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Un an ne s'était pas écoulé qu'il en mourait de chagrin

ANCIEN ET MODEREE. 225

b ordination d'ijlid avait été réprimée et que luim^me avait été décapité par l'ordre d'un autre ûfiicier que, sur un premier avis, Cortez avait dépêché. Au milieu des dangers et des souffrances de cette pénible marche, un acte de cruauté avait été commis pas la volonté même de Cortez et sous ses yeux. Guatimozin avait été jugé, condamné et exécuté comme méditant un projet de réTolte. 11 fut pendu à un arbre, avec deux chefs, dont l'un était l'ancien roi de Tacuba. qui, en même temps que lui, avait été torîuré à Mexico. Tout porte à croire que Guatimozin était innocent; c'est l'opinion de Bernai Diaz, qui était de l'expédition, et ce chroniqueur ajoute que tous ses compagnons d'armes trouvèrent injuste la condamnation de ce jeune héros. Cette exécution reste comme une tache sur la mémoire de Crriez. Elle fut marquée par un raffineraeiit d^ i i : a rie. Gruatimozin et les deux caciques lient :^r : :5 par les pieds, afin que leur mort fût >js lente e: leur agonie plus douloureuse. A ce r:i rrrnt C ::f: : :: :i périj; sa troupe manquait e vivres. : n tta : : : :u dans les bois, et si les In- .ens, qui faisai-r.i ; : :- e l'expédition, n'eussent :é contenus par ce terrible acte d'autorité, ils au- : lient pu, dit -on. se rè+ov:'n?r contre les Espa- nols. Il est pr : i: : i; 1 e :;;..- ..vi.Tues-unes des personnes qui étaient dans rintimité de Cortez eurent cette inquiétude et la lui communiquèrent. Mais y avait-il lieu de la ressentir? Le conseil qui put être donné à Cortez de se défaire de Guatimozin némanait-il pas de ce zèle funeste dont se parent volon-

tiers ceux qui entourent les souverains et les personnages puissants, par l'elïet de l'étroitesse de leur esprit ou de la bassesse de leur cœur? L'histoire ne doit guère accorder aux grands hommes qui se laissent ainsi induire à mal le bénéfice de circonstances atténuantes telles que le soupçon qu'on fit planer sur la tête de l'infortuné Guatimozin. Pour qu'elle leur donne sans réserve le nom de grands, il faut qu'ils aient su porter le poids de leur situation, alors même qu'elle était la plus lourde, et qu'ils aient résisté aussi bien aux suggestions coupables de prétendus amis qu'au choc des événements.

Cortez était à peine rentré à Mexico de l'expédition de Honduras, qui lui avait pris deux ans, lorsqu'il fut informé de l'arrivée prochaine d'un de ces hauts commissaires que la cour de Madrid devait envoyer de temps en temps dans ses immenses possessions d'outre-mer, pour examiner comment elles étaient administrées, et qui, pour mieux faire leur examen , s'emparaient du gouvernement même. C'était l'intrigue contre lui qui reprenait le dessus. Cette fois du moins, le commissaire ou juge (juez de residencia) était un homme d'une grande distinction personnelle, Ponce de Léon. Il portait une lettre autographe de l'empereur à Cortez, destinée à adoucir le coup. Malheureusement Ponce de Léon, arrivé en juillet 1526, succomba presque immédiatement aune lièvre maligne. En mourant, il délégua son autorité à un subalterne, vieillard tracassier et sans discernement, qui fut confirmé par la cour de Madrid et qui , iHfatué de sa soudaine impor-

