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ciens camarades, capitaine à l’armée d’Afrique, qu'il avait rencontré le jour même.
La vue de cette arme lui causa une impression désagréable. Il pensa tout de suite,
et sans se rendre compte d’une association d'idées pourtant assez naturelle, au grand couteau du religieux. Au même moment, sa femme, encore occupée de la conversation qu’ils avaient eue, lui dit:—Tu n'as
jamais été somnambule ?
—Non, répondit Isidore. Pourtant, pour-
suivit-il, je sais par moi-même que l’in-
0 tensité du rêve peut porter à des actes : non point imaginaires, mais très réels.
Voici ce qui m'est arrivé. Nous couchions,
di un de mes camarades et moi, dans deux L. 4 chambres qui n'étaient séparées que par
RER mn en
“ühe porté ouverte. Mén ami travaillait
avec sa lartipe allumée, et jé niétdis th.
Gorfni après avôir Cteint Tà miéñne. Jé rèvai dans un long cauchemar qüé jé tü4is fa sœur. C'était insénsé comme tôûs ies rêves. J'avais perdu ma sŒur lôrsqüe j'étais enfant. L’effroi que je ressentis fut si fort que je me précipitai tout éndormi
hôts de mon lit. Je voulais fuir la nuit et
voir quelqu'un. Je me présentai 4u séuil de la chambre voisine, le visage si boule.
vérsé, qué mon camarade se leva mälgré li ét récuia de deux pas. Je né restai qu’un instant d’ailleurs dans lé paroxysimé du rêve ; je me réveïllai aussitôt én poussarit ün grand soupir, et mon visage reprit son expression habituelle... |
Ce futau tour d’Albertine de rire.-Commé celui du religieux, dit-elle.
—Oui, fit Isidore. |
Cependant, tout en parlant, le jéuné homme n'avait point quitté du regard lé poignard algérien. La lumière de la veilleuse s'y attachäit en paillettes et le grandissait par l'ombre projetée au-delà. L’attraction visuelle que cette arme exerçait sur lui devint insupportable à Isidore. K eut l’idée de la renfermer dans un tiroir de la commode, mais il eut peur de ce que sa femmé pourrait penser : elle croirait peut-être qu'il craignaît dé dévenir somnambule et de se servir contre éllé de
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Ph m'aé effräyée, moi aussi, avec tes
logé du Luxémbourg, il séveilla en proie à une indéfinissablé émotion. Il écouta lés trois Coups, dont le dernier tinta len tement. La veilleuse s'était, éteinte, et la
us grand obscurité remplissait la chamre. Isidoré, les marines dilatées, aspirait une odéur éxtraordinaire. Il se derman- Aait é6 que ce pouvait être lorsqu'il s’étonnä de ne pas enténdre la respiration de sa femme. 11 étendit la main vers elle pour: La toucher à la poitrine et retira sa main mouilléé. D'un bond il s'élança du iit avéc la soudainé pensée que cette odeur tiède etnauséabonde qui le yoursuivait était cellé du sang. Il alluma vite une bougie et revint, Îl vit alors le grand poi-
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gnard algérien planté droit dans le corps de sa femme. La lame s'était, enfoncée dans la plaie, mais la poignée d’argent étincelait. Une nappe de sang couvrait la poitrine ; la tête apparaissait toute pâle, avec les cheveux noirs épars sur l’oreiller, avéc les yeux ouverts ét déjà fixes.
Les bras étaient ‘tendus et rigides, les mains cripées. Ce spectacle si horrible ne devait point être réel !.…..Isidore se crüt le jouet d’une vision. Il se précipita vers le fenêtre et la brisa du poing. Le vent s’engouffra dans la chambre et. éteignit. la bougie. La nuit était toujours profondément noire, et la pluie ne cessait de tomber. Le jeune homme resta quelques minuütes pressant des mains l’appui de la fenètre, la sueur au front, les Cheveux hérissés, le cœur palpitant. Il se mit bientôt
à rire :—Quel cauchemar ! se dit-il —Il
voulut rallumer la bougie, mais il n’en vint point à bout. Il lui fallut pousser l’un contre l’autre les ais disjoints de la fenétre et tirer par-dessus le rideau de damas.
