sût bien où le trouver. Pourtant il ne jetait sur les. passants que des. regards. distraits; mais au fond de d'âme il se disait: Où est-il?...A la Bourse, il le coudoyait peut être ; dans la rue, il le rengontrait sans.

aucun doute. Il n'avait d’ailleurs nulle idée de ce que cet homme pouvait être, car M. Gestral ne lui em avait rien dit Le second soir, en. prévision de l'attaque à laquelle il était exposé, il observa les lieux. Il remarqua, en entrant à l'hôtel.

que le garçon, luitirant le cordon dans un demi-sommeil, ne se montrait même pes au vasistas pour veir-qui avait frappé.

es habitudes de la maison n'avaient donc guère changé depuis l'assassinat d’Albertine, La chambre d’Iisidore avait le numéro 2. On y parvenait, après avoir monté le premier étage, par un couloir sombre.

A droite, dans ce couloir, il y avait une très petite chambre qui portait le numéro 1, et n’était séparée . numéro 2 que par

la cloison. Cette chambre était inoccupéei En face, dans le mur, on avait pratiqué une sorte de bucheur fermé à clé La

porte en était très-basse, ronde par le haut et percée d’une petite fenêtre en losange.

Isidore, cette nuit-là, fut moins harcelé de: douleur et d'idées funèbres. On se fait à tout. Le lendemain, comme il rentrait et allait prendre son bougeoir, il en vit un: tout préparé avec sa.elé à côté dusien :

c'était celui du numéro 1. La chambre avait donc été louée dans la journée. Isidore eut le pressentiment qu'elle l'avait été-par son.ennemi. Il se coucha vite..et attendit. Le locataire du numéro 1 rentra bientôt. Isidore alors feignit de dormir.

Il'avait ghssé sous son traversin un pistoee poche dont. il comptait se servir.

e-heure, puis deux s'écoulèrent. Se serait-il momge ! n'avait-il qu'un voisin inoffensif? Cependant ce voisin ne. dermait pas. Isidore; dont les sens recevaient du.:péril possible une-extrême acuité, saisissait tous les bruits d’une insomnie très réelle. C’étaient de légers pas très. doucement hasardés par la Chambre, quelques unes de cesacclamations assourdies qui échappent à la volonté, et si l'étranger s'étendait sur son lit, ce qu'il faisait avec grande précaution, c'était le mouvement continu d’un corpsquis'agite.etseretourne.

A. l'école. de M. Gestral et en. fâce surtout

de.ce danger mystérieuxqu'il-savait planer sur-lui, Isidore s'était si.vite formé. En.

supposant que ce fût l’assagsin, sa longue

ni

Ni veillée n'attestait-elle pas ses irrésolutions d'âme, sa défiance du succès et la diffculté ag physique qui s'ensuit à marcher à l’accomplissement d’un crime ? Et tout portait Isidore à croire que c'était l'assassin. Cet homme, depuis que M. Gestral lui avait prêté l'intention d’un se- | cond forfait, n’avait-il point hasardé cha- 1 que jour un nouveau pas .dans la voie où | ê son secret et terrible adversaire s'était promis de l’engager ? Quoi donc d’étonnant à ce qu’il franchit le seuil de cette fe maison ? Seulement il n’y devait point me : venir àla hâte et s'enfuir de même. Il | ‘1 avait usé de trop de délais, il avait trop p lentement réagi contre l’épouvante de ‘se

À voir épié pour ne pas discuter jusqu’au è bôut avec la fascinatrice pensée de meur- Û tre qui lui était venue, dont il subissait ; le charme, mais à laquelle la peur l’aidait

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