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les gens de Tlascala ou du moins une partie d'entre eux% ceux de Chalco et deXochirailco, et les Tépanèques. La mystérieuse région qui leur avait servi de point de départ était désignée chez les Aztèques par le nom d'Aztlan. Ce devait être bien loin au nord-ouest de Mexico. Le pèlerinage avait été long et périlleux , signalé par beaucoup de vicissitudes. Il avait été interrompu par plusieurs stations , dont une est probablement indiquée par les ruines nommées Casas Grandes, éparses sur les bords du Rio Gila. Mais ils ne s'arrêtèrent définitivement que lorsqu'ils eurent rencontré le signe annoncé par l'oracle , un aigle perché sur un nopal sortant d'un rocher isolé au milieu des eaux, et tenant un serpent dans son bec-. A cette place ils fondèrent leur ville de Tenochtitlan , devenue depuis , sous le nom de Mexico, l'une des plus belles de l'univers. On assure que dans les environs de la baie de Noutka, qui est, comme on sait, sur la côte occidentale de l'Amérique du Nord, et dans tout l'espace compris entre les 50« et 60"= degrés de latitude, des tribus subsistent encore, dont l'idiome en plusieurs dialectes a de remarquables rapports avec la langue mexicaine.
Les peuplades apparues sur le plateau mexicain vers la fin du douzième siècle y avaient trouvé des nations possédant les attributs de la civilisa-
1. Il y a lieu de croire que la population de Tlascala comptait beaucoup de Chichimèques.
2. Ce sont aujourd'hui les armes nationales du Mexique indépendant.
tion. C'étaient les héritiers, plutôt que la descendance directe des Toltèques, peuple remarquable dont nous avons dit un mot plus haut.
On peut penser que l'Asie, mère commune de toutes les civilisations de l'ancien monde , avait contribué pour une part à fournir les éléments de la société mexicaine , ou du moins apporté un contingent aux idées religieuses et à la science des nations d'Anahuac. Des traditions qui, par plusieurs côtés, ainsi qu'on l'a vu, se rapprochent de nos croyances bibliques, et qu'on retrouve, avec peu de modifications quelquefois, dans les religions de l'Asie, sembleraient leur être arrivées de là. Le fait est que la communication de l'Asie à l'Amérique, par le nord-ouest de celle-ci, est très-facile. Le détroit de Behring, qui sépare les deux continents vers le 66'= degré de latitude, n'a que cm; kilomètres de large, et encore au milieu du canal trouve-t-on quelques îles qui peuvent servir de station intermédiaire ^ Sans remonter tout à fait à ces latitudes septentrionales, oii l'Asie n'a jamais offert que des régions glacées et des tribus complètement barbares, il est aisé de passer en canot, du Kamtchatka ou même du Japon par les îles Kouriles, aux rivages américains, en allant d'île en île dans l'ar-
1. Quelquefois, selon M. deHumboldt, les ïchouktches d'Asie, malgré leur haine invétérée contre les Esquimaux du golfe de Kotzebue , passent par là aux côtes américaines. Ainsi , ces sauvages auront été, de tous les enfants de l'ancien continent, les premiers, selon toute apparence, à visiter le nouveau; mais ils y allèrent sans rien voir, rien apprendre ni rien apporter.
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chipel allongé des Aléoutiennes, de manière à ne jamais rester plus de quarante-huit heures chaque fois sur l'Océan. On peut encore remarquer qu'une chaîne d'îles d'une immense 'cngueur s'étend, sans interruption considérable, des parages de la Chine, sinon de beaucoup plus loin, jusques à l'Amérique, car les Aléoutiennes se développent du Kamtchatka au nouveau continent, et de la Chine au Kamtchatka on trouve Formose, ensuite le chapelet des îles Liéou-Khiecu, puis le groupe du Japon, et enfin les Kouriles. Alors que le Céleste Empire, ayant plus de sève qu'aujourd'hui, éprouvait le besoin de s'épandre, tandis que, depuis, toute son ambition aurait été de s'enfermer, l'esprit de commerce et la propagande religieuse ont poussé les hommes à suivre cette immense chaussée de plus de 5000 kilomètres de long, tantôt sous-marine, tantôt apparaissant en archipels allongés au-dessus de la surface des eaux, qui relie les plus belles régions de l'Asie au nouveau monde. Deux cents ans avant notre ère, les annales chinoises mentionnent l'expédition mystique de Thsin-Chi-Houang-Ti, qui parcourut ces mers orientales « pour chercher un remède qui procure l'immortalité de l'âme. » Ces nations commerçantes, et alors plus aventureuses, ont possédé anciennement la boussole pour se guider. On est donc fondé à conjecturer — sauf à contrôler, s'il se peut, cette opinion par le témoignage de l'histoire et par celui de l'archéologie, ou même de la physiologie, à défaut de tout le reste — que quelquesuns de leurs voyageurs au moins avaient péné-
tré dans le nouveau continent. Pour des peuples aussi civilisés et aussi puissants que ceux de la
I Chine, du Japon et de l'Inde, qu'était-ce en effet que le voyage d'Amérique, en comparaison des pérégrinations que des sauvages ont pu accomplir dans le même grand Océan , à des distances de : plus de 2000 kilomètres, de Taïti, par exemple, à la Nouvelle-Zélande, ainsi que c'est constaté par ;' l'analogie des idiomes et des coutumes?