tance , sembla prendre à tâche d'offenser Gortez. Celui-ci se décida à aller exposer lui-même sa conduite à Gharles-Quint, qui du reste, de son côté, au même moment, l'appelait à la cour pour conférer, disait-il, sur de grands projets relatifs aux Indes, et lui décerner une récompense proportionnée à ses services. En réalité, on craignait à Madrid que Gortez ne voulût se rendre indépendant. L'empereur fut plein de courtoisie envers le grand homme auquel il avait tant d'obligations. Gortez resta à la cour , comblé d'attentions par le souverain. Pendant qu'il souffrait de la fièvre, Gharles-Quint lui fit une visite , ce qui est signalé par les historiens du temps comme une faveur après laquelle l'empereur aurait pu se croire quitte envers son serviteur. Gharles-Quint ne pensa pas ainsi. Il le fit marquis de la vallée d'Oaxaca, et attacha à ce titre des domaines fort étendus, contenant vingt villes et villages, et 23 000 vassaux. D'autres possessions furent jointes à ce marquisat. L'acte qui concédait à Gortez les terres de la vallée était conçu dans les termes les plus flatteurs; la fidélité et la loyauté du capitaine y étaient exaltées ; il y était loué pour les services qu'il avait rendus à la couronne de Gastille et à la foi catholique. Mais Gharles-Quint ne voulut jamais rétablir Gortez dans le gouvernement du Mexique. Tout ce qu'on en put obtenir fut qu'il le nommât capitaine général du pays conquis et des côtes de la mer du Sud , c'est-à-dire qu'il lui confiât l'autorité militaire , à l'exclusion des attributions politiques, civiles et judiciaires.

Cortez se décida à retourner au Mexique en cette qualité. Il y éprouva beaucoup de dégoûts de la part des autres dignitaires qui se laissaient gouverner par une misérable envie; il s'en consola en mettant ses terres en valeur au moyen des belles cultures, nouvelles pour le pays , qu'il y établit, et plus encore en organisant des voyages de découverte et de conquête sur les portions encore inexplorées des rivages de la mer du Sud ou océan Pacifique. Mais là même ses desseins furent traversés par YAudicncia, ou tribunal supérieur , qui était pour le moment dépositaire du gouvernement, et par un fonctionnaire nommé Gusman , type de cette venimeuse jalousie qui s'attache aux pas des grands hommes. Il n'en découvrit pas moins la Californie, et son nom est resté, sur les cartes espagnoles, au golfe qui sépare la presqu'île californienne de la Californie continentale. L'expédition pourtant ne fut pas heureuse. Peu s'en fallut que Cortez et ses compagnons ne périssent tous dans un naufrage. Cortez y avait dépensé cent mille castcUanos du sien ' et il n'en rapporta pas la valeur d'une piastre. Il y gagna du moins un surcroît de renommée. Ce fut le dernier de ses efforts en Amérique. Pendant ce

1. D'après ce qui précède, cette somme aurait formé le poids de métal fin renfermé dans 1558 000 fr. de la. monnaie d'or française, et eût représenté, à cause de la dépréciation que l'or a subie, une dépense environ quadruple, c'est-à-dire de 6232 000 fr. Ceci est dans la supposition qu'on adopte pour le castellano ou peso de oro l'estimation de Humboldt, que je considère comme la plus vraisemblable. Si l'on préférait celle de Prescott, il faudrait pour le moins quadrupler encore.

voyage , le premier vice-roi qu'ait eu le Mexique était arrivé à Mexico, et Cortez ayant voulu renouveler ses recherches dans les mêmes parages, ce haut dignitaire lui interdit de partir, parce qu'un moine voyageur lui avait dit que l'Eldorado était du côté vers lequel Cortez voulait se diriger, et dès lors il croyait devoir se réserver le droit et le profit de la découverte. Le moine avait dit vrai sans s'en douter ; on l'a su en 1848, quand les mines d'or de la Californie ont été reconnues.

La carrière de Cortez en Amérique se termine à cette querelle du vice-roi. Il retourna en Espagne, d'où il ne devait plus revenir dans le nouveau monde. Il prit part, plutôt comme simple spectateur que comme un des chefs , à Texpédition malheureuse de Charles-Quint contre Alger, en 1541. Dans la tempête qui détruisit une partie de la flotte, il se sauva a la nage. Il y perdit des pierres précieuses dun prix inestimable, qu'il avait rapportées des trésors de Montézuma. Dans un conseil de guerre que tint l'empereur après l'ouragan , on décida de renoncer à l'entreprise. A cette nouvelle, Cortez, à qui l'on avait fait l'affront de ne pas l'appeler au conseil, manifesta une vive indignation. Il s'engagea à s'emparer de la place, si l'on voulait lui céder le commandement. Il fut éconduit comme un rêveur importun. De ce moment son crédit alla en déclinant à la cour. On le traita comme un personnage incommode, et il mourut accablé d'ennuis, le 21 décembre 1547. 11 était dans sa soixante-troisième année.

