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Lettre au président de la républiqiie sur la nécessité de

mais sa publication avait fourni aux partisans de la monarchie l'occasion de se compter, et elle leur avait donné du cœur. Quelques années après, le parti monarchique arriva aux affaires en décembre 1844, par la présidence d'un des siens, le général Herrera, qui céda la place à un chef plus énergique et plus éclairé, le général Paredès. Celui-ci publia un manifeste qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Tout en reconnaissant qu'il appartenait à une assemblée constituante de déterminer le mode de gouvernement qui convenait au pays, il indiquait clairement que seule la monarchie pouvait le tirer du désordre et l'arracher à la ruine. Mais, pour fonder une monarchie , il fallait un monarque. En l'absence d'un prince qui s'offrît franchement et qui fût accepté de la nation, les succès mêmes du parti monarchique ne pouvaient être que des aventures.

La première constitution républicaine du pays a été fédéraliste ; elle fut adoptée après le renversement d'Iturbide. On crut alors devoir prendre modèle sur les États-Unis, chez lesquels le système fédéraliste était tout spontanément sorti du sein même de la situation. Isolées les unes des autres avant l'indépendance, ayant non-seulement leurs gouvernements distincts, mais aussi leurs chartes propres, et façonnées de longue main à s'administrer elles-mêmes , les treize ci-devant colonies

réunir une convention pour chercher le remède possible aux maux qui affligent la république .

de l'Angleterre sur le continent américain, lorsqu'elles se séparèrent de leur métropole, continuèrent ce mode d'existence, en organisant entre elles les rapports strictement nécessaires, par le moyen d'un Congrès semblable à ces conférences où des puissances indépendantes se font représenter par des ambassadeurs. Plus tard, en 1787, elles ont modifié ce régime en y substituant deux assemblées délibérantes à la réunion desquelles on a conservé le nom de Congrès, et en établissant ce qui manquait absolument jusque-là, un président muni de pouvoirs effectifs. Toutefois, le principe de la souveraineté individuelle des États a été maintenu religieusement. Un pareil plan n'avait aucune racine dans le passé du Mexique. Les provinces diverses de la Nouvelle-Espagne n'avaient jamais eu le gouvernement d'elles-mêmes, et le pouvoir était centralisé et condensé tout entier entre les mains des représentants de la royauté espagnole à Mexico, sauf ce que s'en était réservé la royauté elle-même à Madrid. Le système fédéral fut aboli sous la première présidence du général Santa-Anna, en 1835, et remplacé par le système unitaire ; mais le mouvement des partis et le débordement des passions locales et des ambitions personnelles le firent reparaître en 1846. Il succomba de nouveau sous le poids du malaise public en 1853. On l'a relevé en 1856, après la retraite de Sânta-Anna. Depuis lors le pays est l'image du chaos. Il y a là une nation, un État, une société, à refaire de la base au sommet.

Qu'on me permette de transcrire ici des notes de voyage prises dans le port de la Vera-Cruz lorsque je visitai le pays, quatorze ans après que l'indépendance eut été consommée. C'est un tableau qui donne une idée affaiblie de ce qu'est le Mexique aujourd'hui, « Ce port, si animé du temps des Espagnols, n'est plus qu'une solitude. Cinq ou six bâtiments, français, anglais ou américains, las d'y attendre les piastres qui ne descendent pas de Mexico, se disposent à aller charger du bois de teinture à Campêche. Entremêlées à ces navires, quelques goélettes servant au cabotage et quelques bateaux pécheurs complètent la représentation du commerce de la Vera-Cruz. Le Robert IH/^on pourrit à l'écart; la douane mexicaine, vigilante une fois, l'a confisqué à bon droit, pour avoir apporté des caisses d'une monnaie de billon, la quartille, sur laquelle il y avait à gagner 400 pour 100, bénéfice que se réserve le gouvernement mexicain. Le vaisseau à trois ponts l'Asia, que son capitaine espagnol livra aux insurgés pendant la guerre de l'indépendance, est submergé aux trois quarts. On n'en aperçoit plus que les bastingages à demi démolis. II forme un récif de plus au milieu des brisants dont le port est cerné. La frégate le Guerrcro, transformée en un ponton de galériens, se balance lentement entre les débris de VAsia et le château de Saint- Jean-d'Ulua, bâti sur un îlot, qui sert de citadelle à Ja place. C'est un événement que de voir sur la tour du château les signaux qui annoncent un navire. Dès que se fait entendre la cloche que l'on

sonne alors, tout le monde accourt pour jouir de ce rare spectacle. La population a disparu de la ville presque autant que les navires du port. La Vera- Gruz, sous le régime colonial, avait seize mille habitants, sans compter la garnison et les gens de passage; il n'y en a plus que quatre ou cinq mille. L'aspect de la ville est lugubre et désolé. La fameuse citadelle de Saint- Jean-d'Ulua, que l'Espagne construisit à grands frais, au milieu des bas-fonds du port, et qui a bravé les violentes tempêtes que le vent du nord- ouest entraîne avec lui, ne tient pas contre l'insouciance des Mexicains indépendants, et se délabre de jour en jour. De temps en temps, quelques soldats apparaissent, mal vêtus et mal armés, dans les embrasures, et attestent que l'état militaire du pays n'est pas moins que le reste en décadence. Le môle, qui du rivage s'avance dans le port, pour faciliter le débarquement des voyageurs et des marchandises, n'est plus entretenu ; chaque hiver, la mer furieuse en détache des pans de maçonnerie que l'on ne remplace pas. Les clochers de la ville sont écornés par les boulets et les bombes de la guerre civile. La fièvre jaune est la seule chose qui ne baisse pas à la Vera-Gruz. »