Les rapports anatomiques entre les Asiatiques de l'Orient le plus reculé et les indigènes de l'Amérique sont si nombreux , que M . de Humboldt a pu s'exprimer en ces termes : « On ne peut se refuser à admettre que l'espèce humaine n'offre pas de races plus voisines que celle des Américains, des Mongols, des Mandchoux et des Malais. » Cependant cet argument est loin de suffire à établir que les habitants de l'Amérique soient venus de l'Asie. La science ne contredit point la tradition biblique de l'unité de l'espèce humaine, et du moment que l'on croit à cette unité, il est tout simple d'admettre que la proximité des lieux, proximité trèsgrande ici, on vient de le voir, entraîne la conformation similaire des hommes, comme elle a causé celle des plantes qu'offrent les deux continents lorsqu'ils s'avoisinent, soit par le Groenland, soit par le Kamtchatka.
Ce que nous avons rapporté des croyances et des traditions religieuses des anciens Mexicains offre, avec la cosmogonie ou la théologie des peuples de l'ancien continent, des analogies qui sont trop
nombreuses pour que la coïncidence puisse être considérée comme fortuite. Rien qu'en présence de pareils faits, nier que des communications aient existé entre l'un des continents et l'autre, et que la civilisation des anciens Mexicains en ait reçu et conservé l'empreinte, nous semble impossible, à moins du scepticisme le plus absolu, ou à moins qu'on n'ait voué un culte obstiné à Sa Majesté le hasard, ainsi que le disait Frédéric le Grand.
L'ensemble des analogies, joint aux facilités que la nature donne pour le passage, porte à penser que la. communication avec l'Asie a eu plus de part que les relations avec l'Europe au développement de la civilisation mexicaine. Humboldt considère que les cycles de la cosmogonie aztèque présentent à cet égard les éléments d'une démonstration positive; mais il cite d'autres similitudes tellement frappantes, qu'elles doivent déterminer la conviction chez les esprits les plus rebelles; j'en cite un exemple, le plus remarquable de tous :
Les Aztèques distinguaient dans leur calendrier les jours successifs par douze signes représentant certains animaux. Les peuples d'origine mongole désignent de même par des figures d'animaux les douze signes du zodiaque et diverses divisions du temps. Sur les douze bêtes adoptées par les Orientaux, quatre existent au Mexique' ; on les retrouvait dans le calendrier mexicain. Trois autres qu'offre l'Asie manquaient à l'Anahuac, mais y avaient, si-
l. Le lièvre, le serpent, le singe, le chien.
non des similaires, du moins des analogues plus ou moins voisins* par lesquels les Mexicains les avaient remplacées. Les cinq autres signes mongols^ n'ayant ni semblables ni analogues au Mexique, on y avait substitué des animaux tout différents. Enfin, les signes- du calendrier aztèque, de même que ceux des Mongols, avaient un usage astrologique, car les Mexicains se livraient avec ardeur à l'astrologie.
Le calendrier lunaire des Hindous, formé de signes plus arbitraires encore, offre pareillement une concordance curieuse avec le calendrier des Aztèques'.
Voilà, si je ne me trompe, des raisons probantes à l'appui de l'opinion d'après laquelle le Mexique n'était pas sans avoir eu quelques rapports avec les hommes civilisés de l'Asie; mais aussi bien il serait téméraire de considérer la civilisation mexicaine comme une branche sortie du tronc asiatique. En Europe, nous trouvons dans nos institutions et nous portons sur nos personnes la preuve de la filiation grecque et romaine. Sans recourir à la philologie, à la technologie et à l'étude des religions et des moeurs, l'histoire la plus authentique nous interdirait le doute sur ce point. Nous dérivons
J, Chez les Mongols ce sont : le léopard, le crocodile, la poule , remplacés sur le calendrier mexicain par l'ocelot (quadrupède féroce semblable au jaguar, mais plus petit), le lézard, l'aigle.