DE LA CONQUÊTE DU MEXIQUE CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE DRAMATIQUE OU COMME SUJET d'uNE ÉPOPÉE.

Le récit de la conquête du Mexique ressemble à un poëme épique ou à un roman de chevalerie, tant les événements et même les incidents s'y offrent sur des proportions grandioses, tant les hommes s'y montrent au-dessus de la taille ordinaire, tant le merveilleux lui-même y a de part. A^'oilà un aventurier qui, parti de Cuba avec 553 soldats, 110 marins, 16 chevaux, 13 arquebuses, 32 arbalétriers, -10 pièces de canon , 4 fauconneaux , ose s'attaquer à un empire dont il reconnaît bientôt que la population est pleine de bravoure, dont le souverain fait d'un signe tout trembler au loin, et peut, dit-on, en faisant appel à ses vassaux, mettre des millions d'hommes sous les armes ! Cortez ne se propose pas seulement de faire reconnaître Charles-Quint comme leur suzerain aux habitants de ce formidable empire et à leur superbe empereur; il forme la résolution de les obliger à abjurer leur religion , -c'est-à-dire

à faire le plus grand sacrifice qu'on puisse demander à un peuple. Il le veut, il le tente, et il ne lui faut pas trente mois pour réussir.

Auprès d'un tel sujet, celui de V Iliade paraît bien mince. Qu'est-ce, en effet, sinon la brouille et le raccommodement d'Achille et d'Agamemnon , avec une action qu'on ne peut qualifier de finale, car elle ne termine rien , dans laquelle le principal des défenseurs de Troie est vaincu et tué par le plus valeureux des Grecs? h' Enéide n'est pas fondée sur de plus larges bases : deux chefs de peuplade, Énée et Turnus, se disputent, avec des forces à peu près égales, la main de la fille d'un roitelet du Latium. Pour chacun de ces deux chefs-d'œuvre impérissables , le poète a dû tirer de son propre fonds le merveilleux dont il a admirablement brodé l'aventure. A une réalité mesquine il a été nécessaire d'ajouter la fable ; il a fallu semer le récit, avec un art infini, de traditions historiques, de descriptions géographiques et des notions de la philosophie la plus avancée du temps. De la sorte, l'Iliade elY Enéide sont les encyclopédies des deux époques, importantes dans les annales du genre humain, où elles furent écrites, mais des encyclopédies sous la forme la plus attachante, sorties de la main d'hommes du plus rare génie et du plus grand savoir. Elles offrent le tableau admirablement animé des croyances et des opinions, des connaissances et des usages, des mœurs et des arts de deux peuples d'élite, de qui notre civilisation dérive , à qui nous nous sentons liés comme par un cordon ombilical.

C'est ainsi, bien plus que par la substance propre de leur sujet , qu'elles nous saisissent, pour ainsi dire, par les entrailles , et qu'elles restent des monuments immortels pour les peuples actuels de l'Europe et pour leurs essaims répandus dans le monde entier. La Jérusalem délivrée, raconte le choc de deux masses, considérables cette fois, mais à peu près d'égale puissance, La foi y triomphe, parce qu'elle est la foi, conclusion juste sans doute, mais trop prévue et qui par cela même laisse le lecteur assez froid, quoique ce soit une composition que depuis lors on n'a pas surpassée. A la conquête du Mexique, sous le rapport de la valeur intrinsèque des événements qui s'y accomplissent, il n'y a de comparable que l'envahissement de l'Asie par Alexandre, ou la fondation des colonies portugaises dans l'Inde. De même qu'au Mexique, dans ces deux épisodes de l'histoire du genre humain, la disproportion est énorme entre la force assaillante et celle qui est assaillie. L'infîniment petit triomphe de l'infîniment grand. Le génie se révèle dans toute sa splendeur. Par un effort sublime, l'homme dépasse la sphère oij il est resserré ordinairement. C'est l'inattendu et l'imprévu dans leur plus haute expression.

