‹ Le Mexique ancien et moderneChapitre 17 sur 92 · DE L ORIGINE DE LA CIVILISATION MEXICAINE · texte numérisé non relu

DE L ORIGINE DE LA CIVILISATION MEXICAINE

Cette description, rapide et fort incomplète, est certainement favorable à la civilisation des peuples que les conquérants espagnols trouvèrent au Mexique. Elle doit rencontrer de l'incrédulité, et l'objection qu'on y fera surtout, c'est que les naturels, qui sont si nombreux encore au Mexique et qui y forment encore le principal fonds de la population, ne ressemblent guère au portrait que je viens de tracer de leurs aïeux, portrait que, au surplus; vingt écrivains autorisés ont tracé avant moi , car ici je ne suis qu'un humble copiste. Portrait de fantaisie, dira-t-on : voyez les descendants de ces peuples prétendus tant civilisés! A cela, M. Prescott me semble avoir répondu victorieusement par les réflexions suivantes, que je reproduis ici, d'après la traduction de M. Amédée Pichot, qui a rendu heureusement et mot à mot les paroles de son original :

tt Les personnes qui connaissent les Mexicains

d'aujourd'hui concevront difficilement que la nation ait jamais été capable d'imaginer l'organisation éclairée que nous venons d'exposer ; mais il ne faut pas oublier que dans les Mexicains de nos jours nous ne voyons plus qu'une race conquise, aussi différente de ses ancêtres que les modernes Égyptiens de ceux qui construisirent , je ne dirai pas les lourdes Pyramides,— mais les temples et les palais dont les magnifiques ruines jonchent les bords du Nil, à Luxor et à Karnac. La différence est moins grande entre les Mexicains actuels et leurs ancêtres qu'entre l'ancien Grec et ses descendants abâtardis, errant au milieu des chefs-d'œuvre de l'art qu'ils ont à peine la capacité de comprendre. Et pourtant ils respirent le même air, ils jouissent du même soleil , ils contemplent les mêmes sites que les Grecs qui tombaient à Marathon ou triomphaient dans les jeux Olympiques. Le même sang coule dans leurs veines, mais des siècles de tyrannie ont passé sur eux; ils appartiennent à une race conquise.

« L'Indien d'Amérique a quelque chose de craintif et de recueilli dans sa nature; il se replie instinctivement sous le rude toucher d'une main étrangère ; lors même que cette influence extérieure se présente sous la forme de la civilisation, il semble s'affaisser et s'éteindre sous elle. C'est ce qui est arrivé pour les Mexicains. Sous la domination espagnole, leur nombre s'est éclairci en silence; leur énergie, comme peuple , a été brisée ; ils ne foulentplus leurs montagnes avec la fière indépendance

de leurs ancêtres. Dans leur démarche languissante , dans leur physionomie douce et mélancolique, on lit les tristes caractères d'une race conquise. La cause de l'humanité y a gagné sans doute. Ils vivent sous un meilleur système de lois: ils jouissent d'une plus grande sécurité, d'une foi plus pure. Mais tout cela est en vain. Leur civilisation avait l'énergique caractère des solitudes du nouveau monde. Les farouches vertus des Aztèques étaient le fonds de leur être , et ils ont refusé de se soumettre à la culture européenne, de se laisser grefl'er sur une tige étrangère. L'extérieur de l'Indien, son teint, ses traits sont encore les mêmes, mais le caractère moral de la nation, tout ce qui constituait l'originalité de la race, est à jamais effacée »

Nous pouvons maintenant nous poser une question, celle de savoir d'où dérivait la civilisation de ces peuples. Il est difficile d'y répondre avec quelque certitude. A la fin du douzième siècle, plusieurs peuplades Je la même famille étaient venues du nord se fixer dans la belle vallée de Mexico, désignée aujourd'hui encore, avec beaucoup d'extension, par son nom antique d'Anahuac : c'étaient les Chichimèques, race barbare, et ensuite les Nahuatlèques en plusieurs tribus distinctes , parmi lesquelles on distinguait les Acolhues ou gens de Tezcuco,les Mexicains proprement dits ou Aztèques,

1. Conquête du Mexique, par M. Prescott , traduction de M. Amédée Pichot, t. I, p. 40.

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