L’air entrant encore, il ne s’approcha du lit que lentement en protégeant de ses
doigts repliés la flamme vacillante de la-
bougie. À vrai dire, il n'avait point repris possession de lui-même et tenait ses yeux baissés, n’osant les lever sur l’effrayant tableau qui devait cependant avoir disparu. Il s’arrêta en heurtant le bord du
Htetse pencha. C'était sa femme : paisiblement endormie qu’il allait revoir ; c’est
le cadavre, plus rigide: encore, avec. une
plus pénétrante odeur du sang, qui lui apparut. Isidore n'eut point de second accès d’une terreur insensée : il. posa le bougeoir sur la table de nuit et contempla le corps inanimé ; puis il jeta les yeux autour de lui pour se convaincre par la vue d’autres objets réels de la réalité de celuïlà. Il reconnut ainsi, affaisée sur le sol et gardant encore des. plis vivants, la robe qu’Albertine avait portée la veille. Alors il fondit en larmes. IL n'eut glus qu'une seule pensée, c’est que cette femme qu’il avait aimée, qu'il adorait, était morte. Il appela de tous les noms qu'il lui prodiguait, amollit de ses caresses les. mains raidies d'Alhertine et les garda dans les siennes. Le froid seul de ces mains le gagna. Il colla ses lèvres aux lèvres de la morte, chercha la vie dans son regard et ne rencontra qu’un .œæil vitreur., implacablement ouvert. IL ferma les paupières d’une main frissonnants ; mais/e cadavre, rebelle à l’étreinte passionnée dont il l’enveloppait, s’offrit à lui sous un aspect accusateur et terrible. Si Albertine était morte, qui donc en effet l’avait pu tuer ?
Personne, sinon lui. .
” Il se rappelait en traits de feu sa dernière conversation avec elle, cette perver:;
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dtét: d'idées dont il s'êtditsénti énvahi, la fécinaMôn céhstanté dé cé poignard: dd
il n'avait pû détathier ses yéur, la posër- Hlité qu'il avait entrévue avec uné! 8e dé ténttion mallive de tirer péhduit son Sümrheil l’ärmié du fourreau et d'en frapper sa femmé. Cela, il l'avait faït.
Tôut le lui disait, jusqu'a ce poigiard planté dréit dans la blessure, comime d'a vance il s'était imaginé le voir, jusqu'aû fourrédu 1fiéé sur la cominbde ét doft l'ényérturé était tournée dé son côté. À était bièn l’issassin qui, sûr de son chemin, avait mérché dû meublé et du meuble s'était ee vers le Hit. La pente des idées noires qui lui étaient venues dans 14 li berté du sorhiieif, sans cotitrôle intelligent qui leur fit obstacle, Pavait fatale:
ment éntraïné au crirné...Mäis non, C'était impossible. Quels qué soient le vértige du rêvé, la toute-puissante obsession de l'idée fixe, il doit ÿ avoir en nous, 4 Moment dé commettre uil paril meur.
