Voir ci-après, deuxième partie, chapitre II
2. Les chevaux étant très-rares alors à Cuba, Cortez les avait payés de 450 à 500 pesos de oro par tête, soit moyennement475.
La valeur du peso de oro. ou ce qui est plus matériel encore, le poids de métal fin qui s'y trouvait est malheureusement incertain. M. Prescott, dans son célèbre ouvrage de la Conquête du Mexique, en donne une estimation qui ferait ressortir ce poids à celui qui se trouve dans 66 fr. de la monnaie d'or française. Mais Humboldt, dont tout le monde connaît l'exactitude et l'admirable esprit d'analyse, avait donné du poids du castellano. qui est la même chose que le peso de oro, une estimation qui ne le mettrait quà 15 fr. 58 c. Quoique M. Prescott soit venu après Humboldt et en ait eu l'évaluation sous les yeux, j'hésite fort à préférer la sienne. Une des raisons qui me porteraient à croire celle de Humboldt plus correcte c'est précisément ce prix des chevaux. D'après la thèse de M. Prescott , ce prix eût été de 31 350 fr. Mais l'or ayant diminué de valeur pour le moins dans le rapport de 4 à 1 , c'est comme si un cheval coûtait aujourd'hui 121000 fr. ce qui est inadmissible.
L'évaluation de Humboldt, pour le peso de oro, conduirait au prix de 29 600 fr. qui est déjà exorbitant, mais qui pourtant n'est que le quart de l'autre.
mais on en avait perdu quelques-uns depuis lors, dans les combats contre les naturels du Yucatan et par la maladie.
Cortez amenait avec lui au Mexique deux personnes qui devaient lui être utiles à des degrés divers. C'étaient des interprètes. Au départ'de Cuba, il y avait sur l'escadre un naturel du Yucatan que Grijalva avait pris et qui, parmi les Espagnols de Cuba, avait appris un peu de leur langue. Mais une fois l'expédition arrivée dans son pays , il s'était échappé. Cortez put le remplacer avantageusement par un Espagnol qui depuis huit années habitait le Yucatan, bien malgré lui. C'était un religieux qu'un naufrage avait jeté sur cette côte et qui y avait été réduit à un dur esclavage. Il se nommait Jeronimo de Aguilar. C'était un homme simple de cœur et dévoué. Malheureusement il ne parlait que le dialecte du Yucatan, qui n'était pas inteUigible pour les gens du Mexique ; mais un intermédiaire se présenta bientôt. Le cacique de Tabasco, ville du Yucatan près de laquelle la bataille s'était livrée entre les Espagnols et les indigènes, avait donné à Cortez, quand on avait fait la paix, vingt esclaves, vingt femmes. Dans le nombre, une, la plus belle, était née au Mexique, dans la province du Guazacoalco. Elle était en bas âge quand mourut son père, cacique riche et puissant. Sa mère s'était remariée, et de son second lit avait eu un fils auquel elle voulut assurer le bien de son premier époux. A cette fin, elle fit passer sa fille pour morte, en lui substituant le cadavre de l'enfant d'une de ses esclaves, et elle
la vendit à des marchands. Ceux-ci, après quelque temps, la revendirent au cacique de Tabasco, qui en fit don au Conquistador. Dona Marina, c'est le nom que lui donnèrent les Espagnols, parlait ainsi le mexicain et l'idiome des Yucatanais.En attendant qu'elle eût appris l'espagnol, elle pouvait, de moitié avec Aguilar, composer un moyen de communication avec les Mexicains. Mais elle ne tarda pas à être par elle-même un interprète complet. Elle ne fut pas longtemps à bien savoir l'espagnol; l'amour le lui apprit. Séduit par sa beauté, Cortez en fit sa maîtresse, et elle se passionna pour lui. Elle déploya, afin de lui être utile, cette puissance d'observation pénétrante, cette sorte de divination que l'amour inspire. Elle rendit aux Espagnols les plus grands services, car plus d'une fois elle contribua à les tirer de périls extrêmes.