Si la conquête du Mexique, prise dans son ensemble, est prodigieuse, les détails ne sont pas moins surprenants. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans cette suite pressée d'incidents , car de toutes parts le merveilleux ressort du sein des faits, comme du diamant la lumière, comme de la pour-

pre ou de l'or l'éclat éblouissant. Sera-ce, en effet, l'incendie de la flotte ordonné par Cortez, afin qu'il faille vaincre ou périr, ou l'audace avec laquelle le Conquistador fait prisonnier Monlézuma, dans son propre palais, au milieu de ses gardes, au cœur d'une capitale dévouée ? Décernera-t-on la palme à la campagne contre Narvaez, ou à la bataille d'Otumba, dans laquelle Gortez, réduit à une poignée d'hommes presque démoralisés et sans artillerie, met en déroute les Mexicains enivrés de leurs succès de la Noche Triste, et tue de sa main leur général au moment où il semble perdu lui-même ? Quelle est l'histoire, quel est le roman historique où se passe une aventure pareille au combat- livré sur la plateforme du grand Teocalli, à cent vingt pieds de hauteur? Allez plus avant encore dans les détails, vous rencontrez à chaque instant des prouesses romanesques : c'est le saut d'Alvarado, ce sont ces deux jeunes Mexicains qui , dans la mêlée au sommet de la grande pyramide, se prennent par la main et se ruent de toute leur force sur Cortez afin de le précipiter avec eux de toute cette hauteur, contents de mourir, si par leur mort ils achètent celle de l'ennemi de leur patrie et de leurs dieux. Ou bien encore vous avez l'ascension de ces cinq soldats qui vont puiser du soufre dans le cratère du Popocatepetl. Faute de soufre, l'armée va manquer de poudre ; on soupçonne que ce volcan aura une solfatare, par analogie avec le mont Etna. Cinq hommes sont détachés pour y aller voir. Ils montent, et Dieu sait ce que c'est que de gravir le Popocatepetl ; depuis

eux jusqu'en 1827, personne n'a plus osé le tenter. Après plusieurs jours, ils arrivent à la cime, malgré les laves et la cendre, malgré l'éclat de la neige qui les aveugle, malgré le froid de ces hautes régions. Un gouffre de mille pieds de profondeur, au fond duquel on aperçoit une flamme bleuâtre et d'où s'échappent des vapeurs empestées et brûlantes, se montre enfin béant devant eux. Ils tirent aux dés froidement à qui descendra ; le sort désigne le chef de la petite bande, Montaiïo ; on le met dans un panier suspendu à une corde, et il se laisse couler dans l'abîme. Parvenu à quatre cents pieds, il fait sa récolte de soufre, et revient comme d'un tour de promenade dans un des jardins de Séville ou de Gordoue ^

Dans ce drame apparaît une variété de caractères fortement dessinés, je ne dirai pas comme ceux de YÉnéide, ce ne serait point assez, mais comme ceux de l'Iliade elle-même. Celui que les Aztèques appelaient Tonatiuh (le Soleil) à cause de sa haute stature, de sa fière contenance et de ses longs cheveux blonds, Alvarado del Salto, a la vigueur colossale du grand Ajax, la vaillance du fils de Tydée , et les audacieux emportements de l'autre Ajax, qui ne s'arrête devant rien, pas même devant le sacrilège. A côté de cette figure terrible, on aime à contempler le jeune et héroïque Sandoval, celui que Gortez appelle son fils, et qui, auprès de lui, représente le fidèle Achate ou le bien-aimé Patrocle ; mais il a vingt coudées de

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