tre, à défaut de l’intérvention de l'âme, à RES le corps n'appartient plus, une révolte de la chair. On ne tue pas ainsi ceux qu'on aïme. Il y 4 dés sympathies physiques qu'il n’est pas donné de vaincré ; il est surtout avec la femnie qué l'on chérit des affinités matérielles qui, précisément parte qu'elles sont telles, ne. Détirront ja mais de résoudre éh une Œuvre dé vio-
lènce:ét dé sing. Ce réligiéux dl frappé dd viétitie Maine avait agi daté un re dont és Méindres détdils ut Eéatôt tüsték présents, ët Isidore n'avait poER révé: Ce n’était donc pas lui qu? 4va v tué Albértiné. S4 raison, sn dmour, jusqu'à ses 1mdiñs trémblantés qu'il agrtait éh signe de ‘ébation lui attéstarénit qu'il n'était pas lé meurtiiér. Quel était:il doné ? I éut un müorhènt Péspoir de lé découvrir. Il'sé séuvint:qué l4 véilleuse était fumée lôrsqu'il s'était énidürmi ét qu’en s'éveillagt il l'avait trou véé éteinte. Il : éxamina et vit que l’Huilé n'en étäit point consuméée, Oh l'avait donc séufflée. Cepéridant personne n’avait dû Héuvéix entrèr, sans faire de Bruit du moins, puisque la porté était férmée en dédans. Il courut à la serrure, et s’apèr:
cut à sa drandé surprise que la clé ét én dehors ét qu'il suffisait dé la tourner à démi pour oùvrir la porté. RE avait donc pu s’introduiré dans là char:
bre. Cés légers indices réussirent d'abord à le convaincre. Néanmoins il se rappe:
lait fort bien s’être levé sur la prière d'AIbertiné pour retirer la clé et la méttre en dedans après avoir fermé la porte à dou:
ble tour. N’en avait-il rien fait? C'était possible, car il se rappelait aussi HE cêt instänt même sa prébceupation était gran:
dé ét'qüé, tot ef allant à la porte, il #6:
tait retourné plusieurs fois pour regarder le poignard. sous l’empire de l’hallucination morale qui avait commencé à l’obséder : il était probable qu'il avait tout sim. plement ouvert et vepapsse la porte. Ses doutes le reprirent. Puisqu’il avait eu si peu conscience de ses actes, ne pouvait-il avoir.soufflé la veilleuse lui-même ? Il se rassurait tout à l'heure en pensant qu'il n'avait point rêvé. Qu'importait cela ? Ce sommeil si profond concluait au contraire contre lui. Puisqu’il sentait qu'il se fût arrêté s’il eût rêvé, si le moindre sentiment, la moindre sensation lui fussent restés perceptibles, n’était-ce pas, puisqu'il n'avait point rêvé. que. d’un bout à l'autre du meurtre, il avait agi dans une. torpeux. absolue ? L’engourdissement avait été tel que la mémoire elle-même s’y était absorbée. N’est-il point après tout de ces rêves que l’on sait avoir faits, dont l’effroi subsiste en sueur sur le front, en frissons par tous le corps, dont on cherche inutilement une trace et qui semblent s’englou- NS gun bloc dans la nuit qui les a susci-
En ces perplexités sans issue, le malheureux Isidore prit sa tête dans ses mains et s’accroupit sur un tabouret. fl n’osait regarder ni à droite ni à gauche.
Au fond, il ne songeait à rien. Czst le bienfait de ces crises extrêmes, quand elles
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n’aboutissent pas immédiatement à la folie, d’anéantir à la fois le corps et là pensée. Il demeura ainsi ‘longtemps. Le premier rayon de jou qui se glissa par les
fenêtres lui fit lever la tête, et, le rendant à la réalité, lui inspira cette fois des craintes toutes positives. Il ne ressentit plus ni la douleur d’avoir perdu sa femme, ni l'horreur de l’avoir peut-être tuée: il se dit qu’il était seul dans cette chambre avec un cadavre, que dans une heure à peine on viendrait, et qu’on l’arrêterait comme l'assassin d’Albertine. Il se vit aux mains des gendarmes et conduit à l’échafaud au milieu des huées de la foule.
Cette honte publique en perspective le terrassa, comme si véritablement et de son plein gré il eût commis le crime.