Nous venons de dire quelles étaient les forces de Cortez: six cent cinquante hommes, et il s'attaquait à un empire !
Car ce n'étaient plus des peuplades sauvages qu'on allait trouver devant soi, c'était un État fortement organisé.
Dans leurs rapports avec les gens de Tabasco, du Yucatan, ce que Cortez et ses compagnons avaient recueilli sur le pays que nous appelons le Mexique indiquait quelque chose à part dans le nouveau monde, une nation dont l'opulence et la puissance n'avaient pas de bornes dans l'opinion des Yucatanais, qui pourtant n'étaient pas étrangers aux éléments de la civilisation, car ils avaient de belles
cultures et des villes bien bâties. Les Aztèques, race dominante parmi les Mexicains, avaient porté leurs armes au loin; ils avaient fait de grandes conquêtes, et répandu partout la terreur de leur nom du côté du midi. Jusqu'à Guatimala, on reconnaissait leur loi ou leur suprématie. Le nom de leur empereur, Montézuma S inspirait un grand respect mêlé d'un effroi plus grand encore. Peu après son débarquement, Gortez a une entrevue avec Teuhtlile, gouverneur de la province, guerrier plein de courtoisie, remarquable par son intelligence et sa finesse, un véritable homme de cour enfin, si on le juge d'après les relations des chroniqueurs. Gortez ayant dit à cet officier qu'il était l'envoyé d'un grand empereur, aussi renommé que son propre maître, Teuhtlile reçoit avec stupéfaction la nouvelle qu'il puisse exister un souverain d'une puissance égale à celle de Montézuma. Quelques semaines après, Gortez, dans une entrevue avec un cacique, lui demande de qui il est le vassal: « Eh! répond le chef, de qui peut-on l'être, si ce n'est de Montézuma? » Plusieurs mois plus tard, quand il s'est avancé dans l'intérieur, après sa lutte contre les Tlascaltèques, interrogeant un autre chef, il s'informe si Montézuma n'est pas son souverain : « De qui Montézuma n'estil pas le souverain? » fut la réponse. Un luxe extrême régnait autour de ce prince ; les emplois même infimes auprès de sa personne étaient remplis par
1. C'est son nom tel que les Européens l'on arrangé, afin qu'il sonnât agréablement à l'oreille. Le vrai nom paraît avoir été Moçtheuzoma.
des hommes de rang. L'étiquette était de lui parler les yeux baissés. Cortez, une fois arrivé à Mexico, écrivait à Gharles-Quint: « Je crois qu'il n'y a pas de Soudan, pas de prince infidèle connu jusqu'aujourd'hui, qui se fasse servir avec autant de faste et de magnificence ; » ici, dans la bouche de Gortez, le mot de Soudan et de prince infidèle est une manière de superlatif. Les paroles conservées par Bernai Diaz, par lesquelles l'empereur aztèque accueillit Gortez lorsqu'il lui donna une première audience dans son palais à Mexico, montrent ce qu'il était pour les populations indigènes: « Vos amis deTlascala vous auront probablement raconté, dit-il avec un sourire, que j'étais semblable aux dieux, que j'habitais des palais d'or, d'argent et de pierreries ; mais, vous le voyez, ce sont des contes sans fondement. Mes palais sont, comme les habitations de tous les hommes, de pierre et dé bois. Mon corps, ajouta-t-il en découvrant son bras, est, regardez-le, de chair et d'os comme le vôtre. Certes, je tiens de mes ancêtres un immense empire, j'ai de grands territoires, de l'or et de l'argent; mais.,.. »
Examinons rapidement ce qu'était l'empire mexicain, dans quel état s'y trouvaient les arts et les sciences, quelles idées et quels sentiments y régnaient, quelle en était l'organisation politique et sociale, ce qu'y étaient les croyances religieuses et le culte, en un mot jusques à quel degré la civilisa-* tion y était parvenue.