Que l'on compare le Mexique avec un autre État de l'Amérique qui, occupé par une race blanche fort analogue à celle qui domine dans l'ancien Anahuac, a voulu, lui aussi, le gouvernement monarchique, mais qui, plus heureux, a pu satisfaire son vœu. Le Brésil, il y a un demi-siècle, était moins peuplé que le Mexique. Il était plus en arrière dans les

arts utiles. Il n'est pas plus privilégié sous le rapport du climat, il l'est même moins, car il n'offre pas à cet égard la gradation si profitable qui caractérise le territoire mexicain, et dont nous signalerons les principaux effets dans la suite de cette étude^ Dans ses richesses minérales, le Brésil ne présente rien qui puisse être mis en parallèle avec ces filons argentifères d'où le mineur mexicain a tiré tant de millions, image affaiblie de ce qu'on en extraira un jour. Le Brésil avait, au commencement du siècle, et il conserve, dans l'institution de l'esclavage et dans la multitude de ses noirs, des causes de retardement. Aujourd'hui le Brésil est peuplé plus que le Mexique. Il est bien plus prospère, il compte davantage dans l'aréopage des nations. On le cite comme un des États qui avancent, et le Mexique n'est plus mentionné que comme un de ceux sur lesquels un destin inexorable semble avoir appesanti sa main. Les Mexicains ont si complètement aujourd'hui la preuve de l'impuissance, pour le bonheur et la puissance de leur pays, des institutions politiques qu'ils ont essayées, n'en pouvant adopter d'autres, que le moment semble venu oh ils iraient unanimement au-devant de la monarchie, s'ils étaient rassurés sur la capacité et le caractère du prince qui se proposerait à leurs suffrages.

Le bilan de la république au Mexique est tout entier dans un simple fait, plus éloquent que tous les exposéSj qu'on pourrait tracer, des maux dont est ac-

1, Voir la Sixième Partie ci-après.

câblé cet infortuné pays. Quand fut établie l'indépendance, le territoire de la république comprenait, d'après un relevé dressé par M. Lucas Alaman, 216 012 lieues carrées*; aujourd'hui il n'est plus que de 106 067. La perte est de 109 945 lieues carrées, plus de la moitié, que les Américains du Nord se sont appropriées, et dont au surplus ils tirent parti dans l'intérêt général de la civilisation infiniment mieux que les Mexicains ne l'eussent su faire; présage du sort qui attend tout le reste, à moins d'une entière réorganisation du pays.

En septembre 1846, le Mexique a subi ce cruel affront qu'une armée étrangère, venue dans une pensée de conquête et d'abaissement, campât dans sa capitale et que le drapeau étoile des États-Unis flottât en maître sur le palais de son gouvernement. Il y reviendra flotter, ce drapeau, mais cette fois à demeure, si le Mexique ne se régénère par le moyen de combinaisons politiques tout à fait diff'érentes de celles qu'il subit depuis quarante ans.

Au milieu de cette profonde anarchie un phénomène social et politique, digne d'un profond intérêt, s'est révélé avec une certaine force ; c'est la réapparition de la race indigène sur la scène politique, non pas seulement comme un agent passif ou comme

1. La lieue dont il s'agit ici est celle du Mexique, de 5000 vares, ou 4179 mètres. La lieue carrée fait 1747 hectares, de sorte qu'il reste encore au Mexique 185 millions d'hectares, soit environ trois fois et demie la superficie de la France; celle-ci est, la Corse comprise, de 54 300 000 hectares.

une force brutale, mais comme une puissance intelligente, ayant sa volonté propre.

Ces infortunés si longtemps foulés aux pieds commencent à se redresser. Dès la guerre de l'indépendance quelques-uns figuraient parmi les chefs : M. Alaman, dans son Histoire , a eu soin de les signaler. Aujourd'hui leur participation est devenue plus manifeste, et il n'est pas interdit de considérer comme le symbole de l'avenir qui leur est réservé, le fait que le président Juares appartienne à cette race. Un auteur, qui a publié tout récemment un livre remarquable sur le Mexique, le docteur Jourdanet, soutient, en se plaçant au point de vue physiologique, cette thèse au moins curieuse, que la race blanche est affectée, plus encore sur les plateaux que sur le littoral, de causes positives de dépérissement; d'où suivrait que la domination exclusive du pays doit revenir aux anciens habitants une fois affranchis. Sans aller jusque-là, on peut penser qu'une race qui a fait ses preuves aussi bien que celle des Indiens-Mexicains, devra, lorsqu'elle aura été l'objet d'une certaine culture, avoir sa place dans l'administration et le gouvernement du pays. Elle forme la majorité numérique, donc cette place devra être grande. On assure que l'occupation de la capitale par les Français a donné aux Indiens un degré de confiance en eux-mêmes qu'ils n'avaient jamais manifesté depuis la conquête de Fernand Cortez.

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