Aussi pendant quelques minutes chercha-" t-il, à la façon des meurtriers vulgaires, à
dérouter la justice. Il lui fallait faire disparaître le corps, non point l'exporter, cela ne se pouvait pas, mais gsgner du temps en lé cachant dans un placarü, puis
se saüver lui-même à tout hasard...Maïs il ne saurait où aller, et on le rattrape-
rait bientôt. Peu lui importait. Il n’entre-
voyait que la fuite pour le moyen de sa-
lut. Il s’approcha résolument du lit. Pau-
vre insensé! comment alfait-il faire pour
charger brutalement ce corps sanglant
sur ses épaules, quand il ne l'avait cou: :
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vert jusque-là que de caresses et de hais6Fs ln] dy avait Le fer à extraire de La blessure. Isidore prit à deux pis le manche du poignard, il EL de le ti rer à lui, et presque aussitôt il y renonça, car il lui sembla qu'Albertine souffrirait encore. Deux ruisseaux de larmes jaillirent de ses yeux; il se prit en pitié pour l’égoïste et lâche terreur qu'il venait de ressentir, et, s’agenouillant près du lit, our la première fois de la nuit il pria.
ps la prière, un peu de calme et de ferce entra dans son cœur, et il se releva que pour prendre la. seule TÉRONNHEE qu'exigeaient les circonstances et qui fût digne de lui. Qu'il fût ou non l'assassin, il était innocent, 2t, loin de se dérober à la Nip des hommes, il devait se livrer de
à elle et lui demander ou de Pabsoudre ou de trouver le vrai coupable.
Il faisait à peine jour. Isidore descendit sans bruit l'escalier de l'hôtel et sortit.
Une fois dans la rue, il se trouva un peu embarrassé. À l’accomplissement des grandes résolutions de la vie il y a le plus‘souvent un obstacle banal. Il avait à se présenter au A de garde voisin ou au cammissaire de police du quartier. Qr où étaent-ils l’un et l’autre ? Îl ne le savait. IL-erxa dans les rues les plus proches, grelattant sous la pluie fine et froide qui
taujeurs, et avisa enfin la lauter-
8 mi ni indique. les corHpisse ais f sonne nur ou lu jui ARE Le Ha fut d'a for d sur je point, e lui DA ga e le commissaire ne recevait pas à 2e e heure indue ; mais il el cs drsidore que celui-ci avait quelque révé; latiou ne che faire, et le run d’attendre. Ge serviteur eut même le oi de donner doucement un ‘ou de clé à porte d'entrée, afin que le criminel, à c'en était un qui se livrait, ne püt: Es sur sa, louable détermination. sidore s'aper. cut pas de cette A TE ets Éasil suf une banquette.
Le commissaire parut bientôt, et, es qu'iniere ne se doutait ST: oint qu'il fut il le toucha légèrement l'épaule en lui disant : — Qu’avez-vous à m'apprendre, mons eur ?
e crois, HAeUE lui répondit Isi- 978 nf al passent ma femme, tranquillement le commis saire, qui se plaça en face du jeune hom.
mag, Et comment cela est.il arrivé, je vous,
prie ii avec une lucidité d'esprit dont.
il s'étonnait, raconta dans ses moindres (dents. la catastrophe de la nuit. Le comrmiaire écouta Jusqu'au bout, sans l'interrompre, ce Haûrre récit, Il y avait due l'accent du jeun mme tp. % douleur et de RAT ET il s'acçusat Ra
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même d’une si navrante façori, qué le comrhissaire ne savait que penser. Ou cet homme était fou, ou il avait commis ce crime affreux par un de ces accidents physiologiques que la science seule est appelée à juger, ou c'était enfin le scélérat le plus hypocrite, le plus consommé. Le commissaire flottait entre ces trois SUPpositions, et les faits étaient si extraordinaires qu'il penchait pour la dernière. Cependant il est aussi habile que généreux de laisser croire aux criminels qu'on les suppose innocents. On les met ainsi en confiance, et il peuvent se couper plus facilement.
