‹ Le meurtrier d'Albertine Renouf [microforme]Chapitre 4 sur 11 · QUE · texte numérisé non relu

QUE

-—Etmoi aussi; mais alors quel:est. le coupable?

—Ah ! mon cher commissaire, dii. em riantrlermédecin; le découvrir, c’est votre affire:

Le:commissaire s'appelait M. Gestral.

C'était un: homme de-quarante ans, d’une.

figure; bienveillante:et très finie. Il n'était,

d'ailleurs, pour ainsi dire, que.de passage

à-la-police. Tl'avait-occupé-longtemps. un

poste au ministère de l’intérieur ; puis, ce poste ayant été supprimé, on lui avait :offert, en attendant vue autre position, les fonctions qu’il remplissait. Il les avait acceptées sans répugnance, et même avec curiosité. C'était un de ces esrrits scrutateurs et sagaces qui se mettent volontiers à la recherche de l’inconnu. Le mystérieux avait pour M. Gestral tout l'attrait d'un problème; mais il le poursuivait moins en mathématicien qu’en artiste et en rêveur. Seulement ce rêveur, qui s’attachait plus aux sentiments qu'aux faits était un analyste de première force. Il prenait une passion à ses débuts, la suivait dans ses développements progressifs et logiques, tenant compte de ses hésitations, de ses combats, de ses retours en arrière, faisait halte avec elle ét parfois la devançait au but pour l’y surprendre et l'y saisir.

“L'exercice de ses nouvelles fonctions fut tout d’abord pour M. Gestral une déception. Les coupables ordinaires ressemblent quelque peu aux animaux. Ils ont l'instinct bien plus que l'intelligence du mal, et vont naivement où la sensation les pousse. [Il agissent en vertu de mobiles si simples et se livrent si complaisamment que M. Gestral, n'ayant aucune peiñé à les deviner et les jugeant indignes de lui, ne s'intéressait que très médiocre- .

ment à eux. Il n’en était pas de même par exemple de l'affaire d’Isidore, qui se présentait avec toutes les circontances obscures qu'il pouvait désirer, moins à cause d’Isidore, que, dans sa conviction, le commissaire regardait comme innocent, que par suite des complications qui surgissaient. En effet, Isidore hors de cause, quel était le meurtrier ? M. Gestral ne dormit. pas et envisagea la question sous toutes ses faces. Isidore ne se sachant pas d’ennemi etaucun vol n’ayanteu lieu, bien qu’une somme assez importante se trouvât précisément près du poignard sur la commode, le meurtre avait 6éié commis daps une pensée de vengeance contre Mme Renouf. Or il n’est à se venger ainsi d’une jeune femme qu’un amant évincé on cruellément dédaigné.

: Les appréhensions qu'avait eues Albertine.de voyager à Paris, les frissons de terreur qui l'avaient deux ou trois fois agitée au bras de son mari indiquaient suffsamment qu'elle s'était sentie menacée.

Toutefois le crime, inspiré par la jalousie ou le ressentiment, à moins d’une perv:rsité très précoce, et par cela même très rare, ne semblait pas d’un jeune homme.

Un amant de vingt ans, emporté par. la passion, peut tuer sa maîtresse au bras d’un rival ; mais alors iltue aussi le rival, car il Le haïit à l’égal de la femme, comme

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