—]]l ne me semble pas autant qu'à vousmême que vous soyez le coupable, dit le commissairs. Puisque la clé était sur la porte, queïqu’un a pu s’introduire dans la chambre.
Isidore ne saisit point cette échappatoire qu'on lui ménageait à dessein.— Mais, fit-il, la clé était-elle sur la porte au moment où le crime s’est accompli? Puisque je ne me souviens de rien en ce qui concerne le meurtre même, ne puis-je
int avoir soufflé la veilleuse, avoir mis a clé en dehors ? Peut-être même, ainsi que je vous l’ai dit, ai-je Cru, quand je me suis couché, avoir fermé la porte et ne l'ai-je point fait! Ah! je n’y comprends rien, CoOntinua-t-il avec une naïveté pres-
que éffrayante en ‘plongeant son regard és éelmi du commissaire. | C'est autre :chose alors, ‘dit-celui:ci.
‘Avez:vous quelque ennemi personnel"? .
-+Je nem’en connais aucun.
-#Etivotre femme:en avaitelle ?
--Aucun que je;sache.
—Et n’avez-vous jamais remarqué en elle aucune inguiétude,;aucun pressentiment:itriste. Les ‘pressentiments ne ‘sont “parfois que la:probabilité :raisonnée :d’un
malheur prochain. | ie .1=-Ah Ydit-Isidore, peut-être. Elle-avait “de; la répugnanee:à venir à Paris: Deux sowitrais'{ois elle a,°sahs ‘motif :apparent, -tressafilià mon bras. Je me suis’ figuré
qu'elle rencontrait quelqu’un:qui lui fai.
sait; peur, mais elle m’a dit que non.
-#Mous-voyez:bien.:Ne:perdez pas cou-
lrage:1ÆEnattendant, je :vous:arrête, Ik faut ‘querje:vous coñfronte avec la:victime.
«be :cormmissaire :fit ’ venir :un de ses “agens, quigarda:Isidore à vue. Il fit pré.
‘véhirien mêmeitemps :un médecin, ;enle ‘priant de se. rendre à l’hôtel : pù le crime lavait .iété commis. Le médecin, qui: deméurait à:deux pds delà, réjoignit promptement Isidore-etle-commissaire, Ce: der
-mer linstruisit-dece qui s'était : passé."Il
était à peine sept heures, et la maîtreske de l'hôtel dormait encore. On: la :révilla
“en lui résommandantdese tenirkranquil-
mi 18.—
le, afin d'éviter tout désordre ; puis l’on monta à la chambre d’Albertine. Le médecin examina la blessure ::--C’est, ’dit-il, un coup frappé avec une énergie sauvage et d'une main sûre, un Coup très-rare d’ailleurs, car la lame:a: glissé ‘droit au cœur sans se heurter à aucun':obstacle, et la mort a dû être foudroyante.
Tout en écoutant le médecin, le commissaire observait Isidore à la dérobée: Isidore pleurait. En face de sa femme norte, il ne s’occupait plus que:de’‘sa douleur.
— Croyez-vous, fit à demi-voix lé commissaire, que son mari ait pu le frapper comme il prétend, ou plutôt comme il croit l'avoir fait, dans un accès de somsambülisme ? ::,,::: | Re
—Ce serait étrange, mais non impossible. 1 y a même des actes dans lesquels le somnambule n’agit jamaisaveuglément. Il obéit toujours à une: idée préconçue et ne fait en défimtive que ce qu'il veut faire. Si. cet homme aimaïf sa femme, il n'est pas probable qu’une inspiration maladive, venue en quelques instants, ait prévalu contre l'affection qu'il lui:portat. D’ailleurs gardez-le au secret. Ge soir, si l’état mental où je le vois suit son cours naturel, nous serons certainement à peu près fixés. 1 iQ 6130 2 HG —Que produira:til ? cie 0 Vous le verrez, car jevous prierai
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d’être là. Qu'il ait eu ou non un accès de somnambulisme, il en aura un ce soir, ou tout au moins une hallucination équivalente. L’imagination est trop surexcitée pour qu'il n’en soit pas ainsi. Et nous conclurons alors deg£e que nous le verrons faire à ce qu'il a pu ou aurait pu faire cette nuit.
Pendant que l’agent prenait les devants avec Isidore, qui fut écroué et mis au secret le nême jour, le commissaire inter rogea en se retirant la maîtresse de l’hôtel Aucun bruit qui püt éveiller des soupçons n'avait été la nuit entendu dans la maison. Le garcon de service de la souspente où il couchait, avait tiré le cordon à un assez grand nombre de personnes qui entraient ou sortaient ; mais cela m'avait rien d'étonnant dans un hôtel habité par des étudiants qui, en hiver surtout, n’ont pas d’habitudes régulières. Le commissaire sortit en mettant la chambre sous les scellés et en annonçant que l’enlèvement du corps se ferait le lendemain à neuf heures du matin.
“Isidore répondit au magistrat qui se
‘présenta ce qu'ilavait dit au commissaire.
Toute la journée se passa pour lui dans des alternatives d’affaissement complet et
d’élans de douleur. Aux approches de la
nuit, le gardien apporta une lumière qu’il plaça sur la commode et se retira. Isidore,
‘qui était resté: assis dans ‘ün:grand ‘fauiteuille de:paille'près de la cheminéermw'en ‘bougea point pour:se coucher. Le:lit:qu'il ‘entrevovait dans l’ombresemblait luiinspirer un véritable effroi. Il: y ÿetait:de ‘temps à autre de furtifsregards. Quoique les heures s’écoulassent, il luttait: contre le sommeil. Vers minuit il y succomha, mais avec uñe physionomie creusée de fatigue ‘et tourmentée de terreurs. ’Le commissaire de poliee :et le ‘médecin le considéraient.sans:qu'il lés vit, par un: ju- “das ‘’pratiqué:dans ‘la ‘cloison. ‘Au bout ‘d’une heure d'un sommeil qui était ceelui “du corps'ét non de l'âme, 1l se-leva pe- “samment et'sacher.ina en: trébuchant vers la commode; ot il'fitle-geste dertiter “une arme de son fourreau. ‘Il :obéissait: à une puissance fascimatrice plus forte ':que | -:$a volonté. De:la commode, ilallaau :lit «êt leva le bras pour frapper ; mais:au mè- ‘me instant il se rejeta énarrière, : poussa ‘un cri d'horreur, d’intignation : etide ‘ré. volte, qui remua jusqu'aux ‘entrailles les témoins de cetteiscène, et tomba inanimé sur le carreau. Le commissaire et : médecin entrèrént, ie rélevèrent et lui firent “donnér les soinsque réclamait :son état.
Isidore: était en proie à un accès: de:fièvre chaude; et deux hoînmes avaient:peine : à le tenir. SCO Mec tpo fl | =Ebbien ? demanda le commissaire an médecin.
| —2h— —Gethomme-n'a pas eu:d’attaque: de,
sornambulisme lanuit dernière, car: il.
n'aurait pas plus tué:sa: femme-alors qu’il.
nel’eûttuée maintenant. Quant. à: l'avoir
assassinée de sang-froid, je:ne- crois pas.
qu'ilil'ait; fait: On. n’imite: pas: à. un. iel:
point:le désespoir:et: la, douleur, onu ne.
poussepas de:nérti-pris ce sauvage cri du.
cŒurique nous avons entendu ; on ne simüle;:passurtout, avec les désordres qu'el:
lecausé:et les traces qu’elle: laisse, une.
semblable hallucination. Tout-vequ'it dit doit:être vrai, sauf le:crime dont il s’aceu-
se. Le:meurtre a dû se commettre à ses côtés, mais par: d’autres mains que. les.
siénes:
Aiñsi-vous le:croyez innocent ?